Dans le cadre de la récente décision du gouvernement de proposer un projet de loi qui autorisera l’avortement dans des cas spécifiques, les évêques de Port-Louis, de Maurice et de Rodrigues, respectivement Mgrs Maurice Piat, Ian Ernest et Alain Harel, plaident pour le maintien de l’avortement « comme délit ». Dans une lettre ouverte aux parlementaires qu’ils ont présentée ce matin à la presse, les trois chefs religieux proposent une alternative à cette démarche. « Un projet de loi qui aurait à coeur le développement humain des citoyens devrait plutôt s’attaquer aux causes de la prolifération de l’avortement et non pas rester sur la gestion des conséquences », écrivent-ils. Ils estiment qu’il s’agit là de grands enjeux pour « le progrès ou le déclin de notre société ».
« Ce qui est étrange, c’est que les sociétés dites modernes sont, à juste titre, très sévères sur le mal fait à un nouveau-né ou à un enfant mais tolèrent qu’on détruise des vies humaines encore en gestation. Il y a là une contradiction difficilement défendable » mettent en avant les signataires de la lettre écrite  aux parlementaires. Les évêques de Port-Louis, de Maurice et de Rodrigues, respectivement Mgrs Maurice Piat, Ian Ernest et Alain Harel, en appellent au gouvernement et à l’opposition dont cette question « tellement grave » dépasse les clivages, « à voter, non pas selon les directives de (leur) parti politique, mais en (leur) âme et conscience, une conscience éclairée par la sagesse humaine ».
Pour les trois chefs religieux, la proposition de l’avortement comme solution « ne respecte pas la dignité de la femme ». S’ils reconnaissent que le gouvernement a raison de se préoccuper de la détresse des femmes vivant une grossesse non désirée, ils soutiennent qu’il faut le faire « tout en respectant la vie de l’embryon et la dignité des femmes ». Et de préciser qu’ils ne souhaitent aucunement « imposer une doctrine religieuse partisane mais plutôt apporter notre contribution au progrès de notre société ».
Analysant les cas dans lesquels le gouvernement envisage d’autoriser un avortement, notamment le premier cas où la poursuite de la grossesse mettra en danger la vie de la femme enceinte, les évêques mauriciens notent : « Dans certaines conditions médicales spécifiques et très faciles à discerner objectivement : grossesses extra-utérines, cancers […], le traitement médical prodigué à la maman en danger de mort entraîne souvent la mort de l’enfant qu’elle porte. Ici, s’applique le principe moral connu comme celui du “double effet”. Selon ce principe, le médecin engage un acte médical qui vise à sauver la vie de la femme. Si en même temps, ce geste médical entraîne la mort du foetus, celle-ci en est l’effet secondaire et non pas le but visé qui était de sauver la mère. L’acte posé avait un double effet mais un seul et unique objectif. Dans ces cas-là, on ne peut vraiment parler d’avortement. »
D’autre part, notent les évêques, « on a voulu assimiler à ces cas spécifiques et limités, la maladie cardiaque de la femme enceinte. Cela a donné lieu à de nombreux abus à l’étranger. La notion de danger de mort de la mère dans ce cas-là est largement subjective et peut rarement être qualifiée d’imminente ». Ils estiment que le libellé de la clause doit ici être revu de manière plus restrictive et spécifique.