Le Bar Council est enfin monté au créneau. Il était temps! Endossant le manteau de procureur, il accule la police dans le box des accusés, lui prêtant le sombre dessein de faire le lit d’une dictature. Pour avoir souvent eu l’occasion de déplorer sa timidité et son absence de prise de position, nous ne pouvons que nous réjouir qu’il décide aujourd’hui de ne pas détourner le regard face à cette configuration où de nombreux avocats se retrouvent dans le collimateur du CCID. Et ce, en souhaitant vivement que sa nouvelle approche s’inscrive dans la durée. Car les hommes en robe noire ont, à l’instar de la presse, un rôle fondamental dans la préservation et la consolidation d’un Etat de droit.?Leur serment de mettre leur compétence à la disposition des citoyens appelés à les solliciter et d’exercer leur fonction avec probité, conscience et indépendance fait d’eux de précieux auxillaires de la justice. Au prétoire, leur profession les place de facto au coeur du dispositif démocratique en tant que co-dépositaires, avec les juges, de la séparation des pouvoirs.?Les éléments précités signifient que les avocats se doivent de bannir la tentation – ou la faiblesse – d’être sélectifs dans le choix de leurs revendications, le maintien de l’Etat de droit étant un enjeu dépassant largement leur personne. Ils rejoindraient ainsi la généreuse philosophie voltairienne qui fait de nous tous des débiteurs  quand l’innocence est bafouée. Cela nous aurait épargné, par exemple, ce silence assourdissant qui a accompagné des faits, multiples et de tous ordres: brutalités alléguées lors des enquêtes policières, départ de feu juge Robert Ahnee dans de regrettables circonstances, mesquineries contre le juge Eddy Balancy, etc. Ne sortir l’artillerie lourde que quand des hommes de loi sont concernés pourrait être, à tort ou à raison, assimilé à un réflexe corporatiste susceptible d’entamer la crédibilité…?Oui, les propos qu’a avancés Me Ravi Rutnah sur une radio privée et rapportés dans un hebdomadaire méritent attention: « Depuis 2010 j’ai mené un combat en solo contre la façon de faire de la police (à l’encontre du citoyen lambda). Celle-ci prône une culture ‘dominer’. A aucun moment le Bar Council, ni ses présidents successifs, de Rishi Pursem à Antoine Domingue, ni l’un de ses membres ne se sont dit qu’il fallait me donner un coup de main. » Et l’estocade: « Aujourd’hui, il me semble que les gens découvrent l’Amérique. »?Mais laissons aux vestiaires les manquements avérés ou pas et accueillons avec espoir le sursaut salutaire du Bar Council pour éviter un débat stérile mais surtout parce que la roue tourne et nul ne sait de quoi demain sera fait. Le Dr. Navin Ramgoolam nous en fournit la cruelle illustration. Dans ce contexte, la droiture devrait constituer notre refuge, notre rempart le plus sûr. Elle ne saurait être à géométrie variable et exige des hommes de loi qu’ils fassent abstraction des protagonistes. Ainsi les flics en délire, quelles que soient les victimes – avocat ou simple citoyen – de leurs éventuelles dérives et quel que soit le régime politique sous lequel ils opèrent, doivent être traqués et mis hors d’état de nuire. L’enjeu est de taille, Me Antoine Domingue le reconnait: assurer la pérennité du tissu démocratique. Une vigilance accrue du Bar Council et son refus du divorce entre le discours et l’action sont par conséquent de mise et, bonus, lui éviteront d’endosser le profil de ceux dont Martin Luther King disait: when silence is betrayal…