C’est ce qu’on appelle, dans le giron sportif, un but contre son camp. Si certaines personnes pensent que David Moyes est actuellement le pire des entraîneurs que Manchester United ait connus, c’est que vous n’avez pas encore pris connaissance de la performance de Ian Paterson comme président de la chambre des commissaires des courses. Avec la décision du board d’appel, présidé par Me Anwar Moollan, de retirer toute sanction contre le jockey Corné Offer dans le sillage de l’affaire Winged Captain (37e journée de la saison 2013), c’est une énième défaite qu’accuse Ian Paterson devant un board d’appel. Et c’est la 6e affaire que l’Australien perd contre l’avocat Me Yahia Nazroo en appel de 2009 à 2014. A noter qu’entre 2010 et 2011 Ian Paterson n’était pas en fonction à Maurice.
La nouvelle défaite de Ian Paterson est encore plus grave. Elle mérite que le board des administrateurs du MTC s’y attarde et se pose surtout des questions sur la capacité de Ian Paterson à diriger cette chambre.  En effet, les commentaires qu’a formulés le board d’appel, composé de Me Moollan, Frantz Merven et Me Ravi Bhookun, à l’encontre du président de la chambre des commissaires des courses donnent froid dans le dos.  Notamment sur la présence de Samraj Mahadia dans les discussions du board alors que selon les statuts, il n’avait pas le droit d’être présent. Le board d’appel a trouvé que cette action «put the whole administration of the Board of Racing Stewards into disrepute.»
Le mot «disrepute» n’est pas utilisé à la légère et encore moins avec désinvolture par le board d’appel. Le mot «disrepute» veut dire qu’il y a une action contre les intérêts de cette discipline, que sont les courses, et la logique veut que dans toute bonne administration, la sanction doit tomber tout de suite. En football, après deux cartons jaunes à un joueur — qu’il s’appelle Ronaldo, Messi ou Ibrahimovic — l’arbitre n’a pas d’autres choix que de tirer le rouge. Mais au Champ de Mars, c’est le contraire qui est vrai. Plus les cartons rouges sont tirés plus Ian Paterson consolide sa position. Pourtant dans l’organisation des courses, dans quelque pays qu’il soit, la confiance est un élément essentiel, voire  indispensable.  Car il n’y a pas plus grave que, dans l’organisation des courses, où des millions et des millions de roupies sont engagées à chaque journée, le responsable de sa bonne organisation ne sait pas  faire son travail.
Ce constat, ce n’est pas celui de Week-End, mais d’un certain nombre de boards d’appels institués par le MTC avec des présidents et des membres différents, qui depuis 2009 n’ont cessé de critiquer ou de donner des avis contraires sur la méthode Paterson. Ou encore sur la présence controversée de Samraj Mahadia dans ce board. Corné Orffer a été blanchi rien que sur la présence de Mahadia dans le board. En plus, ses propos ont été enregistrés officiellement par le MTC. Si ce n’est pas de l’amateurisme, cela y ressemble étrangement.
Nous nous sommes lancés dans une petite analyse des défaites de Ian Paterson entre 2009-2010 et 2013 devant le board d’appel face à Me Yahia Nazroo.
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Affaire ?Boutanive -Pablo ?(6 octobre 2009)
Le jockey mauricien fut trouvé coupable sous la règle 160 (a) pour sa monte sur Pablo par le board des commissaires des courses présidé par Ian Paterson. Il fut sanctionné d’une amende de l’ordre de Rs 50 00 et d’une suspension de 6 semaines. En appel, le board présidé par J. Raymond M. d’Unienville (QC)  avait pris la décision de rayer les sanctions prises contre Jean-Roland Boutanive. Car Ian Paterson n’avait pas pu soutenir, devant le board d’appel, un élément essentiel de sa charge. «The conviction cannot stand» peut-on notamment lire dans le jugement du board d’appel»
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Affaire Allain ?Doger de Spéville? (3 novembre 2010)

Allain Doger de Spéville fut à l’époque des faits membre de l’écurie Rousset et écopa d’une amende de Rs 25 000 pour «disrespectful and insulting behaviour» contre un steward. Nommément contre le cadet steward du board des commissaires des courses, Samaraj Mahadia.  Allain Doger de Spéville écopa cette amende sous la section 213 (3) (b) du Rules of Racing. L’amende sera rayée devant le board d’appel présidé par Nankishore Ramburn, sur le fait que Samraj Mahadia a agi as «judge and party» lorsque la décision fut prise contre Allain Doger de Spéville même si son statut était comme observateur dans le board.
«This board of Appeal is of the view that natural justice demande transparency. A cadet steward who acts only as an observer and does not participate to the proceedings, especially as a witness cannot be objected. However, its is tially different when that cadet steward is the main witness to establish the charge against the “accused party”, the Appellant in the present matter and  the cadet steward, Mahadia, deponed on relevent facts detrimental to the Appellant, then there is cause of serious concern as it breaches of basic requirement of natural justice and leaves an objective bystander with of perception of bias» avait notamment écrit, Nandkishore Ramburn. On notera que déjà à l’époque, la présence non désirée de Samaraj Mahadia dans le board posait problème.
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Affaire Sailesh Ramdin -Dubai ?(18 octobre 2010)

