Avec en toile de fond la sévère crise que traversent quasiment toutes les compagnies aériennes au monde, y compris des sociétés plus près de Maurice, comme Air Austral ou encore Air Seychelles, la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, s’apprête à rendre public son bilan financier pour le troisième trimestre se terminant au 31 décembre dernier, dont les neuf premiers mois de l’exercice en cours. Aucun miracle n’est annoncé. Mais compte tenu des obligations et contraintes imposées par le respect des règlements de la Bourse de Maurice, aucun chiffre n’est encore du domaine public. Le sceau de la confidentialité entoure les prochains moves boursiers d’Air Mauritius.
Dans la conjoncture, tout un chacun faisant partie du directoire sous la responsabilité du Chief Executive Officer (CEO) par intérim, André Viljoën, s’accorde à affirmer de manière unanime que l’adoption d’un plan de restructuration sur plusieurs axes de la compagnie aérienne s’impose d’urgence. Les consultants de la société américaine Seabury APG, chargée d’élaborer un nouveau business model pour la compagnie aérienne, étaient à Maurice au cours du mois de janvier pour la présentation des principales options proposées.
« Maintenant, l’heure est à la décision quant au choix à faire. Il y a plusieurs axes de restructuration proposés en vue de mettre toutes les chances du côté d’Air Mauritius pour l’avenir. Le choix s’annonce âpre. Mais il ne devra pas tarder », indique-t-on dans les milieux autorisés au Paille-en-Queue Court. Toutefois, la priorité de l’heure est axée sur l’analyse de la performance financière de la compagnie pour le dernier trimestre se terminant au 31 décembre dernier, soit également le cumul du bilan pour les neuf premiers mois de l’exercice en cours.
Pour l’instant, la compagnie aérienne se garde de confirmer ou d’infirmer l’envergure des pertes sur les opérations enregistrées jusqu’ici. Le seul commentaire mis en avant est que « le cas d’Air Mauritius n’est pas unique si on prend la peine de prendre connaissance de ce qui se passe dans le monde de l’aviation commerciale ou encore dans la région de l’océan Indien ». « We cannot say anything before the 13th February next when the financial statements will be made through the formal channel », a-t-on répondu à Week-End, qui voulait s’enquérir des démarches subséquentes, notamment des consultations avec les autorités boursières, en vue de redresser la barre.
Cependant, les analystes financiers ou encore les observateurs avertis du monde des affaires soulignent qu’Air Mauritius ne pourra nullement faire exception dans un contexte international caractérisé par la crise et une série de faillites des compagnies aériennes. Plus grave encore reste la très mauvaise performance enregistrée par l’industrie touristique mauricienne au cours du dernier trimestre, et plus particulièrement en décembre de l’année dernière, malgré un accroissement de la capacité de sièges-avion sur Maurice.
Nouveau « business model »
« Le fait significatif reste que la croissance dans les arrivées touristiques à Maurice au cours de la période d’octobre à décembre de l’année dernière a été insignifiante. Mais plus grave est la contre-performance de décembre avec une décroissance de 2,2% malgré une augmentation de sièges-avion en provenance d’Europe. Là où le bât blesse le plus est que le marché français, un segment majeur pour la survie du tourisme, a connu une régression de 7%, sans compter les effets de la crise en Allemagne, en Italie et en Grande-Bretagne », fait-on comprendre en guise de preview à la présentation du prochain bilan financier d’Air Mauritius.
La volatilité du cours mondial du pétrole et la correction dans la parité du taux de change de l’euro vis-à-vis du dollar américain sont venues se greffer sur le contexte extrêmement difficile pour le compte d’Air Mauritius. Les prévisions indiquent que les effets de ces facteurs, hors du contrôle des opérations, devront se refléter de manière sensible dans le bilan complet pour 2011-2012, qui prend fin le 31 mars prochain.
Les consultants américains de Seabury APG, qui ont formulé une série de scénarios pour le nouveau business model de la compagnie aérienne, s’attendent à voir les premières mesures adoptées et mises à exécution à partir de la mi-février. Déjà, une certaine nervosité se fait sentir au sein d’Air Mauritius quant aux conséquences opérationnelles et sociales de ce nouveau développement, même si la teneur du package n’est pas encore du domaine public.
Entre-temps, Air Mauritius a arrêté une gamme de décisions dans une démarche visant à améliorer ses recettes financières. Ainsi, depuis le début de ce mois, les exit row seats des avions d’Air Mauritius, soit les places les plus prisées pour les passagers vu le confort, sont alloués avec une prime de l’ordre de Rs 1 800 par passager.
Jusqu’ici, ces sièges-avion étaient alloués sur des critères pas tellement transparents pour l’ensemble des passagers, des fois sur la base d’un first come first served. Mais depuis le 1er février, ces sièges sont mis en vente au Check-In Counter à l’aéroport contre paiement, soit à titre d’exemple 60 dollars australiens par siège pour les vols  Maurice-Perth-Maurice ou Maurice-Sydney-Melbourne-Maurice. Le même principe s’applique pour tous les vols assurés par la compagnie aérienne.
De nouveaux tarifs et règlements ont également été adoptés à partir de la même date pour les excédents de bagages des passagers. Air Mauritius a aussi majoré de 5% le coût des billets d’avion sur toutes les destinations à l’exception de Rodrigues à partir du 1er février. « Cette révision à la hausse du ticket d’avion ne devrait pas affecter le tourisme car Air Mauritius se doit d’assumer des obligations contractuelles envers les tour opérateurs », rassure-t-on officiellement du côté de Paille-en-Queue Court à cet effet.
La présentation du bilan financier pour le troisième trimestre de l’année dans moins d’une dizaine de jours contituera un véritable tournant au sein d’Air Mauritius, où le business as usual en cette période de fortes turbulences n’est plus de mise…