Il est clair que Mohamed Bouazizi, le Tunisien qui s’est immolé un 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid, a fait bien plus qu’embraser le monde arabe. Il est le point de départ de cet immense brasier qui a gagné le Vieux Continent, avec les indignés de la place Puerta del Sol et qui s’étend jusqu’aux États-Unis.
Malgré les nuances et réalités différentes, ce flambeau de contestation a pour point commun le peuple. Ce peuple dont les dirigeants ont fini, à force de néolibéralisme et de capitalisme sauvage, par ignorer la souffrance jusqu’à finir par en tirer outrancièrement profit voire les assujettir.
De plus, ce peuple majoritaire est confronté à une élite arrogante, esclavagiste, boulimique et profondément égoïste qui lui enlève les droits les plus basiques, le droit à une vie décente. Les Tunisiens, Égyptiens, Syriens, Libyens et autres Yéménites se dressent contre ces régimes politiques au pouvoir puisqu’ils constituent les cancers qui étouffent la population.
En Espagne c’est contre un système qui nourrit la corruption, le chômage et les problèmes financiers… Idem pour les États-Unis ou là, la cible est Wall Street, symbole de ce cancéreux capitalisme responsable de l’appauvrissement de millions d’Américains. Qu’en est-il à Maurice ?
Il est clair que bon nombre de Mauriciens s’indignent, de la vie chère, des scandales politico-financiers, de nos terres bradées, du communalisme, de l’inégalité sociale, de la pauvreté extrême dont sont victimes certains de nos compatriotes, du ravage que fait la drogue dans certaines régions ; la liste est certes plus longue. Ce constat fait, la prochaine question est, que devons nous occuper ?
Au vu de ce qui me paraît urgent à Maurice, je suis pour l’occupation de nos terres. Il paraît évident que l’importation de nos denrées alimentaires à hauteur de 70% est source d’appauvrissement puisque cela diminue le pouvoir d’achat de beaucoup avec les conditions qui dictent le marché international, prix du pétrole, les calamités naturelles et autres. Si malgré tous les bons mots du ministre Faugoo lors de la Journée de l’alimentation le gouvernement reste sur un constat, il faudra alors que le peuple se décide à se prendre en main et occupe les terres tout comme le Mouvement des Sans-Terre l’a fait au Brésil. Je ne crois pas qu’il manquerait de la main d’oeuvre pour travailler la terre, la question réelle étant : est-ce que nous cherchons de la main d’oeuvre pour une agriculture industrielle ou semi-industrielle ? Ou est-ce que nous cherchons des personnes habilitées à cultiver à petite et moyenne échelle, pour d’une part réduire la dépendance individuelle et locale et d’autre part créer de l’emploi ? Là encore je suis pour un retour à l’agriculture familiale et communautaire, celle qui valorise la terre en s’appuyant sur une agriculture diversifiée avec des méthodes de ferme intégrées ; qui valorise l’homme en le dotant d’une compréhension complète de l’agriculture, donc savoir-faire, et aussi une juste reconnaissance et appréciation ; qui valorise le produit issue d’une agriculture saine. Les organisations Caritas et le mouvement pour l’autosuffisance alimentaire offrent déjà une bonne réponse.
Pourquoi ne nous imaginerions-nous pas un moment une île avec une agriculture diversifiée et délocalisée, qui permet à des milliers de famille de vivre dans la décence et à d’autres de consommer des produits du terroir, frais et adaptés à nos besoins caloriques. Je suis partant pour ce type d’occupation, je suis certain qu’il y en a beaucoup d’autres, mais qui sonnera le glas ?