Voici que cette année 2013 se termine. Maurice en crise de pluralisme politique, de compétence et de projet de société, Maurice et son immobilisme démocratique, Maurice qui n’offre pas de réponses à de nombreuses aspirations citoyennes, qu’elles soient personnelle ou collective, ces afflictions touchent, ou pas, chaque Mauricien, dépendant où celui-ci se place au sein de notre société. En effet, chacun d’entre nous n’a pas la même approche ni le même angle de vue de la société mauricienne simplement parce que chacun a une biographie qui lui est propre : entourage, tradition, éducation, environnement, expérience, intelligence.
Une compréhension explicite du pourquoi chacun d’entre nous a son « angle de vue » a été libellée par Marx, notamment : « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience ». C’est le vécu, l’expérience prise sur la vie et celle issue d’un environnement défini qui dira d’où je parle, d’où je pense, qui influencera ma raison, qui m’enjoindra à savoir pour quel intérêt je m’élèverai, et qui m’expliquera pour quelle cause je devrai m’émouvoir. C’est la préoccupation sociale qui dicte la conscience. De même, le degré de démocratie ayant cours dans le pays diffère d’une personne à l’autre.
Comprendre une société, ou s’en approcher par des travaux, est une question de classement, un concept qui se veut être une compilation quantitative (étude, recensement, sondage, enquête, etc), parfois au dam du qualitatif. A l’approche des élections nationales, si le vote est lui-même une question de compilation, il faudrait se demander comment le classer. Issues d’un état social, quatre classes socio-économiques s’en dégagent, et, indexés sur les aspirations citoyennes, deux groupes s’en distinguent.
Il s’agit de potentiels votants comme de potentiels candidats. Sauf qu’être candidat n’est là quasiment pas possible. Fonctionnariat, secteur privé, PME, et économie informelle sont ces quatre classes. Pour un fonctionnaire, c’est tout su, il ne peut entrer en politique. Le secteur privé (le salarié), précautionneux devant les contrats publics et autres avantages et ses intérêts, se renferme sur lui. Les PME, s’estimant mal loties, s’auto-bâillonnent en espérant telle facilité, ou subventions. Les travailleurs de l’économie informelle se font tout petits au risque de se voir encadrer au plus près, avec une Mauritius Revenue Authority aux aguets. La société politique mauricienne est ainsi  figée par des intérêts. Reste quelque indépendant. Mis ensemble, ils sont peu nombreux mais seront suffisants.
Des deux groupes qui s’en distinguent, les deux blocs politiques (PMSD/MMM/Ptr/MSM/MMSD/& Co) en sont un avec leurs croisements d’alliances antérieurs et d’alliances à venir, comprenant leurs partisans, courtisans et nostalgiques. Et ils ne nous intéressent pas, car perçus par l’auteur de ces lignes, de par son état social, comme passés de mode au-devant de la modernité, incapables de dialogue social et d’ouverture au pluralisme politique, insignifiants de bonne intelligence, inaptes à mettre de l’ordre dans la sécurité publique, impuissants à arrêter la spirale des accaparements et distributions en tous genres des avoirs publics, de peiner à agir sans mesquineries, lourdeurs et menaces, d’être sclérosés face à la corruption, de jouer la comédie au parlement, etc.
L’affirmation de l’autre groupe repose sur un aspect principal, que sont ses aspirations ou, à un autre degré, son désintéressement. Selon un sondeur cette année-ci, ce groupe pèse 40%. Au sein de cette communauté qui rejette les deux blocs, et qui est à l’oeuvre sur Facebook, des blogs, et des forums, on parle plutôt de 55% en nombre, abstentionnistes y compris : est avancé que la formulation du sondeur n’a pas été la bonne, que la question a été alors posée dans une dynamique sociétale, que l’absence de comparaison valable ont nui au résultat.
Mais même, avec – à supposer – 40%, c’est le plus grand « PARTI » du pays. Certains se sont soudainement réveillés en constatant la porosité du Hindu Belt électoral, que les villes sont en fait constituées de larges îlots de silencieux qui n’ont rien à faire avec les partis actuels. Cette *communauté hétéroclite, de moins de 55 ans, a changé sa façon de s’informer : elle se nourrit principalement d’articles d’opinion (dont ici même, la page forum) provenant de correspondants extérieurs aux médias, car ce qui y est proposé n’est pas écrit dans les médias aux schémas classiques, en lieu et place des informations et éditoriaux traditionnels sur la question politique, jugés trop stéréotypés. Un fait relevé, cette communauté est autant à l’aise et sans complexe face à deux tendances antagonistes : l’individualisme et le collectif.
Au sein de cette communauté globale, il restera à quelques individus à se mettre ensemble et à se mettre d’accord, sinon rien de bien productif et fertile à l’horizon 2015/2020. Ces nouveaux compagnons, en tant que fils du sol, gagneraient à ne pas prêter attention à la mauvaise conseillère qu’est la subjectivité d’autrui, dans son sens de malhonnêteté intellectuelle et d’opinion volontairement malhonnête. Pour arriver au point de compréhension, et de faire comprendre à la méfiance, qu’un individu n’est pas un opportuniste ou un ambitieux politique quand sa biographie personnelle montre d’elle-même qu’il est sincère, qu’il en veut sans condition de gains ou d’intérêts, qu’il a essayé ou veut essayer de faire, est vitalement empreint de bonne volonté, d’altruisme. Pour reprendre ce refrain : faut que le pays respire la fraîcheur politique, une nouvelle fraîcheur dans laquelle ambiancent les partis traditionnels seront relégués à un rôle infime, pour avoir emporté avec eux ce qu’ils font les Mauriciens endosser : leur prêt-à-penser et leur mépris.
Mais que faire de la liberté d’expression quand le pluralisme politique ne fonctionne pas ? Quelle responsabilité professionnelle, dit de quatrième pouvoir, ont les médias vis-à-vis de 40%, ou 55% de la population, ce plus grand « PARTI » ?
*Rapport à paraître l’année prochaine