Maurice est le deuxième pays de l’océan Indien après La Réunion à disposer d’un centre de diagnostic des personnes autistes. Le CEDAM (Centre d’Évaluation et de Diagnostic pour l’Autisme à Maurice), un projet initié par l’association Autisme Maurice, a pu se concrétiser grâce au soutien financier de la MCB Forward Foundation. L’ouverture a lieu aujourd’hui à rue Gabriel Pitot, Beau-Bassin.
Absence d’échange de regard, absence d’interaction avec l’entourage, troubles du langage, hyperactivité, flapping (geste répétitif des mains) ou spinning (tourner sur soi-même). Ce sont là quelques signes caractéristiques des troubles que peuvent présenter les autistes. Des comportements qui entraînent des difficultés tant au sein de la famille qu’à l’école et qui nécessitent que la personne soit prise en charge et reçoive un encadrement approprié, cela le plus tôt possible, en vue d’une autonomie plus rapide.
« En tant que parents, nous rêvons qu’un jour, nos enfants puissent se débrouiller seuls dans la vie : prendre l’autobus, acheter son pain, aller au supermarché… », montre Géraldine Aliphon, directrice d’Autisme Maurice.
À Maurice, le nombre d’autistes est estimé entre 8 000 à 12 000. « Au niveau de la population mondiale, 1 % en est atteint. À La Réunion, où ils ont des statistiques plus précises car disposant déjà d’un centre de diagnostic, on dénombre quelque 6 000 cas sur 700 000 habitants », fait voir Géraldine Aliphon. Ce qui l’amène à ce chiffre pour Maurice.
Pourtant, jusqu’ici, à cause d’un manque cruel de professionnels formés dans le domaine, selon Géraldine Aliphon, nombre de parents mettent du temps à découvrir que leur enfant est autiste quand ils ne l’ignorent pas totalement. Et, qui dit retard dans la prise en charge, dit handicap plus avancé.
Darma Curpen, père d’un garçon autiste de 5 ans témoigne : « Vers l’âge de trois ans, mon fils avait régressé au niveau du langage. Il disait “maman”, “papa” et ensuite, il avait arrêté de les dire. Son pédiatre n’a pas su faire le diagnostic. Il nous a dit : “Mais non, c’est normal, il va se rattraper.” Quand je lui ai dit que mon fils avait été diagnostiqué autiste, il m’a répondu gentiment : “Pour l’heure, vous en savez plus que moi…”
Selon Géraldine Aliphon, « très peu de parents ont été réaliser le diagnostic de leur enfant à l’étranger. Pour le simple quidam, c’est hors de portée ». C’est ainsi qu’a germé l’idée d’ouvrir un centre de diagnostic à Maurice. Suite à l’accord de jumelage entre l’association mauricienne et Autisme Réunion depuis 2011, celle-ci a accepté de former l’équipe mauricienne. « On a procédé au recrutement de notre équipe et grâce surtout à la MCB Forward Foundation, ce projet se concrétise aujourd’hui. »
Cette lacune au niveau du diagnostic, Autisme Maurice a voulu la pallier en formant les chefs des hôpitaux en la matière « pour qu’ils puissent à leur tour former leur personnel. Pour un parent, lorsque son enfant a un retard de langage ou des troubles de comportement, il ne peut venir automatiquement vers une ONG. Il doit se diriger vers un hôpital. Mais, là-bas, l’accueil n’est pas tout à fait ce qu’on attend parce que les médecins ne sont pas spécialisés en autisme ». L’association a ainsi approché le ministère de la Santé. Jusqu’ici, toutefois, regrette Géraldine Aliphon, « c’est resté lettre morte ».