Il est de commun à toute fonction vocationnelle – journalisme, médecine, enseignement, religion, droit – la dimension sacerdotale. Soit l’exigence de dévouement aux règles établies, explicitement ou implicitement. Il est convenu que lorsqu’on est « appelé », « choisi » par Dieu ou déesse coïncidence à exercer un « sur-métier », l’on épouse la voie entamée par bien d’autres avant. On s’inscrit dans une continuité. On devient garant d’une tradition. Toute vocation implique une ligne de conduite.
Ainsi, même si ni le journaliste ni l’enseignant ne prête serment, il sait pertinemment ce que la société attend de lui. Les deux professions ont devoir d’éducation, donc de présentation, de modération. Les faits avant tout ; ne pas imposer une dictature de la conscience.
L’avocat, pour sa part, prête serment. Il doit accepter et défendre son client, au mieux de ses capacités. Sans appel. On n’imaginerait pas qu’un avocat se mette à défendre une position contraire à cela, par souci d’éthique.
Quid du médecin ? Lui aussi accepte les règles du jeu. Et, dans sa version première, le serment d’Hippocrate évoque une promesse aux dieux Apollon, Hygie, Esculade, Panacée. Et dans sa version réactualisée, laïque, on élimine les déités… Mais l’essence et l’objet du texte doivent perdurer. Les idéaux grecs doivent rester : divine primauté de la vie, obéissance insondable, indiscutable, non-négociable. On a tout le temps, avant de prononcer le voeu, de discerner le bien-fondé de la démarche. Après quoi, on se plie à ce que l’on a soi-même choisi. La fonction est au-dessus de la conscience personnelle. Il y a des décisions sur lesquelles on ne revient pas.
Mais récemment, le débat sur l’avortement semble froisser ces premiers principes. Curieux. Soudain, on réévalue. Et ce qui est clair, net et précis le semble moins. Pourtant…
Hippocrate ne transige pas. Construisons le contre-argument de la légalisation de l’avortement suivant sa logique. « Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux […] Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité […] Je n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences […] Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne fournirai aux femmes aucun abortif […] Je ne provoquerai jamais la mort délibérément […] Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. » Dépasser les compétences…
Curieux, au lire de certaines opinions, seuls certains généralistes accueillent le serment d’Hippocrate comme cela. Auront-ils compris que la compétence ne peut qu’être au service des « lois de l’humanité » ? Les médecins s’étant publiquement prononcés pour l’avortement sont majoritairement des gynécologues. Pourtant, les deux prononcent le même voeu. Ils ont la même vocation. L’expliquer ? Une fois de plus citons Hippocrate : « Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire ». Serait-ce sujet à interprétations ? Nos généralistes sont-ils trop génériques ? Ou, serait-ce, notre gynécologie, pas assez logique ?
Serait-il toujours juste de parler d’Hippocrate ? Ou devons-nous invoquer l’autre serment, celui d’Hypo… ? Bric à brac ? Par Zeus, de crate à crite, aurait-on troqué Panacée pour Crésus et Morphée ?
Le docteur Ramgoolam, qui unie en son lit les vocations de médecine et de droit, pourra-t-il nous en dire plus ?! Ou d’Hippocrate, l’on ne gardera que : « Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré (e) et méprisé (e) si j’y manque. » Et de lui reprocher le fait qu’il n’était pas avocat.