Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, intervenant hier à la tribune des Nations unies dans le cadre de l’assemblée générale annuelle à New York, a opté pour un appel au bon sens de la Grande-Bretagne et des États-Unis en vue de régler le différend sur l’archipel des Chagos, démembré du territoire de la république de Maurice à la veille de l’accession du pays à l’indépendance. Il a également fait état de l’importance de plus en plus accrue des océans dans le monde d’aujourd’hui. Toutefois, dans la majeure partie de son intervention, il s’est fait l’avocat des petits États insulaires que ce soit sur le dossier du changement climatique ou encore le Post-2015 Development Agenda avec pour objectifs l’élimination de la pauvreté extrême, l’autonomisation (empowerment) des femmes et l’accès de l’éducation à la jeunesse. Sur le dossier de la Syrie, Maurice ne compte s’aligner que sur les décisions adoptées par les instances des Nations unies.
En sept paragraphes dans son discours, Navin Ramgoolam a exprimé le souhait de voir Londres et Washington faire preuve de bon sens sur le dossier des Chagos, dont le bail initial arrivera à échéance en 2016. Néanmoins, il a lancé une flèche du Parthe à l’encontre de la Grande-Bretagne en concédant que « yet, the United Kingdom has shown no inclination to engage in any process that would lead to a settlement of this shameful part of its colonial past. »
Le Premier ministre devait saisir cette occasion pour ajouter : « I am confident that the United Kingdom and the United States would want to be on the right side of History. » Il a demandé à la communauté internationale de s’assurer que le Rule of Law soit favorisé en vue de permettre à des pays de « submit their disputes to conciliation, mediation, adjudication or other peaceful means, both non-judicial and judicial. »
Il a poursuivi en avançant que « States which look to the law and to the rules of the comity of nations for the resolution of disputes should not be frustrated by the lack of avenues under international law for settlement of these disputes. » Il a aussi fait état des discussions engagées avec la France sur le dossier de Tromelin. « Pending a final resolution of this issue, Mauritius and France have concluded a framework agreement on co-management of the island and its surrounding maritime seas without prejudice to the sovereignty of Mauritius over Tromelin », a-t-il ajouté.
Navin Ramgoolam a évoqué la nécessité pour les dirigeants du monde entier d’élaborer une « new global vision for the world’s oceans. » Il a rappelé le rôle déterminant des Nations unies dans l’adoption d’un nouvel ordre mondial de la mer avec l’UNCLOS en 1982. « The jurisprudence of the International Court of Justice and of the International Tribunal of the Law of the Sea has contributed to the settlement of maritime disputes and to promotion of international peace, security and equity in a manner not always witnessed in other areas of international relations », s’est-il appesanti.
« The health of our economies will
depend on the health of our oceans »

Le Premier ministre a souhaité voir les Nations unies prendre les devants pour formuler une « Global Vision for the Oceans », permettant aux petits États insulaires d’étendre leurs espaces économiques. « Whilst this global vision and strategy will be beneficial to all nations, it will be of particular interest to small islands. With limited land area these islands can potentially be Large Ocean States and this overcome the vulnerabilities as SIDS », affirme-t-il.
« The health of our economies will depend on the health of our oceans. Our vision for the future must also preserve the inherent values of Ocean space to which we are looking for economic expansion », soutient-il en faisant état du projet d’Etat-océan de Maurice et du dialogue national initié pour en faire un des piliers majeurs de l’économie.
Au tout début de son intervention, le Premier ministre a accueilli favorablement le rapport du Panel of Eminent Persons sur le Post-2015 Development Agenda, dont le mandat prioritaire reste l’éradication de la pauvreté extrême dans un contexte de développement soutenable. Ce document ambitionne de « bring a new sense of global partnership into national and international politics. »
Le changement climatique fait également partie des priorités de Navin Ramgoolam, qui a trouvé que « it is clear from scientific confirmation that we humans are responsible for global warming and that it is for us to take appropriate measures to try and save our home planet. » Il a également fait allusion aux inondations dramatiques du samedi 30 mars dernier à Port-Louis en rappelant que « no country is safe from natural disasters and from damaging effects of climate change. »
Dans cette perspective, Maurice soutient la proposition du secrétaire général des Nations unies visant à convoquer les leaders du monde pour un Climate Summit en 2014 à New York car « the world needs a global, legally binding agreement on climate change by 2015. »
Le sort des petits États insulaires (SIDS) retient également l’attention du Premier ministre, qui se prépare déjà pour la troisième conférence internationale dans les îles Samoa l’année prochaine. « Small developing countries are very much concerned at the slowdown of global growth, decline in international trade, decreasing job opportunities and rising inequality », fait-il comprendre. Il a réclamé un rôle accru pour l’ECOSOC sur des questions d’ordre économique, social et environnemental. « The voice of all nations, big or small, should be equally heard and taken into consideration », dit-il.
Au chapitre de la Syrie, Navin Ramgoolam préconise que « respect for the Rule of Law at international level entails compliance with internationally agreed norms. Mauritius will support decisions taken by organs of the UN under the Charter. » Il a rejeté toute initiative contre la Syrie contournant les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations unies. Il a réclamé un engagement plus approfondi de la communauté internationale dans le processus de dialogue politique pour que le peuple syrien puisse vivre en paix.
Le Premier ministre a aussi abordé des efforts déployés pour régler les problèmes à Madagascar et en République démocratique du Congo, pour un Moyen Orient « free of weapons of mass destruction. » Il a exprimé sa solidarité de l’Autorité Palestinienne luttant pour une reconnaissance comme membre des Nations unies. Il s’est élevé contre le coup de force en Égypte.
Dans le cadre de la réforme du Conseil de Sécurité, Maurice est en faveur d’une représentation permanente pour l’Afrique, pour l’Amérique latine, pour les SIDS aussi bien que la nécessité de satisfaire les aspirations légitimes de l’Inde au sein de cette instance suprême des Nations unies.
D’autre part, en marge de l’assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre s’est entretenu avec son homologue de Malaisie, Dato’ Sri Lohd Najib bin Tun Abdul Razak. Ils ont exploré les avenues pour renforcer les relations bilatérales. Maurice a signifié son intention d’entreprendre des démarches en vue d’obtenir le statut d’observateur au sein de l’Association of South Esat Asian Nations (ASEAN).
Sur le plan bilatéral, Maurice a sollicité la collaboration de Malaysia Industry – Governlent Group pour encadrer les efforts en vue de mettre à exécution le plan de transformation socio-économique. L’expertise de la Malaisie dans le secteur bancaire a été abordée, Kuala Lumpur se montrant intéressé par des investissements dans ce secteur à Maurice.
La Malaisie a recherché le soutien diplomatique de Maurice dans sa candidature en vue de siéger au Conseil de Sécurité des Nations unies. De son côté, Maurice compte obtenir l’aide de la Malaisie en vue du prochain sommet des chefs du gouvernement du Commonwealth (CHOGM) en 2015 en vue de faire de cet événement international un succès.