Les célébrations dans le cadre des 60 ans de règne d’Elizabeth II ont démarré samedi avec le Derby d’Epsom. Un record d’affluence a été noté dimanche avec plus d’un million de personnes – dont des touristes – se massant sur les rives de la Tamise pour voir défiler une procession navale jamais vue depuis le 17e siècle et plus de 6 millions autres se joignant à des fêtes de rue à travers tout le Royaume-Uni. Les festivités se poursuivent aujourd’hui avec des flambeaux qui brûleront dans tout le territoire. Des processions en carrosse sont quant à elles prévues mardi à Londres.
Le long week-end du 2 au 5 juin – incluant les deux jours fériés du 4 et 5 juin – a certainement contribué à l’effervescence populaire qui s’est manifestée pour célébrer les 60 ans de règne d’Elizabeth II. Ce qui saute aux yeux des nombreux visiteurs qui ont parcouru le Royaume-Uni les semaines précédant le début des festivités, ce sont les personnes qui se sont attelées à la préparation de la fête. Britanniques et Irlandais se sont organisés pour marquer, à travers des fêtes de rue, spectacles musicaux, manifestations artistiques, entre autres, le jubilé de diamant d’un monarque qui conserve toujours sa place dans la conscience populaire.
Le Royal Mail a par ailleurs lancé le jeudi 31 mai une série de huit timbres-poste montrant la reine Elizabeth II dans l’accomplissement de ses obligations officielles. Deux d’entre eux immortalisent des événements ayant eu lieu à cinquante ans d’intervalle : le premier message de Noël télévisé de la reine en 1957 et sa visite au Royal Welsh Regiment en 2007.
L’entreprise française, Citelum, a quant à elle illuminé jeudi soir le Tower Bridge. Le pont emblématique de Londres a abordé les couleurs de l’Union Jack qui est appelée à rester en place pour les vingt-cinq prochaines années. Soutenu par EDF Energy et General Electric, ce projet a nécessité une année de travail, près de 1 000 projecteurs, 5 000 mètres de câble et des kilomètres de tube.
Les manifestations populaires ont toutefois vraiment commencé durant le week-end. La famille royale, qui a assisté aux courses samedi à Epsom, a été acclamée par une foule en délire de plus de 100 000 personnes portant fièrement les couleurs de l’Union Jack. Accompagnée du Band of Her Majesty’s Royal Marines Portsmouth, la chanteuse d’opéra galloise Katherine Jenkins a offert une belle interprétation de l’hymne nationale.
Un défilé monstre d’un millier de bateaux sur la Tamise a volé la vedette hier. C’est sur le Spirit of Chartwell que la reine et sa famille se sont déplacées à la tête de plus d’un millier de bateaux. Une dizaine de ces embarcations transportaient des chorales et orchestres, dont la Société philharmonique de Londres, qui ont assuré l’animation de ce moment historique d’une monarchie qui n’a pas fini de surprendre.
Cet ambitieux projet a fait les choux gras de la presse britannique des semaines avant le jour J. « It will be a floating festival of British pride and ingenuity. The river procession promises the biggest show of “can do” spirit since Dunkirk », ont écrit Damian Whitworth et Valentine Low dans The Times du vendredi 25 mai.
La Tamise
The Times décrit par ailleurs, dans un style churchillien, le caractère inédit de la procession dominicale sur la Tamise : « The spirit of adventure, the heroism and the splendid eccentricity of Britain’s mariners will be celebrated on the Thames on June 3, when 1,000 boats of every possible shape and size take part in the Diamond Jubilee pageant. » Et à un des acteurs de cette armada, Sir Robin Knox-Johnston – première personne à faire le tour du monde non-stop en 1968-1969 à bord du Suhaili – de prédire : « No matter what the weather, everyone is going to remember when 1,000 boats went to meet the Queen. It is the biggest event on the Thames for centuries. »
Le défilé marin a ainsi hier tenu toutes ses promesses avec la foule des grands jours de la monarchie se massant bruyamment sur les rives pour ne rien rater de l’incroyable spectacle. The Times annonçait déjà les couleurs de l’impensable odyssée : « The section of the little flotilla just behind the Royal Barge will comprise 41 Dunkirk Little Ships – the boats that helped to evacuate more than 300,000 Allied soldiers from the beaches of France at the end of May and beginning of June 1940. »
La présence de ces « Dunkirk Little Ships » a fait dire à Trevor Philips, actuel propriétaire de Tom Titt – une croisière de 12 m (40 pieds) qui a évacué des centaines de soldats Alliés sous le nez et à la barbe des Allemands en 1940 – que « the weekend of the Jubilee is the Dunkirk weekend, so it is poignant ». The Times n’a pas manqué de signaler, comme pour bien faire comprendre que le jubilé concerne tout le Royaume-Uni, la participation au défilé d’un bateau de pêche irlandais traditionnel. Une barque de la côte ouest de l’Irlande, recouverte et rendue étanche avec du goudron, héritier d’une tradition vieille de 2 000 ans et appartenant à Damien Woodings qui, avec deux amis, en assurera la bonne marche. C’est le Duc d’Edinbourg – le mari de la reine, le « most senior navy » de l’Amirauté britannique, le Lord High Admiral of the Navy –, qui a été le chef honorifique de cette gigantesque flotte envahissant la Tamise et faisant surgir quelque part la nostalgie de l’âge d’or du « Britannia rules the wave ».
Sondages d’opinion
Les sondages d’opinion attestent par ailleurs que la monarchie britannique n’a jamais été aussi populaire qu’aujourd’hui. Comme le rapporte Le Figaro (édition du samedi 2 – dimanche 3 juin), huit Britanniques sur dix soutiennent leur monarchie. « L’adhésion atteint des niveaux records, plus élevés qu’au moment du mariage », rapporte Simon Atkinson d’Ipsos Mori. Les républicains fulminent, relégués à la marge avec une minorité de 13 % de soutien dans l’opinion. À Marc Roche, correspondant à Londres du Monde d’écrire dans l’édition du dimanche 3 – lundi 4 que « des critiques écornent l’image de la reine d’Angleterre ».
Ses détracteurs déclarent qu’à leurs yeux, « c’est une souveraine stricte, conservatrice dans l’âme, qui subit les changements au lieu de les anticiper ». Ils dénoncent aussi « une personnalité passéiste vénérant les usages établis et considérant que toute innovation dérange le système existant ». Les associations antiracistes expriment quant à elles leur ras-le-bol. « À entendre les associations antiracistes, la souveraine éprouve des difficultés à comprendre la société multiculturelle. Buckingham Palace reste peu sensible à la diversité culturelle. Ainsi, militaires antillais ou issus du sous-continent indien. Il aura fallu une énergique campagne du prince Charles pour que le premier officier noir soit accueilli en 2007. »
Les associations féministes parlent de leur côté de « déception ». « Lors des déjeuners thématiques, les épouses sont un peu considérées comme des appendices de leur mari. La reine, qui déteste les “conversations des femmes”, n’a jamais eu d’écuyère. Aux yeux de bon nombre de sujets, la royauté est perçue comme un bastion du vieil ordre impérial blanc et… masculin. » Même son de cloche chez les courants oecuméniques. « Malgré un pays où ladite religion d’État est en crise, où catholiques, musulmans, hindous et bouddhistes ont le vent en poupe, cette femme profondément croyante n’a guère favorisé l’oecuménisme. Elle soutient la loi de 1701 selon laquelle le souverain ne peut être catholique. »