Manque d’autobus sur certaines routes, lenteur des conducteurs, mauvais comportement de receveurs, manque de ponctualité… Pour certains usagers, les griefs contre les autobus ne manquent pas. D’autres, en revanche, estiment au contraire que les services offerts par les compagnies d’autobus et autres transports individuels « s’améliorent petit à petit ». Quoi qu’il en soit, du côté des compagnies de transport, c’est un autre son de cloche qui se fait entendre. Pour leurs employés, les reproches des usagers ne reflètent pas toujours la réalité.
Voyager par autobus n’est pas toujours aisé à Maurice, d’autant qu’il faut souvent faire preuve de patience. Un état de fait que dénonce depuis longtemps déjà un nombre croissant d’usagers. Selon eux, les autobus manquent singulièrement sur les principales lignes. Sans compter, disent-ils, l’état de nombreux véhicules, qu’ils qualifient de « pitoyable ». Un problème auquel vient également s’ajouter le « comportement inacceptable » de certains conducteurs et receveurs.
Hajma, une habitante de Rose-Hill âgée de 52 ans, est une habituée de la RHT. Si elle dit n’avoir « aucun problème » avec le comportement du personnel de bord, elle déplore en revanche que « les chauffeurs font ce qu’ils veulent ». Elle explique : « Des fois ils sont trop rapides et d’autres fois trop lents. Parfois, les bus arrivent à l’heure mais, d’autres jours, nous devons attendre  longtemps à l’arrêt. Du coup, il y a des jours où nous n’arrivons pas à l’heure à notre rendez-vous. Par contre, quand il faut rentrer chez eux, le soit, là les chauffeurs roulent à vive allure ! »
Cindy, âgée de 30 ans et habitant Souillac, qualifie de « véritable torture » le fait de voyager en bus. « Je travaille à Bagatelle et je vis un cauchemar chaque matin.  Les bus sont toujours bondés. Parfois, je me tiens debout de Souillac à Réduit. A cela s’ajoute le fait qu’il y a des conducteurs qui roulent trop rapidement, ce qui me fait peur. D’autant que le nombre d’accidents ne cesse d’augmenter », dit la jeune femme.
Bilal, lui, travaille au bazar de Port-Louis. Cet habitant de Curepipe, où il réside depuis plus de trois ans, déplore : « Souvent, les sièges sont sales. Une fois quelqu’un avait craché sur une banquette. Et puis il y a souvent des cafards dans les bus. Ce n’est pas possible de voyager dans de telles conditions. » Lui aussi évoque le comportement du personnel. « Quand ils ont envie, ils prennent des passagers. Sinon, ils sont laissés à l’arrêt d’autobus », dit-il.
Gestion « rigoureuse »
Autant de remarques dont l’on tient compte à la Rose-Hill Transport (RHT), qui organise chaque année une réunion avec une cinquantaine de passagers voyageant sur ses lignes. « Ces séances de “customer focus” nous sont très utiles car nous les utilisons pour améliorer nos services. Nous pouvons aussi revoir le flux de véhicules sur les routes qui ne sont pas assez desservies », indique Siddharth Sharma, Group CEO à la RHT Holding Ltd. Ce dernier ajoute que la compagnie gère sa flotte de manière « très rigoureuse » grâce à un GPS, qui permet de savoir en temps réel où se trouve chacun de ses véhicules après avoir quitté le garage. « En ce qui concerne la régularité, nos passagers peuvent télécharger une application pour connaître l’heure d’arrivée de leur bus sur nos lignes principales. Mais nous avons la réputation d’être très ponctuels », dit-il.  ?Au sujet des problèmes se posant sur les routes, le Group CEO de la RHT Holding Ltd explique que ceux-ci sont principalement dus à la densité du trafic aux heures de pointe et, surtout, à l’indiscipline des autres usagers, à commencer par les motocyclistes. Et de relever d’autres sources de dangers, à l’instar de la mauvaise qualité de certaines routes (trous, bosses, travaux non protégés…), de la signalétique déficiente ou de pannes des feux de signalisation.  ?Pour Siddharth Sharma, le problème se situe donc davantage du côté des autres usagers de la route, ajoutant : « Il serait bon d’instituer plus de formation et plus de sanctions à l’égard des contrevenants. Il serait temps de revoir le système routier, d’instaurer plus de discipline et de sévérité pour les conducteurs et ne pas hésiter à pratiquer le retrait de permis pour les plus récalcitrants. En parallèle, il faudrait avoir un meilleur contrôle sur la formation, dont le niveau doit être rehaussé. » ?Du côté de l’United Bus Service (UBS), Yousouf Sairally, Assistant Traffic Manager, affirme que les plaintes des usagers du transport en commun sont moins nombreuses qu’auparavant. « Les gens paient pour voyager et donc, nous devons leur assurer un bon service. » Selon Yousouf Sairally, les quelques plaintes que reçoit l’UBS concernent le plus souvent des problèmes de retard ou de « mauvais comportement » des chauffeurs et receveurs. « Nous recevons beaucoup de plaintes mais il y a toujours des raisons qui expliquent le retard des autobus, comme de grosses averses, un accident qui a lieu en chemin ou une panne. Il faut savoir que les systèmes dans les compagnies d’autobus sont maintenant informatisés et que chaque matin, les employés prennent donc du temps pour mettre à jour leur appareil », avance-t-il.
