Rasika Shekar était peut-être ce phénomène vocal tant attendu depuis des années. Pendant plus de deux heures samedi au Mahatma Gandhi Institute, elle a livré un magnifique récital divisé en plusieurs parties, un répertoire composé de morceaux carnatiques, du soufi, du ghazal et, également, de la version instrumentale de Beti, écrite par Rama Poonoosamy, directeur de l’agence Immedia, à qui revient l’initiative de ce concert.
Rasika Shekar a présenté de savants rythmes qui mélangent généreusement les influences les plus hétéroclites à une voix cristalline, une flûte enchanteresse et un dialogue constant avec le public. Devant une salle remplie aux trois-quarts, elle a récolté des applaudissements nourris par l’émotion qu’insufflent ces airs virtuoses. Le verbe est ciselé, la mélodie coule. Guitare, basse et percussions subjuguent. Les vibratos de la voix se posent sur les chants lyriques et les morceaux contemporains de manière unique.
Dès le début du concert, Rasika Shekar a révélé une dextérité et un maniement de la flûte indienne (bansuri) poussés. D’élégantes fluctuations de rythmes sous ses doigts et son souffle ramènent à une légère mélodie aérienne, ludique et méditative. Rasika Shekar s’est même voulue par moments virevoltante. L’éventail de talents musical qui réside en elle est impressionnant. Le public a compris : il avait devant lui un artiste accompli. Son professionnalisme et sa tenue restent le meilleur reflet de sa fraîcheur musicale.
Avec une assistance enivrée, Rasika Shekar en profite, entre deux morceaux, pour prononcer un message de tolérance. Plus tard, une passerelle est même montée entre la musique indienne et le séga avec la version instrumentale de Beti.
Après la reprise de Lag Ja Gale de Lata Mangeshkar et Lambi Judaï, de Hero, immersion dans le monde du soufi avec Kabira de Yeh Jawaani Hai Deewani, Chhoti Si Aasha de Roja. Rasika Shekar, qui a fait son apprentissage avec le maestro Ghulam Ali, lui a fait honneur en interprétant Dil Mein Ik Lahar Si Uthi Abhi, Chupké Chupké et Hungama Hai Kyon Barpa Thori Si Jo Pee Li Hai. Elle devait aussi rendre hommage au roi du ghazal, Jagjit Sing, avec Hoton se Choolon Tum et Aap Ki Nazron Ne Samjha.
Rasika Shekar a prouvé qu’elle est aussi capable de « groover » en tamoule en interprétant une chanson composée par AR Rahman et Sau Aasson, de Katti Batti. Pour sa part, le jeune chanteur Mohit Pathak a eu la chance de partager la scène avec Rasika Shekar lors d’un Chaiya Chaiya de Dil Se.
Le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, et son épouse, Sarojini, ont assisté au concert jusqu’à la fin. Étaient présents dans l’assistance le vice-Premier ministre Ivan Collendavelloo et l’ambassadeur de France à Maurice, Laurent Garnier.