Avinash Teeluck, 39 ans, est le plus jeune ministre du nouveau gouvernement. À cet âge, il est un peu normal, n’est-ce pas, d’être fan de The Prophecy! C’est peut-être même rassurant de savoir que le ministère des Arts et du Patrimoine culturel est entre les mains d’un jeune qui parle de Mauriciens et non de communautés.  

Vous êtes juriste de profession, vous avez été le Chairman du Cardiac Centre, vous avez co-fondé l’ONG Solaris pour venir en aide aux personnes atteintes de cancer. A priori votre parcours n’indique aucune affinité avec la sphère artistique et culturelle.  Pourquoi seriez-vous the right Minister in the right Ministry?

Sans aucune prétention, je dirai que ce sera au public de dire à la fin de mon mandat si j’ai été the right person in the right place. Ma volonté est d’assumer la responsabilité qui m’a été donnée par le Premier ministre et de travailler en adéquation avec la vision du gouvernement et de ce ministère. C’est vrai que mon parcours ne comprend pas d’historique artistique. Mais il n’est pas nécessaire d’être un chanteur pour comprendre l’art, tout comme il n’est pas nécessaire d’avoir été impliqué dans des activités culturelles pour comprendre la pertinence de la conservation du patrimoine. La culture se vit. Je crois qu’il n’est pas obligatoire de faire partie de la communauté des artistes pour comprendre leurs attentes. Il faut être sensible et compréhensif envers leurs requêtes. Je suis convaincu, qu’il s’agisse de moi ou d’une autre personne qui aurait hérité de ce ministère, qu’il faut avoir une ouverture d’esprit, vivre le mauricianisme, comprendre la réalité de notre pays et respecter sa pluralité culturelle.

Il vous faudra combien de temps pour mesurer les attentes des artistes, de l’industrie musicale, faire un état des lieux de nos patrimoines en péril dans l’indifférence des autorités, donner un nouveau souffle, au sens large du terme, à la culture?

Cela ne fait que peu de jours que je suis au ministère. Toutefois, depuis mon arrivée, je me suis fait le devoir de rencontrer tous les senior officers et le personnel du ministère pour comprendre ses rouages. J’ai pris connaissance des dossiers en cours et ai compris où se situent les priorités, notamment la question des artistes. Mais je pourrais faire un état des lieux uniquement lorsque j’aurais mesuré et jugé chaque dossier en profondeur. À partir de cette semaine, je vais rencontrer tous les stakeholders qui travaillent sous l’égide du ministère pour un échange et essayer d’aligner notre vision pour commencer à travailler ensemble. Difficile donc de dire le temps qu’il faudra de manière théorique.

Hormis vos rencontres  avec les stakeholders, quelles sont les priorités que vous avez établies jusqu’ici? 

Je veux redynamiser ce ministère. Quand j’ai vu certains dossiers et après avoir tâté le pouls du ministère, je pense que le sort des artistes doit avoir une attention prioritaire. Et, bien entendu, la création du musée de l’esclavage… , il nous faut accélérer le projet. Le Premier ministre m’en a parlé et m’a dit que c’est un projet où l’on doit aller vite et dont il veut voir la concrétisation. Au final, ma vision et mes priorités étaient déjà en place à mon arrivée. Toutefois, étant moi-même  jeune, c’est peut-être la façon de procéder qui changera. Mais mon prédécesseur avait déjà mis en place une ligne directrice pour que le travail se poursuive.

Le PM, durant la campagne électorale, avait rencontré des acteurs de l’industrie musicale et des engagements entre les deux parties avaient été pris. Avez-vous pris connaissance du travail qui en découlera?

Je vais effectivement avoir une rencontre avec le Premier ministre à ce sujet. Je ne peux répondre à cette question pour le moment.

Il y a deux ans, vous disiez dans les médias, en parlant de la place des jeunes en politique, que “les politiciens donnent  l’impression que la politique n’est pas une vocation mais une carrière.” Est-ce que le leader du MSM vous a démontré le contraire?

Oui. À travers le sérieux dont il fait preuve au travail, la discipline qu’il applique dans la gestion du pays. D’ailleurs, c’est une des raisons pour lesquelles je me suis retrouvé au sein du MSM et que je me suis aligné à ses côtés. Et je suis heureux qu’il fasse montre des principes politiques qui sont aussi les miens. Je suis jeune et je crois encore dans la philosophie et les idéologies politiques.

Vous parlez de philosophie politique. Quelle est la vôtre? 

Elle rejoint l’engagement social. Il faut œuvrer dans l’intérêt du pays et l’intérêt du peuple. On a l’impression que les politiques ne sont pas nécessairement à l’écoute de la population. Qu’ils sont confinés entre quatre murs et travaillent sans comprendre la réalité du terrain. J’ai toujours prôné la proximité entre les politiques et le peuple.

Vous aviez parlé du mauricianisme comme étant une de vos valeurs. Comment comptez-vous vous y prendre pour le promouvoir?

Dans le passé, j’ai vu que le social est un moyen efficace de rassembler les jeunes en tant que Mauriciens. L’art et la culture seront des plateformes d’échange inter cultuel qui permettront aux Mauriciens, je ne parle pas de communauté, d’apprécier leur culture respective. Nous devons optimiser le sens du partage entre cultures pour consolider le mauricianisme. Le sport durant les Jeux des îles nous a démontré comment ranimer la flamme du mauricianisme et je crois que la musique  et l’art peuvent en faire autant.

l Vous aurez à faire preuve d’inventivité car les composite shows auxquels on a souvent droit sont dépassés.

(Rires) J’ai beaucoup d’idées en tête. Mais je dois voir si elles sont réalisables… je sais que j’y parviendrai.

l Vous qui êtes amateur de musique, qui sont vos références?

Mo ekout absoliman tou se ki ou kapav panse kapav ekoute. Sur le plan international, Michaël Jackson reste mon idole. Il a révolutionné la manière dont on écoute la musique. Il est un des premiers à avoir donné un côté visuel à la musique, notamment quand il était sur scène avec le moon walk. Avec Thriller, Bad… il a fait des clips avec de nouveaux concepts. Pour ce qui est de la musique locale, bien entendu, Cassiya, Désiré François, The Prophecy, les Bhojpuri Boys…

l Y a-t-il un endroit historique à Maurice que vous appréciez particulièrement?

Il y en a deux. Le Morne Brabant qui représente toute une facette de notre histoire. Quand on connait la souffrance endurée par les esclaves et que se jeter du haut du Morne leur était une délivrance, on est dubitatif devant le courage que cela leur a coûté. Et l’Aapravasi Ghat qui symbolise la genèse d’une histoire avec une importance capitale. C’est là qu’a débuté une autre partie de l’histoire de Maurice.

l Que souhaiteriez-vous à la fin de votre mandat?

Que la population se souvienne de moi comme quelqu’un qui a été à la hauteur de ses attentes.