Le mythe complexe d’Orphée version Jacques Offenbach où l’intrigue, le propos grave, se transforment en une vaste comédie avec l’action de l’Opinion publique afin qu’Orphée descende, malgré lui aux enfers, pour qu’on lui rende son Eurydice. Un spectacle brillant et éclatant avec des dialogues bourrés d’humour. Opéra-bouffe à l’initiative de Frederik Ahlgrimm, (directeur de la Indian Ocean Performing Arts). À ne pas manquer au Théâtre Serge Constantin jusqu`au vendredi 31 juillet 2015 !
A l’origine, le mythe d’Orphée. Orphée charme de sa lyre tous les êtres vivants et entre dans le temple moderne dédié à la Nature et à l’Homme. Si le mythe d’Orphée évoque la question du devenir de l’humain après la mort, à mieux voir, «Orphée» version Offenbach et pièce fondatrice du répertoire comico-classique, est surtout une satire de la société (parisienne de l’époque), hypocrite, jalouse, avide de plaisirs. Un personnage l’incarne, l’«Opinion publique», qui nous révèle tout ! En s’attaquant aux mythes de l’antiquité, Offenbach a créé le style opéra-bouffe aux airs joyeux, avec une impertinence appréciée aujourd’hui par un public mauricien. L’ouverture annonce le pur opéra-comique français grâce à un répertoire connu des Mauriciens dans les années 1990 et à un style mêlant le classique et le moderne, l’exigence musicale et la dramaturgie. La suite du spectacle est tout aussi brillante, parfois poétique, romantique, sur le mode de la satire, parodiant le grand opéra et rythmée par le french cancan. Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, l`intrigue renvoie à la mythologie grecque et met en scène le poète Orphée «aux vers si beaux que les rochers se déplacent pour le suivre» et son épouse Eurydice, «qui aime se faire conter fleurette». Cette situation fait d’elle une victime. Elle meurt, renaît au royaume de Pluton. Et commence un joyeux ballet entre les dieux capricieux de l’Olympe avant le final surprenant sur fond de cancan. Le rythme de cet opéra-bouffe (auquel Frederik Ahlgrimm nous a gentiment invités pour sortir certains de l’oubli) est effréné selon la mise en scène de Ludivine Petit. Les quarante musiciens suisses du Winterthur Symphonic Youth Orchestra dirigés par Martin Wettges, secondé par le directeur musical Gregor Marhofer sont en fosse et en partie sur scène, car Orphée se présente avec costumes et décors (abstraits), dans une féerie endiablée qui plaît au public.
En tête d’affiche : Véronique Zuël-Bungaroo, dans le rôle d’Eurydice, joue et chante à ravir, pétillante et grave. Jean-Michel Ringadoo, en Pluton, Dieu des Enfers, a une bonne constitution vocale. Jupiter, l’Allemand Michael Gann, a une belle prestance. Katrin Caine, qui incarne la Déesse Diane cherche ses notes et campe une impertinente crédible. Le Néo-Zélandais Andrew Glover, dans le rôle d’Orphée, joue le mari cocu avec une louable aisance au milieu de ces dieux jaloux de l’Olympe. Grâce à une adaptation moderne, revue au goût du jour (on entonne des airs d’ici, Larivier Tanier, on parle en kreol, on est habillé de cuir ou façon starlettes d’aujourd’hui, on use de gags…) le spectacle « Orphée aux enfers » d’après la version de 1858 de Hector Crémieux et Ludovic Halévy, dépoussiéré et baignant dans une sauce créole, a connu un vif succès auprès du public mercredi soir. Les artistes, chanteurs et comédiens ont incarné avec énergie les différents personnages issus de la mythologie. L’accompagnement musical avec violons, violoncelles, contrebasse, flûtes, hautbois, clarinette, percussion était dirigé par Martin Wettges, un habitué de « Opera Mauritius » à présent chargé de l’adaptation orchestrale. On peut aborder la mythologie grecque en s’amusant. La preuve : les chanteurs mauriciens et étrangers s’en donnent à coeur joie et participent à une folle aventure appréciée de tous, car quelque part c’est un peu dans « l’esprit mauricien ». A la première, les préjugés qui pouvaient exister sont tombés. Nul doute que la sauce ne va cesser de monter au rythme des représentations avec cette bonne humeur communicative. On souhaite tout le meilleur à Frederik Ahlgrimm, directeur de la Indian Ocean Performing Arts qui relève ici un grand défi après « Opera Mauritius ».