« Nous n’avons pas le choix que de voter pour une loi qui met fin à une discrimination envers la femme et les pauvres, et pour être conformes avec la Convention internationale des droits humains et la Convention for the elimination of discrimination against women que Maurice a ratifiées », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell. C’était hier lors des débats sur le projet de loi autorisant l’avortement dans quatre cas spécifiques. Il a toutefois précisé que tous les paramètres doivent être pris en considération et qu’un protocole adéquat soit élaboré pour éviter tout abus.
Le ministre des Affaires étrangères a soutenu qu’une loi autorisant l’avortement dans quatre cas spécifiques permettra à Maurice d’être en ligne avec les conventions internationales qu’elle a signées et ratifiées. Selon les Nations unies, ajoute Arvin Boolell, la grossesse précoce est en hausse dans le pays. « Ce sont surtout les pauvres qui souffrent de complications après avoir eu recours à l’avortement fait de manière artisanale », souligne-t-il. « We have no choice but to have recourse to a legislation that respond to expectations of people. »
Avec cette loi, poursuit le ministre des Affaires étrangères, les médecins auront désormais le pouvoir d’agir. « Celles qui n’avaient pas les moyens pourront avoir accès à un “avortement thérapeutique” », explique Arvin Boolell. Et de renchérir : « Il pourra toutefois être pratiqué uniquement après l’autorisation d’un panel de professionnels et sous des conditions spécifiques. Une des questions clés à se poser : est-ce que le droit de la femme enceinte peut passer outre celui du foetus ? »
Arvin Boolell s’interroge aussi sur le nombre de gynécologues ayant les compétences nécessaires pour utiliser les équipements permettant de déceler une malformation gravissime chez le foetus avant la fin des 14 premières semaines de grossesse. D’où son conseil de s’assurer la formation de ces professionnels.
Le ministre soutient par ailleurs que le gouvernement ne lésinera pas sur les moyens ni sur le temps nécessaire pour étudier la législation et établir un protocole. « Nous nous assurerons que tout se fait de manière professionnelle », précise Arvin Boolell. Il a exprimé sa satisfaction concernant l’amendement du Code pénal qui prévoit des sanctions contre ceux qui font des fausses déclarations comme par exemple dans des cas de viol allégué.
Arvin Boolell est d’avis qu’il faudrait aussi s’assurer que la confiance envers nos médecins soit consolidée. Selon le ministre, il est important que le panel comprenne deux gynécologues et un psychiatre dans le cas d’un avortement tombant sous une des quatre catégories énoncées. Il estime que 14 semaines sont relativement courtes pour prendre une telle décision. D’où la nécessité de disposer d’un mécanisme répondant aux besoins des victimes et de leur famille sans qu’il y ait d’abus. C’est une question de temps et les parlementaires sont appelés à voter selon leur conscience, a-t-il ajouté.
Le ministre a tenu à féliciter l’Attorney General Yatin Varma pour avoir osé présenter le projet de loi autorisant l’avortement dans des cas spécifiques. Sa présentation, a-t-il précisé, a cependant été faite après consultations avec les uns et les autres. Selon lui, il est grand temps de voter pour l’amendement d’une loi qui a longtemps été discriminatoire envers les femmes.
Arvin Boolell rappelle que la loi telle qu’elle est aujourd’hui date de 1838 et reflète la réalité de l’époque où les femmes et les noirs étaient victimes de discrimination. « Nous sommes obligés d’agir en tant que professionnels. Les droits humains sont vitaux et d’une importance capitale. Nous avalisons ce texte de loi et nous nous assurons que nous ne devons pas défaire ce qui a été fait », conclut-il.