La hausse de 30% du Registration Duty appliquée sur tous les véhicules à l’exception des motocyclettes de moins de 250cc, qui a pris effet le lendemain du budget provoque une certaine grogne dans le secteur. Pour cause, ce sont les revendeurs qui en font actuellement les frais, notant une accalmie totale des ventes ces derniers jours. Ralentissement qu’ils espèrent temporaire, le temps pour les acheteurs de s’adapter aux nouvelles dépenses. Cependant, certains revendeurs de véhicules de seconde main craignent un retour au «papier blanc», principalement en ce qui concerne la vente de véhicules entre particuliers, que les autorités avaient combattue il y a quelques années.
S’il y a quelques semaines, avant le budget, l’industrie de l’automobile affichait bonne mine, depuis le 9 novembre, les revendeurs notent un ralentissement des ventes. Serait-ce que la population avait eu vent des mesures qui devaient être mises en avant dans le budget? Toujours est-il que depuis la hausse de 30% du Registration Duty appliquée sur tous les véhicules à l’exception des motocyclettes de moins de 250cc, les commerçants notent une accalmie dans les ventes. Cela,  au niveau des voitures de seconde main, aussi bien que des voitures neuves.
Cette hausse des frais d’enregistrement intervient après 6 ans, note la Motors Vehicles Dealers Association (MVDA), faisant ressortir que comme toute hausse, elle est difficile à accepter au départ mais finira par être intégrée par la population. En effet, si l’ancien système préconisait l’acquittement des frais d’enregistrement tenant compte du Ad valorem sur la valeur d’un véhicule à l’achat, désormais, c’est une somme fixe qui est appliquée dépendant de l’âge du véhicule et de sa capacité cylindrique. Hausse qui s’applique également sur les First Registrations. Ainsi, désormais à l’achat d’un véhciule neuf de 1001-1250cc, le propriétaire dépense Rs 32 500 de plus contre Rs 25 000 anciennement. Un véhicule neuf de 2000cc coûte Rs 117 000 de plus alors qu’avant le budget, les frais d’enregistrement s’élevaient à  Rs 90 000.
Pour les concessionnaires, cette mesure changera certainement la donne dans le secteur en cette période, certains Mauriciens préférant réfléchir à deux fois avant d’investir de trop grosses sommes. Cependant, après une période d’adaptation, cette mesure ne risque pas d’affecter le marché outre mesure, estime la MVDA. D’ailleurs, plusieurs concessionnaires sont d’avis que, par exemple, une hausse de Rs 15,000 sur une voiture neuve de Rs 800,000 ne représente pas une forte somme tenant compte que la plupart des acheteurs ont recours au «leasing» pour l’achat de leur véhicule et que sur cinq années, ils n’ont pas une somme énorme à dépenser en plus avec la nouvelle mesure.
Revendeurs de seconde main : surpris
Le son de cloche est différent auprès des revendeurs de voitures de seconde main. Certains d’entre eux font ressortir que s’ils commercialisaient généralement une voiture par jour, soit six en une semaine, depuis l’annonce budgétaire, en dépit de l’affluence dans les showrooms, ils n’ont vendu que deux voitures en une semaine. Pour ces commerçants, si actuellement ce sont les commerces qui en souffrent, notant un ralentissement des ventes, dans quelques jours, après la période d’adaptation, ce sont les petits acheteurs qui souffriront le plus. Cela principalement en raison de la nouvelle grille des frais d’enregistrement qui tient compte de l’âge du véhicule et du cylindré. En effet, avec la nouvelle mesure, le Mauricien dont les moyens ne lui permettent que l’achat d’un véhicule de plus de quinze ans devra s’acquitter, comme celui qui achète un véhicule neuf, des frais de transfert d’environ Rs 13, 000. Idem pour celui qui achète un vieux véhicule au coût de Rs 25, 000 qui déboursera additionnellement, en terme de frais d’enregistrement, la moitié de cette somme pour que son véhicule soit à son nom. Ce qui fait dire à certains revendeurs que la nouvelle mesure mise en place dans le budget, risque de favoriser le retour au «papier blanc»,  soit le fait que certains particuliers, pour éviter de débourser de fortes sommes d’argent, ne procéderont pas au transfert de véhicules. Pratique qui avait quasiment disparu de la circulation, rappellent les acteurs du secteurs. Zaid Ameer, président de la Dealers of Imported Vehicules Association (DIVA), ne partage toutefois pas cet avis, estimant qu’aujourd’hui avec l’installation des caméras sur toutes les routes et les règlements du permis à points, la majorité des Mauriciens ne se risqueront pas de s’adonner aux ventes au «papier blanc».
Cela, principalement auprès des particuliers qui revendent leurs véhicules. Si la pilule est difficile à avaler, la DIVA s’interroge sur les motivations du ministre des Finances Xavier Duval qui avait longuement critiqué cette démarche en 2003, sous le gouvernement MSM-MMM. Et de citer l’intervention de Xavier Duval en 2003 sur la question alors qu’il était dans l’opposition, pour soutenir que «values of second-hand cars are far lower than values of new cars. In fact, it is a very discriminatory system of taxation.». Xavier Duval avait de même mis l’accent sur le fait que «if you ignore the other changes and we’ll come to that later on – is that it will make it harder for the ti-dimounes, for la classe moyenne the import and register a car in Mauritius. In fact, Mr Speaker, this is increasing the divide between the rich and the poor in this country», rappelle Zaid Ameer. D’où son étonnement d’une hausse dix années plus tard sur les frais d’enregistrement. «Pourquoi a-t-il, dix ans après, fait un virage à 180° alors qu’en 2003, lorsque Paul Bérenger introduisait le Package Measure, il avait défendu bec et ongles la classe moyenne?», demandent les membres de la DIVA. «Le ministre des Finances veut favoriser qui aujourd’hui?», s’interroge Ziad Ameer, rappelant qu’avec la nouvelle mesure, «c’est Rs 1M minimum par jour qui renfloue la caisse de l’État.»
Si le marché de l’automobile à ce stade de l’année est partagé à 50% entre celui du neuf et celui du second hand, il ressort que le gros du marché est occupé par les véhicules de 1251-1600 cc qui doivent désormais s’acquitter de quelques Rs 13000 additionnelles sur les frais d’enregistrement allant aujourd’hui jusqu’à Rs 65 000 pour une voiture neuve de 1600cc. Deux semaines après l’entrée en vigueur de cette nouvelle mesure, les commerçants du secteur estiment qu’il est encore trop tôt pour évaluer la tendance du marché qui, à ce jour, connaît un ralentissement. Cependant, ce marché peut connaître un boost en fin d’année malgré la hausse des frais d’enregistrement estiment les revendeurs.