A l’époque des faits, Sailesh Ramdin était entraîneur de l’écurie Mahesh Ramdin. Il fut condamné à une amende de Rs 250 000 dans une enquête préliminaire sous le Rule 42 (2) (a) (i) du fait qu’il a «failing to conduct his business properly with due regard for the good management of training of Dubai which aws in his charge». A savoir que Sailesh Ramdin «failed to report to the Stewards the poor blood test and the report of jockey Joorawon  (ndlr: qui avait expliqué à l’entraîneur que Dubai avait un problème) and, as such, by keeping this information to himself , and not informing the appropriate authorities had not insured that a full veterinary examination of Dubai be conducted to determine whether Dubai should be withdrawn or not».
Devant le board d’appel, présidé par J.Raymond M. d’Unienville QC, Me Yahia Nazroo est parvenu à faire réduire cette sanction à Rs 50 000 après que son entraîneur avait plaidé coupable et que le board avait trouvé que cette amende était excessive dans ces  circonstances. Il faut aussi savoir qu’il y a eu des contestations après les interventions de Samraj Mahadia dans l’enquête alors qu’il était un cadets-stipe et observateur dans le board des commissaires des courses.
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Affaire Yashin ?Emamdee – Friday Lunch Club (6 juin 2013)

Le jockey Yashin Emamdee fut sanctionné de Rs 20 000 d’amende et de trois journées de suspension sous la règle 160 A (e) des Rules of Racing pour sa monte sur Friday Lunch Club, une unité de l’écurie Maigrot lors de la 3e course de la journée du 6 avril 2013. Mais devant le board d’appel présidé par J. Raymond M.d’Unienville assisté de Gilles Etienne, Firoz Hajee Abdoola, Frantz Merven et Patrice Doger de Spéville, une enquête de novo avait été organisée dans cette affaire après qu’il fut statué que la composition du board des commissaires des courses ne correspondait pas aux statuts du MTC.
En effet, le board des commissaires des courses qui avait sanctionné Yashin Emamdee était composé de quatre employés du MTC, à savoir Ian Paterson, Stéphane de Chalain, Samraj Mahadia et de Jacques de Commarmond. Or, les statuts du MTC, à savoir la règle 21.6 (b), stipule que le board doit être composé de 5 personnes, c’est-à-dire un ou deux Stipendiary Stewards et de quatre ou trois membres de l’Association (MTC).
Dans le sillage de cette affaire et la décision du board d’appel, plusieurs autres appels fut soldés par une enquête de novo sur la même base de réflexion.
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L’affaire Gregorio Arena- Saziwayo?(13 août 2013)

Cette affaire a fait grand bruit au départ comme à l’arrivée, puisque le MTC fut forcé à “négocier» en coulisses pour que son président de la chambre des commissaires des courses ne soit pas critiqué à nouveau par un board d’appel.
Le jockey italien avait été trouvé coupable pour sa monte sur Saziwayo et fut condamné à six mois de suspension et Rs 50 000, puis la suspension de sa licence de jockey pendant une année par le board des commissaires administratifs.  L’avocat du jockey avait contesté cette sanction sur la base que le président de la chambre des commissaires des courses, Ian Paterson était bias dans sa décision pour avoir été au centre d’un incident après une   fête organisée par un propriétaire de chevaux avec le jockey italien.
Avant que l’affaire fut appelé devant le board d’appel, l’homme de loi du MTC a négocié un deal avec Gregorio Arena et ce dernier obtiendra une enquête “de novo” sans la présence de Ian Paterson.
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Affaire Corné Offer – Wing Captain ?(10 novembre 2013)

Le jockey de l’écurie Ramesh Gujadhur en 2013 avait été sanctionné de Rs 75 000 d’amende et 4 journées de suspension pour sa monte sur Winged Captain lors de la 3e course de la 37e journée le 10 novembre 2013.  Il fut aussi trouvé coupable de s’être mal comporté envers le board des commissaires des courses pendant l’enquête.
En écoutant la bande sonore de l’enquête des commissaires dans le cadre de la préparation de la défense de son client devant le board d’appel, l’avocat devait constater que Samaraj Mahadia intervenait dans les discussions et les délibérations. Pourtant, il n’en avait pas le droit et qui plus est Samaraj Mahadia n’était pas membre du board. Se basant sur ce point Me Yahia Nazroo a constaté la composition du board qui a pris la sanction contre son client. Un point qu’a retenu le board d’appel de Me Moollan, qui dans son jugement a été très critique contre Ian Paterson. Le board d’appel devait même statuer que « que la présence de Samraj Mahadia aux deliberations du Board des Racing Stewards présidé par Ian Paterson était une entorse aux règles régissant une telle enquête.» Pour conclure encore plus sévèrement que cette démarche: «put the whole administration of the Board of Racing Stewards into disrepute.»
On notera donc que le duo Paterson-Mahadia est un véritable problème pour le MTC; car sur les six cas que nous avons relevés, dans pas moins de trois affaires la présence de Samraj Mahada pose problème et elle est à la base de la défaite du président du board des commissaires des courses devant le board d’appel.
Par ailleurs, il est aussi à noter que rien que durant la saison 2013, les appels contre les décisions de Ian Paterson et son équipe sont nombreux. Ce qui veut aussi dire que les jockeys sentent qu’ils sont victimes d’injustice. A titre de comparaison, il faut aussi savoir que durant les deux ans (2011-2012) qu’il a été Chief Stipe, Stéphane de Chalain est allé devant le board d’appel en dix occasions et qu’en huit occasions les décisions prises ont été maintenues.
Reste encore les messages que le board d’appel, de différents présidents et de différents membres envoie au MTC et face auxquels ce dernier fait la sourde oreille. Sans doute, il serait grand temps que ces points soient mis sur la table des discussions lorsque viendra la décision de renouveler le contrat de Ian Paterson.