À la tribune des Nations unies, Greta Thunberg, la jeune militante suédoise dont le combat contre le réchauffement climatique en aura fait une icône mondiale, a récemment fait un discours poignant, s’adressant de manière virulente aux dirigeants du monde. Comment a-t-elle « osé » s’en prendre de la sorte à ceux qui l’avaient pourtant « si gentiment » invitée à prendre la parole ? Pourquoi tant de haine envers ce monde dont elle est pourtant l’un des produits ? Comment, pourquoi… ?

Autant de questions que nombre de politiques et d’économistes se posent encore, tant les propos de cette adolescente sortie de nulle part détonnent de leurs propres convictions. Depuis son discours, les critiques n’auront cessé de fuser à son encontre. « Tous les enfants ont de l’intelligence, sauf Greta Thunberg », écrivait Le Point. « Nous avons mieux à faire pour sauver ce qui peut l’être que d’écouter les abstraites sommations de la parole puérile », estime le philosophe Alain Finkielkraut.

« C’est aux adultes de sauver le monde, pas aux enfants », scande Luc Ferry. Sans compter le tweet sexiste du président de l’Académie Goncourt, Bernard Pivot, et ceux d’innombrables internautes. Mais qu’a donc fait Greta Thunberg pour mériter un tel déferlement de commentaires désobligeants, si ce n’est d’avoir osé pointer du doigt les carences d’un système ? Mettons un instant de côté le personnage en lui-même – qui, de facto, ne peut évidemment plaire à tout le monde –, pour nous intéresser de plus près à la seule chose qui compte finalement, à savoir son message.

Ce message, nous le connaissons tous, et peut d’ailleurs être résumé en quelques mots : « Il est grand temps de sauver la planète ! » Alors bien sûr, la plupart d’entre nous en sommes conscients, les faits scientifiques nous démontrant année après année en effet que le réchauffement n’est pas une fable lancée à l’emporte-pièce. Mais la Suédoise est cette fois allée plus loin en dénonçant le système qui aura mis en place la catastrophe climatique annoncée. « Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au début d’une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c’est d’argent et de contes de fées de croissance économique éternelle ! » a-t-elle ainsi lancé.

Nul doute que ce sont ces propos-là qui auront fâché, et non pas l’urgence climatique en tant que telle. Les dirigeants du monde, à l’exception bien entendu de quelques idiots patentés – à l’instar de Trump et Bolsonaro –, peuvent en effet aujourd’hui accepter que l’on parle d’environnement et de s’engager progressivement vers un développement durable, mais que l’on touche à la sacro-sainte croissance, là, c’est une hérésie ! L’élite économique mondiale aura d’ailleurs été prompte à réagir, à l’instar de l’auteur libéral belge Drieu Godefridi qui, dans une lettre ouverte à la militante suédoise, lui adressait ces mots : « Si nous sommes aujourd’hui 7,5 milliards d’êtres humains à la surface du globe et que le pourcentage de personnes qui souffrent de la faim n’a jamais été aussi faible, c’est à ce progrès technologique que tu voues aux gémonies que nous le devons ! »

Pire : l’auteur s’attaque, à travers elle, au rapport Meadows, selon lequel il ne peut y avoir une croissance infinie dans un monde fini. « À l’époque du rapport (1972, Ndlr), le monde comptait 3,8 milliards de personnes. Depuis, la démographie a doublé, dans le même temps que le niveau de vie progressait », écrit-il ainsi. Mathieu Mucherie, économiste de marché à Paris, enfonce le clou sur le rapport Meadows. « La notion de ressources est extraordinairement élastique. Il suffit de s’intéresser aux fusées et au système solaire pour voir que de dire que les ressources sont finies est une absurdité totale. C’est une vision terrienne. » Et c’est vrai, mais à ce que l’on sache, c’est bien de la vie sur Terre dont il est question, et non pas de Mars.

Ces propos, mis dans la bouche de libéraux et d’économistes, n’étonnent évidemment pas. Pour eux, la chose est entendue : non seulement la croissance n’est responsable de rien, mais elle aura surtout permis au monde de connaître un développement soutenu et infini. Or, s’il est une hérésie, c’est bien celle-là. S’il est une évidence que la croissance économique – soutenue par l’exploitation d’hydrocarbures, dont l’on sait la fin proche – aura permis un extraordinaire développement, croire que tout cela sera éternel, c’est là l’absurdité absolue. Quant au rapport Meadows, ses prédictions se seront (malheureusement) avérées, à quelques virgules près bien sûr.

Et celles-ci ne sont pas des plus réjouissantes pour les années à venir. Mais bon, c’est connu, au royaume des aveugles, les borgnes sont également sourds !