Que ce soit pour la partielle, qui apparaît de moins en moins probable, ou les générales, la campagne s’annonce rude pour tout le monde. Personne ne semble y échapper. Les avertissements de ces derniers jours sont très clairs. Le ministre du Commerce et de l’Industrie, Ashit Gungah, qui croyait bien faire en rendant une petite visite à ses mandants de Fond-du-Sac qui ont été grandement affectés après des inondations a été chassé du lieu malgré ses efforts d’explications.
Ces habitants, qui attendent depuis des années de voir leur calvaire résolu, avaient aussi chassé leurs députés travaillistes dans l’espoir que les nouveaux arrivants de 2014 fassent vite quelque chose, mais quatre ans et quatre mois après, toujours rien. Au contraire, la situation se dégrade.
On peut aussi s’étonner que les ingénieurs du service public n’aient pas pu trouver un moyen, un système d’évacuation temporaire en attendant les gros travaux. A défaut de compétences dans le public, les autorités auraient pu se tourner vers le privé — les développements immobiliers ayant peut-être une part de responsabilité dans l’apparition de ce phénomène — pour une aide, l’essentiel étant de pallier une situation invivable pour des familles entières.
C’est vrai que les habitants des régions à risque ne comprennent pas pourquoi les travaux n’ont pas démarré plus tôt. Et là, il est difficile de ne pas abonder dans leur sens lorsqu’ils dressent un parallèle avec d’autres chantiers autrement moins prioritaires.
En effet, comment, dans le cas du chantier du métro, les travaux peuvent-ils aller aussi vite ? Comment celui de Cote d’Or avance à cadence accélérée avec des clichés du Premier ministre, muni de son casque de protection déambulant sur le chantier où apparemment 1, 000 ouvriers s’attellent 24/7 à l’achèvement d’une partie du chantier avant les Jeux des îles de l’océan Indien alors que, devant leurs portes, c’est une inacceptable flotte ? Ce sont des questions légitimes qu’ils sont en droit de se poser.
La rue gronde parce que les promesses de campagne ne sont pas tenues, parce les gens ne comprennent pas que les projets de prestige aient préséance sur les exigences de leur quotidien et leur aspiration à une certaine qualité de vie. En termes de promesse, celle de ne pas tenir des discours politiques lors des activités religieuses est revenue comme un boomerang à la figure de ceux qui l’avaient faite.
En témoignent les incidents de dimanche dernier. Pravind Jugnauth a été confronté à un contestataire à Mont-Choisy lors de la célébration de la fête de Varusha Pirappu, mais son prédécesseur Navin Ramgoolam, qui était, pour l’occasion, flanqué de ses « béquilles » Xavier Duval et Alan Ganoo, n’a pas été en reste.
Quelqu’un dans l’assistance lui a cruellement renvoyé à ses dix ans passés au pouvoir, et il a réagi comme il l’a toujours fait, en tenant une nouvelle promesse sectorielle visant à obtenir l’adhésion d’une communauté. Un triste retour aux années 2005-2014.
Ces années-là, celles que l’électorat a voulu effacer dans les urnes aux dernières consultations populaires semblent aussi rattraper le PMSD, partenaire du PTr de 2000 à 2014 et celui du MSM de 2014 à 2016, ce qui fait de lui le parti qui a été le plus longtemps au gouvernement, soit onze ans d’affilée.
Celle qui a fait les frais de ce rappel est Aurore Perraud qui a eu du mal à se faire entendre lors de sa visite aux habitants de Cité La Cure suivant les problèmes d’inondations qu’ils ont eux aussi connus la semaine d’avant.
En attendant la reconquête de leurs mandants, le PMSD peut toujours distribuer ses certificats de « mille fois » à Anil Baichoo, le ministre qui s’était déclaré impuissant, comme Ashit Gungah, sauf que, sous l’ancien ministre des Infrastructures publiques travailliste, il y a eu 11 morts lors des inondations du 30 mars 2013 et qu’un bus défectueux de la CNT avait dérapé le 3 mai à Sorèze tuant 10 personnes.
C’est la mémoire de ces victimes que le leader de l’opposition souille lorsqu’il se laisse aller à des remarques aussi légères. A moins qu’il ne voie en Anil Baichoo son prochain partenaire en chef en cas de défaillance ou de condamnation de Navin Ramgoolam. Et, après le père, le fils qui a, hier, décrété un “Mille fois Raj Dayal”, quelqu’un qui a des démêlés judiciares pour une affaire de corruption. Faut le faire. A moins que « joli mamzel » ait trouvé dans « bal kuler » un premierministrable potentiel au cas où il serait laissé sur le carreau.
Les mouvements d’humeur du peuple insatisfait doivent aussi être traités de manière calme et mesurée. Des habitants de Saint-Paul sont, cette semaine, descendus dans la rue parce qu’ils ne pouvaient plus supporter l’odeur pestilentielle qui se dégageait des eaux usées qui débordaient sur la chaussée et devant leurs maisons. Qu’il y ait eu une considération opportuniste ou qu’ils aient été vraiment animés de bonnes intentions, deux anciens élus travaillistes se sont rendus sur les lieux pour soutenir les habitants.
Or, dès le lendemain, la police de Mario Nobin s’est mise à leurs trousses comme s’ils avaient commis un délit criminel de la plus grande gravité. Convocation au poste de police de Curepipe, arrestation et caution. Une rapidité rarement vue du côté de la police, losrqu’on sait qu’elle est capable de prendre des semaines pour,finalement « koz-kozé » avec des manifestants illégaux à la place d’Armes et les laisser tranquillement partir. C’est ça l’Etat de droit ?
Cette réaction stupide, parce qu’elle fait gagner en sympathie deux apparatchiks rouges, et disproportionnée pour une manifestation spontanée sans incident ni violence, vient de la nervosité qui a gagné les rangs de la majorité. Après le départ de Vishnu Lutchmeenaraidoo, les sautes d’humeur des Raj Dayal, Sangeet Fowdar et Bashir Jahangeer, il y a de quoi s’inquiéter et oublier la partielle qui était sur le radar. Et dire qu’il y a seulement quelques semaines, des observateurs supposés avisés opinaient que le leader du MSM avait « toutes les cartes en mains » !

Josie Lebrasse