Paul Bérenger souhaite une démarche conjointe Tana/Port-Louis pour un arbitrage sur le litige avec la France au sujet de Tromelin et des îles Eparses
La visite d’Etat du président de Madagascar, Hery Rajoarimamianina, dans le cadre des célébrations de la fête nationale du 12 mars, qui s’achève aujourd’hui, est empreinte d’une préoccupation majeure, en l’occurrence l’économie. Que ce soit lors des discussions officielles entre le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, et le Chief Guest, dans les différentes interventions officielles, ou encore lors du Business Forum avec la participation de quelque 200 hommes d’affaires, vendredi, la quête d’une nouvelle dynamique économique au niveau de la région a été « very high on the agenda ». De ce fait, la signature d’un accord entre les deux pays et portant sur la création d’une Zone Economique Spéciale (ZES) à Fort-Dauphin (Madagascar) atteste de cette ambition de faire cet axe bilatéral « le moteur du développement dans cette sous-région et un pôle de croissance pour l’ensemble de la région », pour reprendre les mots du président malgache lors du toast au banquet d’Etat de vendredi soir au Swami Vivekananda International Convention Centre à Pailles. De son côté, le leader de l’opposition, Paul Bérenger, a rappelé, si besoin est, que Madagascar et Maurice peuvent encore conjuguer leurs efforts sur le plan diplomatique en vue de régler avec la France le contentieux sur la souveraineté de Tromelin et des îles Eparses. Ce déplacement présidentiel s’est soldé sur une note positive avec Maurice donnant son accord pour la restitution de conteneurs de bois de rose saisis à Port-Louis depuis bientôt cinq ans, soit en 2011.
Intervenant lors du banquet d’Etat offert par le Premier ministre en son honneur, le président malgache a balisé le périmètre de la coopération entre les deux pays. « Tous les signaux sont au vert pour redynamiser les relations entre Madagascar et Maurice ainsi que nos relations bilatérales. Notre partenariat peut devenir le moteur de cette sous-région et un pôle de croissance pour l’ensemble de la région », a-t-il dit. Il devait repousser d’un revers de la main les analyses privilégiant l’idée visant à instiller le germe de la concurrence entre Madagascar et Maurice.
« C’est une émulation saine et stimulante, une complémentarité productive, une ressemblance dans les aspirations, les attentes et les espoirs de nos deux peuples », a-t-il affirmé, ajoutant que « même si nous ne conduisons pas du même côté de la route et pas à la même vitesse, nous avançons dans la même direction vers un pays où il fait bon vivre, où on est en sécurité et disposant des soins de santé nécessaires », a-t-il souligné avec force.
Devant le parterre d’hommes d’affaires, le président malgache a été plus direct au chapitre économique. « Madagascar a avancé dans la démocratie. Madagascar est sur la voie de la stabilité politique. Ce n’est pas gagné d’avance, mais votre contribution est importante pour qu’on puisse raffermir cette stabilité politique », a-t-il fait comprendre en ajoutant  que « nous ne sommes pas ici pour parler de politique, mais de développement des affaires, de profits. Cela contribue nécessairement à la stabilité politique et institutionnelle. »
A cette occasion, le chef de l’Etat malgache n’a pas manqué de convaincre les investisseurs éventuels sur le climat d’affaires dans la Grande-Ile. Il évoque l’instauration d’un cadre de confiance et de sécurité pour les opérateurs économiques en faisant état d’un nouveau climat d’affaires en gestation. « Je peux affirmer que les conditions qui prévalent aujourd’hui sont bien meilleures que celles qu’on a connues par le passé », a-t-il dit pour rassurer le monde des affaires tout en rendant hommage à la contribution des entrepreneurs mauriciens déjà sur place.
ZES : un projet sera générateur d’emplois, selon SAJ
L’un des instruments retenus par les deux pays pour traduire dans la réalité cette volonté de décollage économique n’est nul autre que la Zone Economique Spéciale (ZES) de Fort-Dauphin. « J’estime que ce projet phare de ZES rassemble le meilleur de ce que Maurice et Madagascar peuvent contribuer ensemble. La ZES prend racine dans notre conviction commune que l’investissement étranger est essentiel au développement économique de nos pays ; que ce partenariat entre la connaissance mauricienne dans la conception et la gestion des ZES et les ressources significatives de la Grande-Ile contribuera au développement de Madagascar. Je suis convaincu que ce projet sera générateur d’emplois et fera croître le volume et la valeur des échanges commerciaux entre nos deux pays », dira sir Anerood lors de son discours au banquet d’Etat.
Poursuivant, le Premier ministre avouera que « par la vision commune que nous avons de cette ZES, les parties mauricienne et malgache ouvrent une ère nouvelle dans les relations entre nos pays. Cette initiative me réjouit d’autant plus que la ZES sera la preuve tangible, sinon le monument de la réalité, tant au niveau des relations entre nos deux pays qu’en ce qui concerne la coopération régionale. »
De son côté, le président malgache a confirmé que le texte de loi sur la création de la ZES sera introduit devant les instances compétentes en mai 2016 et a laissé entendre que la zone développée à Fort-Dauphin ne fonctionne actuellement qu’à 15 %/20 % de sa capacité.
Sur le plan de la production alimentaire, la partie mauricienne est revenue sur la capacité de Madagascar de se transformer en principal pourvoyeur dans la région. « Garantir la sécurité alimentaire de la région revient à garantir la sécurité alimentaire de tous, dont le peuple malgache, et contribuer à la stabilité et le développement économique de votre pays. Notre solidarité sera essentielle pour l’avancement de ce projet », a dit le Premier ministre.
D’autre part, tout en parlant de « relations sacrées » entre les deux pays, le leader de l’opposition, qui a rendu, vendredi, une visite de courtoisie au Chief Guest pour la fête nationale, n’a pas manqué de souligner l’urgence d’une solution au litige autour de la revendication de la souveraineté de Tromelin et des Iles Eparses. Il a réitéré le souhait de voir Madagascar et Maurice adopter une démarche commune pour réclamer un arbitrage de la Cour internationale de Justice. « J’ai suggéré une démarche conjointe de Maurice et de Madagascar. J’ai déjà proposé la même chose à sir Anerood, soit une démarche conjointe bilatérale pour amener la France à accepter un arbitrage de la Cour internationale de Justice sur Tromelin, dans le cas de Maurice, et sur les quatre autres îles Eparses, dans le cas de Madagascar », a déclaré Paul Bérenger à la presse à la sortie de sa rencontre avec le président malgache.
Retour des conteneurs de bois de rose
La délégation officielle malgache, qui comprend également trois ministres, ne rentrera pas les mains vides cet après-midi. Le président Hery a obtenu le retour aux autorités malgaches de conteneurs de bois de rose sous contrôle de Maurice depuis 2011. « Cela constitue une manifestation de la volonté de Maurice de soutenir Madagascar et son redressement tout en combattant les trafics illicites et le pillage des ressources naturelles malgaches », s’est réjoui le chef de l’Etat, qui a également visité, vendredi, les sièges de la Commission de l’Océan Indien et de l’Indian Ocean Rim Association à Ebène.
En conclusion à cette visite officielle, sir Anerood résume que « je crois sincèrement que nos deux pays peuvent travailler en étroite collaboration dans les domaines agricole, manufacturier, tourisme, maritime et aérien, communication et technologie, entre autres. Je suis convaincu qu’avec cette visite de Son Excellence, nous allons entrer dans une nouvelle ère de coopération et d’échanges fructueux entre nos deux pays et nos deux peuples. »