Le 27 janvier dernier, la station météo de Vacoas avait émis un avis de fortes pluies, avant de le retirer plus tard pour le remettre ensuite le lendemain matin, soit après le départ des enfants pour l’école. Ce faisant, les météorologues s’attiraient une énième fois les « foudres » de la population, provoquant un « déluge » de commentaires des plus désobligeants pour ces professionnels du temps.

Il faut dire que ce n’est pas la première fois que cette situation se présente, ayant même provoqué indirectement la mort d’une adolescente il y a quelques années à sa descente du bus qui la ramenait chez elle après les cours. Sans compter les fameuses « flash floods » qui avaient emporté 11 de nos compatriotes en 2013. Pour autant, doit-on forcément blâmer les prévisionnistes ? En fait, oui et non.

Il faut en effet d’abord rappeler que la météo, bien que basée sur des données mesurables et précises, est loin d’être une science exacte, trop de facteurs exogènes pouvant en effet favoriser de soudains renversements de situation. En outre, si une perturbation peut de nos jours être prévue plusieurs jours à l’avance, en revanche, les phénomènes plus petits ou plus isolés – comme des orages ou des nappes de brouillard – ne peuvent l’être que quelques heures avant leur arrivée. C’est ainsi qu’un beau temps annoncé peut vite laisser place à un épisode pluvieux. Ce genre de phénomènes, très courant faut-il le souligner, peut logiquement frustrer le public, mais il faut savoir que ces incertitudes découlent d’une propriété intrinsèque à l’écoulement atmosphérique. C’est ce qu’on appelle en physique le chaos. Et comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’aujourd’hui le réchauffement climatique vient davantage compliquer la dynamique de notre atmosphère. Autant de raisons, donc, pouvant expliquer à quel point il paraît de plus en plus difficile de prévoir le temps à venir, qui plus est lorsqu’il s’agit de prévisions sur plusieurs jours.

Pour autant, nos services météo sont-ils exempts de tout reproche ? Loin s’en faut, car s’il est vrai que toutes les raisons précitées peuvent altérer les prévisions, il n’en reste pas moins que ces dernières, trop souvent, semblent manquer de cohérence au regard des observations, en sus d’autres problématiques associées, à l’instar du mécanisme de communication de la station de Vacoas avec le public. Il faut en effet rappeler que chez nous, les services météo ne sont aucunement indépendants, en ce sens qu’ils ne peuvent prendre seuls de décisions importantes lorsque se profilent des conditions extrêmes, devant alors se concerter avec différentes autorités, à l’instar du ministère de l’Éducation en cas d’avis de fortes pluies par exemple. Pas question en effet pour le gouvernement de risquer de paralyser l’économie ou la vie sociale du pays sans un minimum de concertations préalables avec les prévisionnistes de Vacoas, lesquels restent de fait figés par l’appareil bureaucratique. Or, le problème, c’est que certaines conditions, à commencer par les plus extrêmes, exigent une réponse immédiate dans l’élaboration de plans d’action visant à prévenir et à protéger la population, toute procédure administrative altérant dès lors notre temps de réponse et allongeant potentiellement la liste des victimes.

Optimiser nos ressources est donc primordial. Aussi doit-on évidemment saluer l’existence aujourd’hui d’un National Disaster Risk Reduction and Management Centre, qui s’avère crucial dans ce contexte. Mais ce dernier suffit-il vraiment ? Car pour pouvoir être efficient, ce centre névralgique se doit aussi de disposer de toutes les informations nécessaires, qui plus est dans le plus court laps de temps possible. Ce qui soulève une autre question : les services météo sont-ils réellement habilités, logistiquement parlant, à interpréter les données en leur possession ? Bien sûr, nous ne sommes pas météorologues et ne sommes pas, à ce titre, aptes à juger du degré de compétence de nos prévisionnistes. Toujours est-il que l’on peut légitimement se poser la question au regard des fréquentes divergences d’interprétations entre les professionnels de la station de Vacoas et leurs homologues réunionnais lorsque nos deux îles font face à un événement climatique commun, notamment en cas de cyclone ou de grosse perturbation atmosphérique.

Ce seul constat ne signifie cependant aucunement que nos prévisionnistes soient incompétents. D’autant qu’il est notoirement connu qu’ils ne bénéficient pas de l’étendue du support matériel adéquat. À titre d’exemple, Météo France bénéficie de données issues de sources aussi variées que de capteurs embarqués sur des avions, des navires et autres bouées dérivantes, en sus d’être pourvue de logiciels et simulateurs dernier cri, le tout appuyé par des supercalculateurs. Autant dire que Maurice, sur ce point, ne peut faire le poids et ne le pourra probablement jamais ! Et notre météo, comme le disait Philippe Bouvard, de rester éternellement « la science qui permet de connaître le temps qu’il aurait “dû” faire ».

Michel Jourdan