L’ancien juge Robert Ahnee est décédé hier, au terme d’une longue maladie. Il avait fait partie des juristes érudits de son époque, dans le judiciaire comme au niveau du barreau. « Il a été un des rares juges à rendre des dissenting judgments », nous a fait remarquer Me Rama Valayden, qui, après ses études en Angleterre, a eu l’occasion de côtoyer le disparu grâce à sa proximité avec sir Gaëtan Duval QC, tous deux étant complices au nom du droit.
Plusieurs décisions de Robert Ahnee feront date dans l’histoire juridique du pays, plus particulièrement celle qui a entraîné son départ à la retraite prématurée du judiciaire. Cela s’est passé en 1993. Le gouvernement voulait expulser du pays une Sri- Lankaise, connue sous le nom de Megdagama. En sa capacité de juge, Robert Ahnee a rejeté cette démarche, d’autant plus que la femme était enceinte et que sa grossesse était arrivée à un stade avancé. Mais, usant de ses prérogatives de ministre de l’Intérieur, le PM d’alors, Sir Anerood Jugnauth, a ordonné sa déportation. Sentant qu’il ne pouvait rester en fonction après avoir subi un tel désaveu, l’homme d’honneur qu’était Robert Ahnee partit à la retraite.
Par la suite, cet épisode a débouché sur la création, par Me Valayden et d’autres jeunes amis de la profession légale, de l’Association des Juristes de l’île Maurice.
Durant sa carrière de légiste de la fonction publique, Robert Ahnee avait pendant quelque temps occupé le poste de Sollicitor General. C’est lui qui a représenté les intérêts de l’État dans la Fire Enquiry présidée par l’ancien magistrat Sadik Namdarkhan, instituée pour identifier les causes de l’incendie qui avait ravagé l’ancien bâtiment en bois qui abritait alors Le Mauricien. Cette affaire fut plus communément connue comme étant l’affaire Sheik Hossen.
Après son retrait du judiciaire, Robert Ahnee a contribué à plusieurs niveaux à l’avancement du pays. Ainsi, en 2002, il a fait partie de la commission Sachs sur la réforme électorale et constitutionnelle instituée par le gouvernement MMM/MSM d’alors. Il a aussi joué un rôle majeur dans l’accession de l’île Rodrigues à l’autonomie. Pas plus tard que l’année dernière, ayant été pendant quelques minutes bloqué dans les inondations, il avait suggéré aux autorités compétentes l’institution d’une enquête judiciaire ayant pleins pouvoirs, sur les dangers des risques d’inondations. À ce matin, l’on ne savait pas encore quand les funérailles de Robert Ahnee auront lieu.
À tous ceux qui pleurent sa disparition, en particulier à son épouse et ses filles, à ses frères et soeurs, dont Gilbert, ex-rédacteur en chef du Mauricien, nous adressons nos plus vives sympathies.