Le mini-Pravasi Bharatya Divas (PBD) est l’occasion pour les délégués et Mauriciens d’avoir un bref aperçu de l’art contemporain indien à travers une exposition qui a lieu en ce moment au Mahatma Gandhi Institute (MGI) à Moka. Une quarantaine de travaux y sont présentés jusqu’à dimanche.
Scènes de vie indienne, anciennes portes et cours intérieures de Kumbakonam du Tamil Nadu, vision artistique de divinités hindoues ou encore quelques représentations singulières de la nature mauricienne… Chacun des six artistes indiens, exposant au MGI, ont choisi la technique qui lui va le mieux pour partager un bout de son univers avec le visiteur.
C’est une huile de V. Namboodiri mettant en avant trois femmes portant chacune une diya allumée qui accueille le visiteur à l’entrée de la salle d’exposition. Toutes anonymes, puisqu’elles n’ont pas de visage. Elles sont habillées en blanc et seule le rouge du feu apporte une touche colorée comme une invitation à découvrir cette exposition d’art contemporain.
Né en 1925 dans l’État du Kerala, V. Namboodiri a fait des études à l’école des Beaux-Arts de Chennai. Fervent admirateur des femmes, il maintient la représentation de celles-ci dans leur quotidien. Il peint surtout celles de son État : au travail, au repos ou s’occupant de leurs enfants.
Les femmes de V. Namboodiri sont toutes sensuelles. Les tableaux sont à l’huile et au crayon. De plus, en marge de la tenue du PBD à Kochi en janvier, le visiteur se familiarise avec l’image des kathakalis (“théâtre dansé”) de l’artiste. « Les acteurs dansent et miment des scènes narratives par des expressions corporelles et émotionnelles, dans les costumes élaborés et des visages maquillés. »
Du collage pour Subramanian
De ces images féminines, le visiteur entre dans l’univers dessiné en noir et blanc de Ravi Shankar avant de passer dans celui, plus poétique, de Gopal Swami Subramanian. Quasiment tous ses personnages se ressemblent ; la différence réside dans un détail à l’instar de la flûte de Krishna qui indique que c’est lui. L’artiste s’inspire de la spiritalité et s’exprime à travers le collage. De gros morceaux de papier de magazine qu’il assemble dans un style propre à lui. Outre la beauté de ses figures de part les formes naïves et les couleurs, chaque morceau de papier offre une fenêtre sur un nouveau monde. D’aucuns ont même l’impression d’être en face des hologrammes.
À côté de ces Bouddhas et Krishnas qui dégagent une grande quiétude, le visiteur est vite absorbé dans un monde vertigineux à travers les tableaux en grand format de Devi Seetharam. Détentrice d’une licence de Beaux-Arts de Singapour, l’artiste, fille du haut-commissaire indien à Maurice, a choisi de montrer sa vision de l’île à travers son art. Un immense champs de canne à sucre au milieu duquel émerge un petit temple pourrait rappeler à certains la vie des travailleurs engagés rythmée par le travail des champs et les pratiques religieuses. Des silhouettes allongées qui épousent la vallée ou la plage… La jeune femme confie au Mauricien qu’un des thèmes qu’elle beaucoup exploité durant ses études est le sommeil qui occupe un tiers de la vie d’une personne. « In Mauritius the contexte has changed, life is not as fast as in Singapour and you have time to rest. Here, I am mostly inspired by nature, the landscape and sugarcane fields. »
Monde en miniature
De ces formes qui donnent le vertige, le visiteur se dirige dans le monde miniaturisé de R. Santhana à travers ses peintures et tableaux composés de portes. Un thème qui l’habite depuis son enfance et qu’il exploite depuis des années. « When I was a child, I used to live in a house with 82 doors », raconte-t-il. C’est en effet dans une de ses immenses maisons avec cours intérieures que le jeune homme a grandi dans une famille composée de 34 personnes. Il a choisi « ce concept » dans un souci de préserver le patrimoine indien qui tend à disparaître avec l’urbanisation. « These houses are dispearing and are being replaced by flats. »
Les travaux de l’artiste emmènent ainsi le visiteur dans un univers intimiste : des vêtements accrochés sur une corde dans la cour intérieure, un oiseau perché sur une porte intérieure, un bidon de lait, une bicyclette… R. Santhana explique que des inscriptions sur la porte permettent de lire la vie d’une famille avec le nouveau et l’ancien numéro de la maison, de la facture d’électricité ou encore celui indiquant que des gouttes contre la polio y ont été distribuées.
A.V. Ilango transporte, quant à lui, le visiteur dans un monde figuratif avec une grande présence de l’image du taureau, animal sacré en Inde. L’amour, la femme, l’excitation, la musique sont les thèmes dominant de ses tableaux. En outre, les deux artistes qui ont fait le déplacement pour Maurice, R. Santhana et Gopal Swami Subramanian, ont animé des conférences et ont fait hier des démonstrations à l’intention des étudiants des Beaux-Arts du MGI.