Éclairer le musulman et le public moyen qui semblent quelque peu perdus dans le débat actuel sur l’avortement : telle est la démarche du Muslim Citizen Council (MCC) qui a tenu une conférence de presse, hier, avec pour principal intervenant le chercheur Belall Maudarbux. Ce dernier a parlé du droit criminel musulman et des textes islamiques, avant de suggérer l’introduction de l’éducation sexuelle à l’école afin de mieux encadrer les jeunes par rapport à la sexualité.
« L’islam est contre la pratique de l’avortement, sauf dans des cas spécifiques mais avant la période de 120 jours », a-t-il précisé, avant d’ajouter que l’amendement au code pénal que se propose d’amener le gouvernement pour décriminaliser l’avortement doit statuer clairement sur les raisons pour lesquelles l’avortement soit permis. « Il doit aussi stipuler qu’il soit pratiqué à l’hôpital public dans la discrétion et la confidentialité », a estimé M. Maudarbux, entouré des membres du MCC. Une clause doit aussi être mentionnée, a-t-il ajouté, précisant qu’un médecin peut refuser de pratiquer un avortement sur la base de sa conscience ou de sa religion.
Pour le chercheur, les différentes cultures du monde donnent un sens très varié de la vie. Dans le catholicisme, a-t-il dit, la vie commence à partir de la conception. Et la science, elle, considère la vie au moment du premier mouvement d’un organe. « Les musulmans, eux, croient dans la tradition du Prophète qui a dit que la vie commence à partir de 120 jours. Donc, la tradition veut qu’après la période de 120 jours, on ne touche pas au foetus formé dans le ventre de sa mère. De manière générale, on peut faire expulser le foetus avant cette période, sauf dans des cas exceptionnels, tels que s’il représente un risque pour la vie de la mère », a-t-il expliqué.
Situant le contexte actuel de ce débat, « dont les musulmans de nombreux autres pays ont fait face avant ceux de Maurice », M. Maudarbux a dit que les chefs religieux ont raté une dimension cruciale qui affecte la question de l’avortement pour les musulmans. « Nous sommes une communauté minoritaire à Maurice. Dans un pays non-musulman qui n’est pas régi par la Charia, nous devons nous ajuster et nous adapter sur le plan juridique par rapport à toutes les questions où nous devons nous exprimer. Il faut savoir que ce qui peut être appliqué dans un pays musulman n’est pas nécessairement applicable à Maurice », a-t-il déclaré.
Ces prises de position, selon lui, auraient dû prendre en compte des accords internationaux que Maurice a signés à ce sujet. Il a dit que souvent il y a une confusion par rapport « à la décriminalisation et la légalisation ». « Il est malveillant de faire croire que le gouvernement essaye de légaliser l’avortement. Ce n’est pas vrai. Décriminaliser ne signifie pas légaliser. Il n’est, donc, pas vrai d’insinuer que l’avortement sera à la portée de tous », a-t-il affirmé.
Poursuivant, M. Maudarbux a fait valoir que la Charia ne considère pas l’avortement comme un infanticide ou un meurtre parce qu’un meurtre est puni par la peine de mort et un avortement, non. « On est en train de mélanger les lois et cela crée une confusion qui ne reflète pas les textes du droit musulman », a-t-il fait ressortir.
M. Maudarbux a finalement dénoncé la perception de justice à deux vitesses à Maurice où une certaine catégorie de femmes seulement se font attraper par la loi pour le délit d’avortement – soit celles émanant de la classe ouvrière ou des groupes défavorisés. « Les autres le pratiquent discrètement dans les cliniques privées ou même à La Réunion », a-t-il déclaré. D’où la requête du MCC pour que la loi du pays reflète la justice et l’égalité pour tous.