Le ministre Bodha: « Une tâche herculéenne achevée et ce projet est devenu un cas d’école »

Elle est à nouveau opérationnelle depuis mardi. Le défaut de remblai (“embankment failure”) de Ripailles, sur l’autoroute M3 (Terre-Rouge/Verdun), a été complètement réparé après deux années de travaux. Cette remise en état a pris beaucoup de temps du fait des spécificités de cette partie du sol, qui a nécessité l’expertise étrangère. Ayant nécessité des investissements de l’ordre d’environ Rs 400 millions, la route devrait désormais résister aux hypothèses les plus défavorables imaginées.

Une plaque a été dévoilée lundi après-midi par le ministre des Infrastructures publiques, Nando Bodha, à Ripailles pour marquer la remise en opération de cette partie de l’autoroute. « C’est un travail d’Hercules » a affirmé le ministre devant un parterre d’invités composés d’experts mauriciens et étrangers qui ont travaillé sur cette réparation. Il a fallu ainsi environ quatre ans et demi pour d’abord comprendre « un double phénomène ».

Le premier concernait l’affaissement qui se produisait à cause de la faiblesse du remblai et le second, le glissement de terrain. « Il fallait trouver deux solutions conjuguées », a-t-il dit. Ces deux solutions devaient prendre en considération les parties verticale et horizontale de cette partie de l’autoroute où des fissures avaient endommagé toutes les voies. Le travail a été « massif ».

Pour exécuter un travail d’une telle envergure, Nando Bodha a souligné que « le droit à l’erreur » n’était pas possible, en se rappelant les commentaires sur les fissures. Parlant sur l’état de ce lieu spécifique, il a fait ressortir que la région « est extrêmement pluvieuse » et que lors de grosses pluies, le niveau d’eau monte. « Nous avons mis du temps mais il fallait absolument comprendre ce qui s’était passé », a-t-il concédé.

Et de faire ressortir que le Professeur français Jean-Pierre Magnan dont l’expertise a été sollicitée dans l’élaboration d’une solution, a révélé que « Maurice est un cas exceptionnel étant donné la géomorphologie du pays ». Pour le ministre, ce projet est « devenu un cas d’école » qui peut être utilisé non seulement à Maurice mais dans d’autres pays.
Après que cette partie de l’autoroute a été complètement refaite jusqu’aux profondeurs du sol, un projet d’embellissement sera bientôt lancé par Transinvest. Ceux qui voudront admirer le paysage particulier de ce lieu pourront le faire. Une petite note sera aussi inscrite pour expliquer aux automobilistes ce qui s’est produit en ce lieu.

Études géotechniques pour tout projet

L’absence d’études géotechniques nécessaires pour chaque projet, selon Nando Bodha, a causé des problèmes à de grands projets. Il a cité l’exemple de la Ring Road, de Terre-Rouge/Verdun et de Côte-d’Or. « Il faut absolument qu’il y ait une maîtrise de la géotechnique avant tout grand projet », a-t-il déclaré, soulignant qu’une législation en ce sens sera bientôt présentée pour que des études soient faites pour tout projet, ce qui irait de pair avec un meilleur design et un meilleur appel d’offres.

Il a souligné qu’une unité géotechnique « a été mise en place » dans son ministère, dirigée par le Professeur japonais Ishikawa. Une unité géotechnique sera aussi mise en place non seulement pour le ministère des Infrastructures publiques, mais également pour tous les grands projets. L’aide des grands pays sera aussi sollicitée « pour mieux comprendre notre terrain », a-t-il déclaré.

Un projet « complexe » pour Transinvest

La tâche a été ardue pour la compagnie Transinvest à qui avaient été confiés les travaux de remplissage. « Nous avons eu affaire à un projet complexe. Nous avons un terrain en pente faible de cinq degrés, et rien ne laissait présager ce qui allait se passer », a concédé son CEO, Bertrand Hanauer. Après quatre ans et demi, il se réjouit que « les choses » soient en règle, rendant ainsi la route à nouveau opérationnelle.

Pour que ces travaux aient pu se faire, la qualité d’intervenants a aussi été primordiale pour lui. Selon lui, les gens « ne comprenaient pas toujours la difficulté » s’agissant des travaux.

Les premières fissures avaient été notées en janvier 2015. La route était fermée et une déviation créée pour que les véhicules puissent continuer d’utiliser cette route. Les travaux de réparation ont débuté en mai 2017 et ont pris fin en juillet 2019. L’équipe qui a travaillé sur ce projet comprend la Road Development Authority, la Korea Expressway Corporation, le Professeur Jean-Pierre Magnan, la Japan International Cooperation Agency, Transinvest et Sinohydro.

Les travaux ont été réalisés uniquement par la main-d’œuvre mauricienne.
Pour renforcer ce site, il a fallu 191 pieux de 20 à 25 mètres, enfoncés jusqu’à la couche de basalte. Sept inclinomètres ont été installés pour vérifier un éventuel déplacement du flanc. Ces travaux ont nécessité 235 000 tonnes de remblais et 200 000 heures de travaux. À noter que 10 000 véhicules utilisent la route Terre-Rouge/Verdun tous les jours.