La moitié de la population mondiale se trouvant en confinement, les activités humaines néfastes pour l’environnement ont largement diminué. Conséquence ? La nature semble reprendre ses droits dans plusieurs régions du monde. Cependant, ces quelques semaines de répit ne suffisent pas pour panser des siècles de pollution.

Il ne faut pas s’y méprendre. Le confinement instauré pour endiguer la propagation du Covid-19 a certes un impact régénérateur sur l’environnement. Mais cela ne suffit pas pour enrayer l’effet du changement climatique enclenché après des décennies de pollution. “Nous ne combattrons pas le changement climatique avec le virus”, a prévenu le secrétaire-général des Nation unies, Antonio Guterres, dans une déclaration la semaine dernière.

Pourtant, à travers le monde, la faune et la flore prospèrent en l’absence d’activités humaines. En témoignent des clichés de pumas arpentant les rues du Chili et ceux de sangliers gambadant en plein Barcelone, en Espagne. Il a également été observé que les dauphins se rapprochent des côtes. “Le monde connaît une nette diminution de la pollution atmosphérique, sonore et lumineuse. Cette dernière débalance les animaux et leur système hormonal. Du coup, le confinement a un aspect très positif sur eux”, observe l’écologiste Vikash Tatayah, de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF).

D’autres occurrences positives ont aussi été relevées. En Italie, pays d’Europe enregistrant le plus grand nombre de décès dus au Covid-19, les eaux de Venise sont redevenues limpides. Les activités touristiques ayant stoppé, les bateaux qui polluaient ces canaux restent à quai. Des images satellites de Delhi, en Inde, montrent que les épais smogs se sont dissipés. Il en est de même pour le brouillard de fumée qui enveloppait Téhéran, en Iran. Les montagnes ont réapparu à l’horizon de la ville. Au cœur de Port-Louis s’élève désormais le chant des oiseaux, généralement étouffé par le tapage d’une capitale bondée.

“D’ordinaire, les bruits causés par les humains empêchent les oiseaux de chanter. On les entend désormais”, se réjouit Vassen Kaupaymuthoo, océanographe et ingénieur en environnement. “Le transport public, le flot de véhicules, les activités humaines très polluantes, qui occupent une bonne partie de la biosphère, sont restreints. Depuis l’industrialisation, le monde n’a jamais connu un tel arrêt et cela est très perceptible. L’atmosphère est plus lumineuse”.

Les émissions de gaz à effet de serre ont drastiquement chuté. L’Agence européenne de l’environnement indique qu’à Milan, en Italie, la concentration de dioxyde d’azote a baissé de 24%. A Barcelone, une chute de 56% de ce gaz produit par les véhicules a été relevée. Dans une Chine en confinement, les autorités font état d’un recul de 25% d’émissions de dioxyde de carbone.

“Les écologistes ont longtemps expliqué, sans grand succès, qu’il fallait réduire notre activité économique, car cela cause des dommages au climat et à l’environnement. Qui aurait dit que ce petit virus allait réaliser ce qu’aucun n’a jamais pu faire ?”, ironise Vassen Kauppaymuthoo.

Pour certains écologistes, le répit forcé que connaissent les économies à travers le monde aurait dû se normaliser. Une utopie face à la course aux profits et la consommation effrénée. Pourtant, ce concept existe depuis la nuit des temps, fait ressortir l’océanographe. “Les agriculteurs ont toujours laissé reposer la terre avant de la cultiver de nouveau. Les pêcheurs ne poseront pas leurs casiers inlassablement aux mêmes endroits pour que se régénèrent les sites. Mais ce concept-là a été totalement mis de côté. Il en faut toujours plus, quitte à détruire la nature. On pêche à l’échelle industrielle des centaines de milliers de poissons et on pratique l’agriculture intensive. On pousse la machine à fond et on oublie qu’il faut laisser le temps à l’environnement de se régénérer.”

Même si les quelques semaines de confinement donne à la nature le temps de se reconstituer, Lars Peter Riishojgaard tempère. “Nous devons être prudents, ne pas nous réjouir trop vite, parce que c’est un arrêt artificiel de l’activité économique (…). Ce n’est pas nécessairement une situation durable”, a  confié le directeur du Bureau du système Terre de l’Organisation météorologique mondiale à l’AFP. Pour lui, même si le Covid-19 a fait chuter les émissions de gaz à effet de serre, les conséquences pour le climat sont minimes. “[La pandémie] n’a probablement que très peu d’effet”, a-t-il soutenu à ce sujet.

En effet, la Grande barrière de corail, en Australie, a connu en mars un grave épisode blanchissement. Le troisième en cinq ans, malgré le confinement global instauré. Pour le secrétaire-général de l’ONU, “il est important que toute l’attention nécessaire pour combattre [le Covid-19] ne nous détourne pas de la nécessité de contrer le changement climatique”.

A cet effet, Vassen Kauppaymuthoo plaide qu’“il ne faut pas que l’après Covid-19 soit comme l’avant”. Et d’ajouter : “Il nous faut comprendre que notre destin est lié à la terre. J’ai fait l’expérience de planter une graine d’haricot chez moi et elle a germé en à peine deux jours. Ça prouve que, malgré tout ce qui peut arriver, le cycle de la vie se poursuivra avec ou sans les humains.”

La conservation au ralenti

Pour les espèces endémiques et indigènes, le confinement peut causer certains problèmes. Ceux responsables de leur protection ne sont plus sur le terrain comme à l’accoutumée. Des espèces peuvent en pâtir, notamment celles qui nécessitent un suivi strict, comme les oisillons. “Nous avons un ‘skeleton staff’ sur le terrain pour nourrir certains animaux et arroser les plantes. Ce sont des actions essentielles car les oisillons peuvent vite mourir si nous ne les nourrissons pas correctement. Le problème est que nous ne pouvons pas faire le ‘monitoring’ des espèces comme nous le faisons habituellement sur le terrain. Nous avons eu des permis de circulation assez tardivement ici. Par contre, à Rodrigues, nous les avons eu très vite. L’Assemblée régionale a compris que nous étions un service essentiel”, fait ressortir Vikash Tatayah.