Mardi 31 décembre. Les charbons ardents du barbecue grillent de mille feux. Et pas d’artifice ! Que le ciel nous épargne une perverse averse. Une douche froide (ou même tiède) serait un comble pour la St-Sylvestre.
C’est tellement romantique d’embrasser sa moitié sous une pluie de feux d’artifice. Un peu grisé par la frénésie. Un peu sonné par les explosions. Sentir battre son coeur dans ma poitrine et se dire que rien ne saurait nous désunir…
 
S’éterniser sur un long baiser. Comme un pressentiment que le rideau tombera sur un acte couru d’avance. Comment se résoudre à l’idée que la tendresse se cache dans cet instant charnière ? Une pensée doucement effleurée à chaque frôlement de peau.
Ivresse. Yeux étoilés. Passer de l’autre côté du miroir. Rêver encore un peu de l’ivresse des étoiles. Chevaucher en amazone le long du sentier inconnu. Des émotions de supermarché en promotion pour la période… Puis, un choc dans les rayons !
Une émotion pure. Une rencontre d’âme à âme. Les larmes me viennent. Quelque chose s’est ouvert, les mots chutent, la parole soudain me manque. Je suis comme abasourdie. Sidérée. Un grand fleuve qui s’écoule en méandres lascifs.
Sont-ce les tourbillons du désir charnel ? Un saisissement. Une plongée dans la couleur de ses yeux, aux sillons de ses traits. Une brise s’insinue entre mes pensées et effiloche un nuage. Le nuage passe dans ma tête, attrape au vol mes idées brouillées. Ce qui est en trop s’évanouit.
J’ai peut-être abusé du champagne. La salle est soudain trop étriquée. Des personnages apparaissent tendrement enlacés. Une cascade se met à couler. J’entends presque le bruissement de ses eaux qui ruissellent à mes pieds.
Le monde autour de moi est paisible. Éthéré. Je voudrais rester là. Habiter ici. Je ne sortirais plus. Je n’en aurais plus besoin. Un frisson étrange et grisant me parcourt l’échine. Et je jubile de tout mon soûl en caressant l’idée du dénouement de l’acte qui se joue, avec moi dans le premier rôle.
Plus rien n’est réel. Plus rien ne compte. Pas même le douzième coup de mes nuits. Coeur affolé; le sang bouillonne sous ma peau. Un désir liquide me brûle. Je suis un papillon hypnotisé par la flamme. Ce soir, peut-être me brûlerai-je les ailes…