JACQUES DINAN

Certains automobilistes et motocyclistes se plaisent à rouler avec des pots d’échappement sans silencieux et/ou à pousser au maximum le volume de leur autoradio alors qu’ils circulent en ville, de jour comme de nuit. Plus leur engin est bruyant, plus ils sont heureux ! Sans doute, est-ce une manière pour eux d’être entendus, de se faire voir, de se montrer, de booster leur ego, de démontrer ce dont ils sont capables. Leur objectif est simple : attirer le regard des autres usagers de la route et des résidents riverains, regard guidé par le bruit infernal, de l’ordre de 100 à 120 décibels, provenant du pot d’échappement et/ou des haut-parleurs de leurs véhicules à quatre ou deux roues.

En pleine nuit, quand la route est libre et que règne le silence absolu, ces voitures et motos tonitruantes réveillent tous ceux qui ont le malheur d’habiter le long de la route qu’empruntent en toute impunité ces fauteurs de bruit !

Mais, pourquoi se priveraient-ils de faire tant de bruit ? N’est-ce pas leur droit de faire ce qu’ils veulent et quand ils le veulent ? Ne sont-ils pas dans leur propre voiture ? Après tout, leur moto leur appartient, n’est-ce pas ! N’ont-ils pas le droit de l’utiliser comme bon leur semble ? Tel est semble-t-il leur conviction : ils se croient libres et autorisés à faire ce qu’ils veulent ! En fait, leur arrive-t-il d’être inquiétés sur la route pour tapage nocturne ?

Ces passionnés du bruit excessif oublient que la liberté de tout individu est limitée dès qu’elle enfreint la liberté d’autrui. D’ailleurs, ce principe est clairement établi par la législation à Maurice, qui précise que le bruit, au sein d’un environnement non-industriel, ne doit pas dépasser 60 décibels de 7h à 18h, 55 décibels de 18h à 21h et de 50 décibels de 21h à 7h, de manière justement à ne pas déranger les voisins. À titre de comparaison, il faut savoir que 50 décibels correspondent au niveau sonore d’une conversation à voix normale alors que 60 décibels correspondent au niveau sonore d’un environnement de travail. (Voir tableau ci-dessous)

De plus, conduire une voiture ou piloter une moto avec 100 à 120 décibels dans les oreilles est très dangereux car l’intensité de tels bruits ne peut que perturber celui qui est au volant et réduire sa capacité de concentration. Les risques sont certains non seulement pour lui mais aussi pour les autres usagers de la route !

Puisque la législation est claire, direz-vous, chacun devrait s’y conformer ! Malheureusement, il ne suffit pas de légiférer, faut-il encore que les lois soient observées par tous. Nombreux sont ceux qui ignorent ou feignent d’ignorer les lois qui ont trait au respect de l’environnement. Une telle attitude est souvent la conséquence de graves ignorances : l’ignorance du bien commun, l’ignorance du respect que l’on doit manifester envers toute personne humaine, l’ignorance du savoir vivre ensemble en société.

Pour y remédier et amener chacun à prendre conscience du bien commun, du respect qu’il doit avoir envers autrui et du savoir vivre ensemble en société, il faudrait inculquer à tous les principes fondamentaux du civisme. Ainsi, les enfants et les jeunes, aux niveaux primaire, secondaire et tertiaire, ne devraient-ils pas avoir la possibilité de participer à des sessions de formation civique alors que les adultes pourraient être touchés à travers les moyens de communication de masse et les réseaux sociaux. Il est essentiel de comprendre que le bruit peut être cause de fatigue et d’inconfort. Pire, lorsque le bruit augmente d’intensité, il comporte des risques sérieux pour notre ouïe qui peuvent aller jusqu’à la perte irréversible de l’appareil auditif !

Il est très probable qu’une minorité des personnes ciblées sera réfractaire à toute tentative de leur faire changer d’attitude au moyen de la formation et d’arguments logiques ! Pour ceux-là, il est urgent de mettre en œuvre des moyens plus musclés et plus persuasifs pour faire respecter les lois ayant trait aux nuisances sonores sur nos routes.

Une utilisation ciblée de sonomètres permettrait d’identifier les contrevenants et ainsi les amener à mieux se comporter sur nos routes. En cas de récidive, ils seraient passibles d’amendes. Hélas ! Dans bien des cas, les changements d’attitude ne s’opèrent que lorsque le contrevenant est obligé de mettre la main à la poche et payer pour son comportement inacceptable, illégal et irrespectueux d’autrui.

Après tout, il ne s’agit pas seulement de légiférer en faveur de l’environnement ! Il faut que les lois concernant notre environnement sonore soient respectées par tous afin qu’elles soient réellement effectives.