Les craintes liées à l’épidémie coronavirus, devenue pandémie, ont poussé le gouvernement à annuler toutes les activités prévues pour célébrer le 52e anniversaire de l’indépendance. Les mauvaises langues avancent que le gouvernement a profité de l’annonce de mauvais temps et du non-déplacement du Chief Guest pressenti, le président de l’Afrique du Sud, pour annuler des festivités dont le programme n’avait pas encore été annoncé à une semaine de l’événement. Pour sa part, le Premier ministre a justifié les annulations en disant que, dans la conjoncture, il ne fallait pas célébrer avec « fla-fla ». Pour lui c’est du « fla-fla » que de célébrer le jour où le pays est sorti du colonialisme pour acquérir sa place au rangs des pays libres, indépendants ? Et pourtant, il ne rate pas une occasion, notamment dans ses discours sur le dossier Chagos, de dénoncer le colonialisme dont fait preuve la Grande-Bretagne en refusant de rendre à Maurice l’archipel qu’elle excisa du territoire de Maurice contre l’indépendance. Il faudrait que les spin doctors qui officient dans lakwizinn du PM lui fassent comprendre qu’il ne peut pas dire et faire tout et son contraire sur tous les sujets.

Avant, Cassam Uteem et Jean-Claude de l’Estrac avaient animé une conférence-bilan dans le cadre des célébrations de l’indépendance dont voici des extraits. Se livrant à un constat sans concession de la société mauricienne, Cassam Uteem a eu ceci à dire : « « Les institutions sont toutes, sans exception, perverties et servent les intérêts du pouvoir en place. La fonction publique est devenue la chasse gardée des seuls privilégiés, avec la bénédiction de la Public Service Commission. » Selon lui, « la méritocratie a longtemps cédé la place au noubanisme. » L’ancien président de la République fait la différence entre l’État et la nation « toujours en devenir » et a également évoqué les séquelles de l’esclavage. Des familles entières, en majorité de descendance africaine, vivent aujourd’hui dans des conditions inacceptables, ignorées et rejetées.

« C’est uniquement l’inclémence de la nature qui révèle au grand jour leur situation de précarité, comme lors des récentes inondations. On fait alors, et alors seulement, montre de solidarité et de générosité. Ces familles sombrent immédiatement après dans l’oubli. Elles retournent dans leur milieu crasseux, puant et repoussant jusqu’aux prochains caprices de la nature. Un pays qui n’arrive pas à faire sortir ses concitoyens d’un groupe ethnique particulier de conditions de vie inhumaine est loin d’être une nation. » Se disant en faveur de la discrimination positive, l’ancien président s’est dit également en faveur d’un aménagement du territoire pour faire disparaître les « poches de pauvreté et de la honte à côté de ces poches de richesse et de l’indécence, les IRS » au sein d’une société mauricienne qui continue à être « minée de l’intérieur par le communautarisme exacerbé pendant les campagnes électorales ».

Pour sa part, l’ancien journaliste Jean-Claude de L’Estrac a relaté les circonstances et les motifs qui ont poussé 44% de la population è dire non à l’indépendance en 1968. Cela fut fait dans le cadre d’une campagne politique « extrêmement vicieuse, violente » sur les risques d’une « hégémonie hindoue » qui a fait naître une « double peur » : celle d’un avenir économique incertain « doublé de la peur de l’autre. » En dépit de cette campagne et des prophéties plus que pessimistes de James Meade, futur prix Nobel de l’économie, Maurice ne sombre pas grâce à sa « diversité ethnique décrite par Meade comme une sorte de malédiction mais qui était une grande richesse ». Les experts du FMI l’écriront en décrivant la réussite mauricienne comme étant le fameux « miracle » dont beaucoup ont, depuis, revendiqué la paternité.

Jean-Claude de l’Estrac a aussi souligné qu’un des éléments de la réussite mauricienne réside dans le fait que « nos dirigeants ont aussi fait le choix de la démocratie. Ce qui a permis au pays de se doter d’institutions indépendantes, dont le judiciaire, la presse. Indépendant veut dire des gens compétents et libres, pas forcément des gens qui ont perdu les dernières élections. » Il a ajouté que pour le FMI, la croissance est directement liée à la qualité des institutions d’un pays. Le conférencier a conclu sur ce chapitre en disant que « si on se fie à cette mesure, le déclin (de Maurice) est annoncé. »

Des propos forts qui devraient inciter à la réflexion.