À peine les explications du conseil d’administration de la State Insurance Company of Mauritius (SICOM) rendues publiques pour justifier le deal du rachat de la Gooljaury Tower à Ebène CybertCity avec un jackpot de Rs 600 millions, de nouveaux fronts de controverse s’ouvrent. Ainsi, des sources bien renseignées indiquent que des documents, en l’occurrence le Quantity Surveying Report du projet de construction de cette tour à 15 niveaux, et une évaluation faite des actuaires de ce placement de Rs 600 millions dans l’immobilier, devront s’avérer être de nature cruciale dans la conjoncture.
Dans leur analyse de ce nouveau scandale, les dirigeants du Remake 2000 MMM/MSM, réunis hier après-midi en la résidence de sir Anerood Jugnauth à La Caverne, s’intéressent davantage aux facilités bancaires de Rs 500 millions négociées dans le cadre du rachat de ce complexe (voir plus loin). Dans un autre ordre d’idées, Me Cader Mallam-Hassam a émis un communiqué de presse pour faire état des procédures de dissolution de cinq compagnies avec pour partenaires Nandanee Soornack et Rakesh (Doomeswarsing) Gooljaury et pour confirmer l’actionnariat de la femme d’affaires et activiste rouge au sein de cinq autres sociétés encore opérationnelles.
À ce stade, très peu d’indications sont disponibles quant aux initiatives de l’Independent Commission Against Corruption sous les dispositions de la Prevention of Corruption Act au sujet du scandale de la Gooljaury Tower à Ebène Cybercity. Des sources autorisées affirment qu’en cas de dénonciation formelle d’éventuels délits de conflits d’intérêts et de trafic d’influence dans cette transaction de la part de Transparency Mauritius, l’ICAC n’aura d’autre choix que de s’engager dans un exercice préliminaire d’Intelligence Gathering en vue de constituer un dossier de départ pour toute éventuelle enquête.
Ainsi, dans cette perspective, les limiers de l’ICAC tenteront d’obtenir des copies des deux documents techniques susmentionnés en sus d’un rapport d’un exercice d’évaluation du projet. Les spécialistes dans le domaine de l’immobilier soutiennent que vu que la Gooljaury Tower de 15 niveaux, soit de 13 étages, d’un rez-de-chaussée et d’une mezzanine, couvrant une superficie de 14 469,3 mètres carrés, n’était pas encore sortie des terres au moment de la signature du contrat de Vente en Futur État d’Achèvement (VEFA) à la SICOM, la pertinence d’un rapport d’évaluation peut être remise en question pour les besoins d’enquête.
Précédente enquête avortée
« Par contre, la clé du mystère du coût de Rs 600 millions pour le rachat de ce projet immobilier peut être détectée dans le rapport du Quantity Surveyor engagé par les promoteurs du projet. Le chiffre mentionné dans cet important document se révélera être un indicateur. Ensuite, vu que la SICOM est une société engagée dans le monde des assurances, une évaluation actuarielle de tout placement et investissements, surtout de l’ordre de Rs 600 millions, s’avère être une étape incontournable dans la prise de décision. De ce fait, il est normal que toute enquête, même préliminaire, doive nécessairement passer par ces deux documents au moins », souligne-t-on dans ces mêmes milieux.
Un simple exercice démontre que la SICOM, qui attend d’aménager un nouvel immeuble au coût de Rs 390 millions à Ruisseau-du-Pouce, Port-Louis, devra débourser d’ici à novembre 2014 en moyenne un peu plus de Rs 40 000 par mètre carré construit à Ebène CyberCity. Force est de constater que le communiqué officiel de SICOM a évité de mentionner le montant du jackpot pour l’acquisition de la Gooljaury Tower ou encore si le deal a été conclu sur la base de ces études sauf que « le conseil d’administration est pleinement satisfait que la décision d’investir dans le projet en question est judicieuse eu égard aux critères tels le coût, l’état du marché, l’attrait d’Ebène comme pôle de développement immobilier et centre financier et la rentabilité projetée de l’investissement ».
D’autre part, des milieux proches de la direction de la SICOM se préparent à contrer toute velléité d’enquête de l’ICAC sur les dessous de la Gooljaury Tower en avançant que cette compagnie ne tombe pas sous la définition de Public Bodies comprise dans la Prevention of Corruption Act, 2002. Pour cause, ils citent une précédente enquête avortée de l’ICAC à la suite d’allégations portées contre le Top Management de SICOM au sujet d’abus de procédures lors d’exercices de recrutement.
Prise de distance
Cette enquête de l’ICAC a dû être abandonnée suite à des objections formulées à l’effet que l’ICAC n’était pas habilitée à enquêter dans les affaires internes de SICOM aux termes de la loi en vigueur. Cette décision avait été entérinée sur avis de conseil légal au plus haut niveau des institutions. Toutefois, dans l’affaire de la Gooljaury Tower, l’ICAC peut faire usage du backdoor des conflits d’intérêts ou de trafic d’influence pour essayer de comprendre ce qui s’est passé dans le jackpot de Rs 600 millions.
D’autre part, Me Mallam-Hassam a fait circuler à la presse un document détaillant les « business activities » de Nandanee Soornack. Mais ce qui saute aux yeux d’emblée est que la femme d’affaires et activiste travailliste semble vouloir prendre ses distances de l’homme au jackpot de la SICOM, Rakesh Gooljaury.
En effet, cinq des compagnies avec une participation conjointe de Nandanee Soornack avec soit Rakesh Gooljaury soit avec Me Kushal Lobine et autres associés travaillistes, sont engagées dans des procédures de dissolution, soit
– Top Gear Express Car Wash Ltd, qui a bénéficié, aux dires de Serge Petit, d’un terrain à bail dans l’enceinte de l’aéroport, société enregistrée le 13 janvier 2011 avec pour core business le lavage des voitures avec Rakesh Gooljaury comme codirecteur et actionnaire,
– Revel in Heaven Ltd, incorporée le 13 septembre 2010 avec Nandanee Soornack investissant Rs 60 000 et Rakesh Gooljaury Rs 40 000 pour le business de “General Retailer – Dealer in foodstuff and non-alcoholic drinks”,
– Aqua Wave Ltd, incorporée le 20 novembre 2008 avec des activités dans le secteur du tourisme,
– Pride Bridge Ltd, incorporée le 11 juin 2008 avec pour principale activité le property development, dont le principal actionnaire n’est autre que Lubines Holding Ltd, avec directeur Nandanee Soornack, l’épouse de Rakesh Gooljaury, Me Kushal Lobine et Harish Chundunsingh.
Par ailleurs, l’avoué Mallam-Hassam indique que Nandanee Soornack opère des magasins de luxe dans des enceintes d’hôtel, dont l’Intercontinental, le Grand Mauritian, à Jumbo Phoenix, dont deux magasins, un restaurant toujours à Jumbo Phoenix et un autre restaurant au terminal du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport. La femme d’affaires et activiste travailliste est l’actionnaire majoritaire à 100 % dans Mauritian Paste Ltd avec aucune activité jusqu’ici. Il indique également que l’Adjex Group of Companies, une compagnie d’investissements, n’a jamais opéré depuis son incorporation le 13 septembre 2010.