Le vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval a évoqué ce matin à Ebène, au siège de la Financial Services Commission, le régulateur des services financiers non-bancaires, ses craintes profondes quant à la situation dans la zone euro, laissant entendre que les prochains jours seront cruciaux pour la zone, un accord devant obligatoirement être trouvé sur la dette souveraine de la Grèce. Devant la révision à la baisse de la croissance mondiale et des risques de récession dans la zone euro, Maurice, a indiqué le Grand argentier, sera probablement appelée à revoir également ses prévisions de croissance pour cette année, taux initialement estimé à 4 %. Xavier-Luc Duval a aussi parlé de l’évolution du taux de change de la roupie face à l’euro, soulignant les effets néfastes de l’affaiblissement de la monnaie européenne sur les industries exportatrices mauriciennes avant d’ajouter : « We will see if anything needs to be done. »
De retour de mission en Europe (Londres, Paris, Bruxelles et Milan), Xavier-Luc Duval, qui participait au lancement officiel d’un guide pour les opérateurs du secteur du Global Business, préparé par la Financial Services Commission (FSC), a d’emblée mis l’accent sur la gravité de la situation dans la zone euro, affirmant que l’Europe se trouve à la croisée des chemins et que les dix prochains jours seront d’une importance capitale pour la zone euro, les pays membres et les créanciers devant obligatoirement trouver une solution concernant le repaiement, en mars prochain, d’une dette de l’ordre de 15 milliards d’euros, cela sur un total d’environ 350 milliards d’euros. En cas d’incapacité à rembourser, la dette devra être rééchelonnée et cela risque d’avoir des effets de contagion, notamment en Italie, dont la dette souveraine est beaucoup plus élevée (environ 2 000 milliards d’euros), aussi bien qu’en Espagne et au Portugal. Xavier-Luc Duval craint que tout cela ne débouche sur une baisse sensible de la confiance des consommateurs dans la zone euro avec pour résultat une réduction de la demande.
« L’impact sur les exportations de marchandises et les recettes touristiques mauriciennes risque d’être encore plus grave », a fait comprendre le vice-Premier ministre et ministre des Finances. Xavier-Luc Duval s’est dit également préoccupé par ce qu’il a qualifié de chute dramatique de l’euro face à la roupie. Un tel repli, a-t-il argué, ne peut que pénaliser les entreprises qui exportent en euro. « Le gouvernement est bien au courant de cette situation. Nous gardons un oeil constant sur l’évolution du taux de change euro-roupie. Nous verrons s’il y a lieu de prendre des mesures pour corriger la situation », a déclaré le Grand argentier à l’assistance composée en majeure partie de professionnels du secteur du Global Business. Plus tard, en réponse à une question de la presse, Xavier-Luc Duval a fait ressortir qu’en ce qui concerne le taux de change euro-roupie, « la marge de manoeuvre n’est pas illimitée. Nous suivons de près la situation. Celle-ci requiert du sang-froid. Il est important de prendre de la hauteur face à une telle situation », a-t-il ajouté.
Xavier-Luc Duval a soutenu que face à la crise économique globale et à la gravité de la situation dans la zone euro, le gouvernement a pris des mesures pour accroître la résilience de l’économie mauricienne. Il a fait référence aux mesures budgétaires pour stimuler l’investissement, à l’abolition de la Capital Gains Tax, de la taxe sur les dividendes et de certaines taxes municipales, au maintien de fondamentaux macroéconomiques solides (déficit budgétaire de 3,8 %), dette publique de 54 % du PIB, entre autres), au dynamisme influé à la promotion des exportations, aux dépenses de développement accrues, aux réformes touchant la facilitation des affaires. Le VPM et ministre des Finances a cependant reconnu que face aux perspectives plus sombres de l’économie mondiale et en particulier de celle de la zone euro où une contraction de 0,3 % est attendue (contre une première estimation de croissance positive de 1,8 %), les autorités mauriciennes seront probablement appelées à revoir à la baisse le taux de croissance 2012 pour Maurice. Le ministre des Finances n’a pas voulu dire si le taux fixé à 4 % par Statistics Mauritius sera immédiatement corrigé mais qu’il se pourrait que la révision intervienne dans le courant du premier trimestre.
Xavier-Luc Duval a par ailleurs mis l’accent sur le succès du secteur des services financiers dont celui du Global Business qui, a-t-il annoncé, compte aujourd’hui environ 28 000 compagnies. Malgré l’incertitude entourant l’accord de non double imposition avec l’Inde, quelque 1 100 nouvelles compagnies ont été enregistrées en 2011, nombre qui se compare favorablement à celles des deux années précédentes, a-t-il précisé. Le Grand argentier a laissé entendre que le gouvernement continuera à négocier avec les autorités indiennes concernant le DTAT et rappellera toujours à la partie indienne que cet accord a été bénéfique aux deux pays tout en soulignant que des améliorations peuvent y être apportées.
Le ministre a fait ressortir par ailleurs qu’il faut préserver la réputation de Maurice en tant que « clean and safe jurisdiction ». Il a exhorté les opérateurs à oeuvrer pour apporter plus de substance dans les opérations de notre centre financier.