L’accident de la route qui a fait trois morts à Lapeyre la semaine dernière vient réalimenter la polémique autour des conditions de travail des chauffeurs d’autobus individuel et de minibus. Entre les bus individuels, qui livrent une bataille acharnée au quotidien contre les opérateurs illégaux et qui doivent souvent appuyer sur le champignon pour recueillir un maximum de passagers et les contracteurs et propriétaires de minibus, dont l’agenda est inondé de contrats, qui obligent leurs employés à sillonner le pays pendant de longues heures au volant… le quotidien des chauffeurs relève bien plus qu’un simple défi. Reportage…
Samedi 6 heures aux abords du garage de la compagnie Rose-Hill Transport (RHT) à la rue Hugnin à Rose-Hill. Dans une atmosphère détendue, chauffeurs et receveurs attendent tour à tour les instructions de leurs supérieurs pour les trajets et horaires du jour. Ce matin-là, alors que les rues commencent à être prises d’assaut par les automobilistes et piétons, 68 autobus de la compagnie quitteront le garage pour sillonner les différentes routes du pays.
« Travay-la dir me mo finn habitier, apar bann passager ki in pe insignifiant. Ena rentrer fer tapaz, ena rentrer pas rod payer. Ena zot lor portab kan pe arriv lor bistop lerla ki zot pez sonett », lance un des conducteurs, Richard Labete (41 ans), tout en vérifiant l’état de son autobus, dont le niveau d’eau dans le radiateur et la pression des pneus. Mais les contraintes, dont parle ce chauffeur qui travaille pour le RHT depuis trois ans, semblent insignifiants lorsqu’on les compare à celles que connaissent chaque jour les chauffeurs de certains autobus individuels et minibus privés que nous rencontreront un peu plus tard.
Plus loin à la gare de Rose-Hill, l’ambiance est plus tendue avec le vacarme des receveurs et conducteurs des bus individuels, qui “vendent” chacun à leur tour leur destination. « Nou bis individiel, nou bizin trase », lâche Altaf Ghoora, qui vient à peine de garer son autobus. En attendant que le véhicule se remplisse, nous en profitons pour en apprendre plus sur les defis que relève au quotidien ce chauffeur qui dessert la ligne Flacq – Rose-Hill. « Gramatin 6 h nou pren travay. Nou fer enn premier voyaze depuis Flacq ziska Rose-Hill. Me la route rest bloker… depi St Pierre bloker mem », soutient le chauffeur, avant d’énumérer toute une série de problèmes.
Sur le banc des accusés : les “vans marrons”. Ces derniers, poursuit Altaf Ghoora, jouent les trouble-fête sur son itinéraire tous les jours. Cette scène est plus ou moins habituelle dans différentes régions aux heures de pointe. Des chauffeurs de minibus, opérant souvent dans l’illégalité, n’hésitent pas à stationner sur les arrêts d’autobus pour proposer leurs services à des tarifs… plus élevés. Malgré cela, les passagers, eux, se tournent régulièrement vers ces véhicules, sans doute pour leur confort et le temps record qu’ils mettent pour arriver à destination.