« Pa res lipye krwaze, Jean-Baptiste pe montre nou lalimyer. » Tel était le thème de la Messe des vocations hier au Thabor. L’évêque de Port-Louis a reconnu « ki pena bokou zenn ki pe reponn a lapel ». Toutefois, a souligné Mgr Maurice Piat, il ne faut pas « jeter la pierre dans le jardin des jeunes ». Selon lui, « elle est dans le jardin de tous ». Dans son homélie, il a eu un message pour les parents et les jeunes. Il a lancé un appel aux premiers pour accepter la vocation de leurs enfants et non céder à la pression sociale. Et il a encouragé les seconds à persévérer malgré « toutes les contrariétés et bouffonneries ».
Tout en remerciant ceux ayant marché hier jusqu’au Thabor, l’évêque a prié pour les prêtres mauriciens et missionnaires « pour qu’ils restent fidèles et dans le bonheur ». Selon lui, s’il y a peu de jeunes qui répondent à l’appel, il ne faut pas imputer la faute à eux seuls. « Peut-être est-ce la faute à l’Église. Pour que nous puissions entendre l’appel, il faut qu’il y ait une écoute, il faut le silence. » Mgr Piat est d’avis que l’appel est bien là, dans le coeur des jeunes. Il ne manque qu’une réponse. Partageant les interrogations communes qu’il a reçues d’une part d’une jeune Mauricienne revenue de ses études de l’étranger et d’autre part d’un prêtre australien, à savoir « comment cela se fait-il qu’une Église si dynamique et si vivante donne si peu de vocations ? », Mgr Piat a dit qu’il faut humblement y trouver la réponse. « La pierre est dans le jardin de tous. Que ce soit les prêtres, religieux, religieuses, familles, paroisses, nous devons voir comment faire pour que ces appels que Jésus envoie ne se perdent pas, ne s’éteignent pas. Y a-t-il trop de bruit ? Si nous voulons entendre, il faut un peu de tranquillité ».
Reprenant l’histoire d’Élizabeth dans la Bible qui enfanta Jean Baptiste à un âge très tardif, il dit : « Les voisins, quand ils apprirent la naissance de ce dernier, se dirent que c’est un grand cadeau. Ils louèrent Dieu. Tous nos enfants, c’est vrai, sont un cadeau de Dieu. » Dans la culture des Hébreux dont étaient issus Elizabeth et son époux Zacharie, donner un nom à son enfant « n’était pas comme donner un nom comme Brandon etc. C’était une histoire de tradition ». Zacharie, relève Mgr Piat, fut prêtre dans un temple, « ce qui était un grand poste à l’époque. Et, le métier se transmettait de père en fils ». C’est pourquoi, poursuit-il, le voisinage fut étonné lorsque Elizabeth dit qu’elle appellerait son fils Jean. « Elizabeth est loyale. L’ange lui dit que son fils s’appellerait Jean. » De son côté, Zacharie resta muet pendant les neuf mois de grossesse de sa femme. Ces neuf mois de silence, selon l’évêque, lui ont permis d’être à l’écoute de Dieu. Et, à la naissance, il parla pour dire également que son fils s’appellerait Jean. Prenant l’exemple d’Elizabeth et de Zacharie, l’évêque a invité les parents à être à l’écoute et à accepter la vocation de leurs enfants. « Il y aura toujours la pression : “Ton fils est intelligent, il peut devenir médecin etc.” » Mgr Piat a souhaité que les parents, très tôt, disent à leurs enfants : « Saki Bondye demann nou, samem nou pou aksepte. »
Messager
Après les parents, c’est aux jeunes que l’évêque a adressé un message. Avant cela, il devait leur partager le témoignage d’un jeune ayant vécu quelque 500 ans avant Jésus et qui a dit : « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé. Il a fait de moi une flèche. » Selon Mgr Piat, flèche veut dire messager. « Dieu m’envoie où il veut. » À l’époque, dit-il, les Juifs furent vaincus par les Babyloniens et furent envoyés en exil. « Ils n’eurent aucun temple pour prier, c’était pour eux une grande épreuve. Lorsqu’ils allèrent chez les Babyloniens, ils furent tentés par les idoles, l’argent facile, la corruption, le succès. » L’évêque a dressé un parallèle entre cette époque et le contexte actuel. Tout comme à l’époque, malgré la situation, « le jeune entendit l’appel. Même s’il y a beaucoup de tentations, il y a une voix qui appelle ». Toutefois, le jeune homme se découragea et voulut abandonner sa vocation. Il dit : « C’est pour le néant que j’ai usé de mes forces. » Mais, toute la beauté, selon Mgr Piat, réside dans le moment où le jeune se reprend : « Mais maintenant le Seigneur parle. Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur. » Il reconnaît que malgré toutes ses tentations, son découragement, Dieu continue à l’aimer. « Dieu n’attend pas qu’il soit saint pour l’aimer mais lui dit : “C’est moi qui suis ta force.” » Ce qui induit l’évêque à lancer aux jeunes : « Ena boukou tantasyon, mo dakor. Mais l’amour de Dieu est plus fort que tout. Dieu dit : “C’est trop peu que tu sois mon serviteur.” Il n’appelle pas pour n’être qu’un serviteur mais pour apporter une lumière qui fera du bien à ceux qui n’ont pas découvert le Christ. » Et de conclure : « Cela vaut la peine de persévérer. On ne dira pas aux jeunes “Vous allez avoir du bon temps”. Il y aura des difficultés. Mais, il y aura un grand bonheur. »