Le 31 août, une “louange” montera vers les étoiles de Pointe Canon. Une trentaine de chanteurs et de formations musicales seront sur l’estrade de l’amphithéâtre en soirée pour Sant Seggae et fer Reggae Zoue dans le cadre du concert de DMS Jam. Un événement qui intervient au moment où la musique de Kaya semble se préparer pour un renouveau, tandis que Ras Natty Baby et Natir lanceront leurs albums respectifs dans quelques jours. Alors que ces pionniers ont repris leurs bâtons de pèlerins, la nouvelle génération s’engage à offrir un avenir au seggae, en choisissant d’explorer les autres avenues du métissage.
Le 24 février 1999, repris en choeur par une église pétrie d’émotion et baignée par la colère, l’hymne Sime Lalimier fut l’une des dernières offrandes faites à Kaya par ceux qu’il laissait derrière lui. Quelques jours plus tôt, sa mort brutale dans la cellule No 6 d’Alcatraz, où il était censé être “sous protection policière”, réveillait Maurice à des réalités que certains avaient préféré ignorer. Sur le plan culturel, son décès écrivait en quelque sorte la fin d’une histoire qui avait débuté une vingtaine d’années plus tôt.
Né à Chamarel, porté principalement par Kaya et Ras Natty Baby, le seggae était bien parti. D’autres chanteurs et groupes avaient rejoint le mouvement, qui avait gagné l’océan Indien et qui commençait à se faire connaître en Europe. Il ne restait plus à cette musique qu’à évoluer vers son plein épanouissement. À la veille de l’an 2000, le lion fut abattu dans sa magnifique lancée par un ensemble de facteurs. Avec la mort de Kaya, un grand découragement gagna les fans et les musiciens, surtout ceux qui lui étaient proches et qui comptaient sur sa vision pour avancer. Traumatisés, plusieurs d’entre eux choisirent l’exil ou le silence. Une série de drames secoua le monde du seggae durant la même période : la mort de Berger Agathe (tué par balles policières), les décès de Gérard Bacorilall, Ras Tilang, Clifford Carosin ou encore les ennuis de justice qui frappèrent d’autres protagonistes, dont Ras Natty Baby. Parmi ceux qui ont voulu reprendre le flambeau pour préserver la flamme, bien peu sont parvenus à accrocher un public, qui s’est lentement éloigné. La musique peinera pour retrouver ses repères. Après avoir vécu son âge d’or, elle finira même par quitter l’avant-scène, surclassée par d’autres styles et d’autres rythmes nés d’influences venus d’ailleurs.