L’UBS, dit-il, met à la disposition des usagers plus de 200 autobus par jour. « En théorie, c’est un nombre suffisant pour servir la population. Mais il y a un problème en raison de la mentalité des gens. Les passagers n’arrivent pas à comprendre que le retard de certains bus est souvent lié à des problèmes indépendants de la volonté du chauffeur », soutient Yousouf Sairally, avant d’ajouter que le personnel navigant de l’UBS bénéficie d’une formation afin d’offrir « le meilleur service possible » aux clients.  
« Indiscipline »
Les employés des compagnies d’autobus ont aussi leur point de vue. C’est notamment le cas d’Akbar Ali, 39 ans et qui exerce comme receveur pour le compte de l’UBS depuis 12 ans. Le plus grand problème qu’il rencontre avec les passagers, selon lui, c’est lorsqu’il s’agit de faire de la monnaie. « Nous ne recevons que Rs 500 en différentes coupures avec la compagnie pour démarrer notre journée de travail. Le problème, c’est que tôt le matin, des personnes viennent avec des billets de Rs 100, Rs 200, Rs 500, voire même de Rs 1 000. Et quand nous leur demandons s’ils n’ont pas le “change”, ils s’en prennent à nous verbalement », témoigne le receveur.
Jean-Michel, âgé de 42 ans, compte neuf années de service comme chauffeur à la RHT. Pour sa part, il souligne le problème des passagers attendant ailleurs qu’aux arrêts prévus. « Les bus sont censés s’arrêter à l’arrêt pour prendre les passagers. Sauf que certains attendent un peu plus loin, ce qui nous pose problème, surtout quand nous sommes sur l’autoroute. Et quand nous refusons de les prendre, ils se plaignent auprès de la compagnie », fait-il ressortir. Sa collègue Christine, 44 ans et exerçant pour la compagnie depuis 5 ans, est, elle, plus sereine. « Je n’ai jamais eu de problèmes avec les passagers depuis que je travaille comme receveuse. Il y a un respect mutuel », avance-t-elle.
Aslam, 60 ans et chauffeur d’autobus à la CNT depuis une vingtaine d’années, revient sur ses problèmes quotidiens. « Les personnes âgées refusent de présenter leur carte. Beaucoup d’entre elles voyagent aux heures de pointe, ce qui se fait au détriment de ceux qui doivent aller travailler. Idem pour certains jeunes. Du coup, nous devons laisser derrière des gens car les véhicules sont déjà remplis », explique Aslam.
Si les employés des compagnies d’autobus affirment pouvoir faire face à la situation, tel n’est pas toujours le cas pour ceux des transports individuels. Kevish (24 ans), Vickram (35 ans) et Ashvin (27 ans) soutiennent ainsi que « la vie des travailleurs du transport individuel est toujours exposée au danger ». Kevish explique : « Quand nous sortons de chez nous, dans la matinée, nous ne savons pas ce qui nous attend. Les passagers n’ont aucun respect pour nous. Certains aiment voyager mais refusent de payer. D’autres se permettent d’être vulgaires et de lancer des jurons pendant le voyage. Les jeunes se croient chez eux, mettent la musique à fond. Des filles et des garçons se livrent même à des actes indécents dans le bus. Et quand nous essayons d’empêcher tout ça, nous risquons d’être agressés, verbalement et physiquement ! »