Depuis qu’il s’est signalé sur la scène il y a quelque temps, Rafiki était attendu pour ce vent de fraîcheur dont avait besoin la scène reggae pour se revigorer. S’associant à la formation Fusional Mind de Steeve Laridain, le rasta blond dévoile Baboon, un album de reggae fusion qui confirme que Raphael Audibert est loin d’être un zako dan lamizik.

Un jour, il se trouvera un fauteuil à bascule dans lequel il passera ses journées à écrire des phrases et des pensées, en espérant que les politiciens d’une autre ère sauront être attentifs aux avis des citoyens. Un moment viendra où Rafiki regagnera son arbre pour prêcher en peu de mots la sagesse que lui auront donné la vie et les nombreuses expériences qu’il aura vécues sur scène, à travers le monde, dans ses recherches spirituelles, au gré des rencontres programmées et inopinées. Raphael honorera alors pleinement son surnom. Rafiki ! Les trois syllabes avaient sonné de manière cinglante dans ses oreilles quand il les a entendues la première fois. Le vieux mandrill lui avait parlé plus que les autres personnages du Roi Lion, et le grand singe nomade incarnant la sagesse lui avait indiqué la route vers sa destinée.

Mars Nipat.

Un jour, Raphael Audibert sera peut-être un vieux sage. Ou pas. Mais nous ne sommes pas encore à cet épisode où il clamera Hakuna Matata. Pour l’instant, il chante Mars Nipat. C’est l’un des morceaux qui figure sur l’album du rasta blond aux pieds nus, qui gratte sa guitare à l’ombre d’un arbre à côté du débarcadère de Tamarin. Non loin, les pêcheurs réparent leurs filets, en attendant le retour de la marée. En hiver, nous explique l’enfant du village, les eaux se retirent vers l’hémisphère nord, mettant à nu des pierres noires dans l’un des spots les plus prisés par les surfeurs. Rafiki est aussi l’un d’eux. Assis face à la mer, il parle du plaisir des vagues devant ce paysage qu’il a appris à contempler. D’ailleurs, le rappelle-t-il, n’est-il pas mieux de prendre le temps d’apprécier le coucher du soleil plutôt que de s’extasier devant la poignée de secondes que dure la traversée d’une étoile filante ? “Parfois, nous oublions de voir les belles choses qui sont devant nous.”

Lui-même a parcouru des milliers de kilomètres et a visité plusieurs pays avant de se rendre compte que c’est finalement à Maurice qu’il devait construire son projet musical. Rafiki a longtemps rêvé d’un album. Baboon, qui sera lancé le 22 juin, marque une étape dans son parcours. Un tournant qui le conduira vers d’autres horizons. Le guide de la montagne Le Morne quittera bientôt ce métier, après deux ans, pour entrer à l’université, avec l’envie de mieux comprendre la société et les gens.

Baboon.

Avec douze titres, Baboon porte avec lui un vent de renouveau qui donnera l’occasion au reggae mauricien de parcourir quelques pas supplémentaires. Rafiki parle d’un album de reggae fusion. La musique syncopée s’acoquine tour à tour avec le séga, le hip-hop, le funk, le rock. En anglais comme en kreol, il exprime la vision d’un jeune sur son époque pour Kraz tabou, Emancipate, Healings & Evolution, tout en racontant Who is Rafiki ou encore Rastaman Life. Des coups de blues, des phrases d’espoir, des coups de gueule : Rafiki propose des textes où il se livre sans retenue. Un message “spirituel et sociopolitique” où il s’invite à la discussion, sans entrer dans un débat.

Ces compositions datent pour la plupart du temps où il était lycéen. Une phase trouble faite d’anxiété et de frustrations, où il se cherchait encore, se perdant souvent dans les méandres de ses interrogations et de ses doutes, tout en s’accrochant à cette guitare qui finit bien vite par faire partie de son identité. Mais sa quête de soi devait se faire ailleurs. Cela, sa mère l’avait compris. Elle lui proposa de voyager.

Dans la brousse.

Il a fallu douze heures de route loin des villes de Madagascar pour qu’il retrouve ses repères, dans un petit village où la vie se poursuit grâce à l’interdépendance avec la nature. Parti en tant que bénévole à l’adolescence, Raphael Audibert a obtenu plusieurs de ses réponses auprès de ces enfants qui revenaient de la forêt avec des plantes médicinales et autres secrets appris de génération en génération. “L’île rouge” a inculqué la passion au jeune de 16 ans, qui était rentré avec une vision plus ouverte sur la vie et le monde.

C’est ce qui lui a permis de revenir sur les rails afin de compléter sa scolarité avant qu’il ne mette les voiles. Le monde l’attendait, il ne le ferait pas patienter. Londres, les zones rurales de la Jamaïque, Trinidad, St Vincent, Martinique, Dominique et bien d’autres destinations parcourues par les modes de transports conventionnels ou en “bateau-stop” pour ce champion local d’auto-stop. Des trajets marqués par des montées d’adrénaline, des rencontres, des occasions de partage, des découvertes, des sensations, toutes gravées dans des phrases plus tard intégrées dans des textes. Dont certains sont devenus des chansons.

Le plan de l’univers.

Rafiki l’avait alors compris : si ses désirs étaient sincères, l’univers conspirerait en sa faveur pour l’aider à avancer vers ses rêves. Surtout s’ils étaient aussi improbables que fous. Plusieurs occasions et opportunités sont venues à lui lorsqu’il s’est décidé à rentrer au pays avec l’intention de permettre à sa carrière musicale d’avancer. Il y a souvent eu l’aide des proches et des inconnus, touchés par l’énergie qu’il dégageait.

Mais il y a surtout eu la réponse positive que lui a donnée Steeve Laridain lorsque Rafiki l’a contacté pour une collaboration. Il ne pouvait y avoir de plan B : Fusional Mind semblait la seule formation capable d’intégrer son univers. La fusion a été instantanée. Rafiki et Fusional Mind ont rapidement intégré le circuit musical. La symbiose était parfaite entre les gars de La Gaulette et celui de Tamarin. Cela faisait un bout de temps que l’album était attendu.

Pour Rafiki, Baboon, produit par Lucky Monkey, est une fondation sur laquelle d’autres rêves et projets pourront être construits. “Nou bizin kontign kre lamizik”, affirme-t-il. L’album est suffisamment beau pour marquer son temps.

22 juin : la musique à Ruisseau Créole

Baboon sera lancé lors d’un événement musical prévu au Ruisseau Créole, Rivière Noire, le samedi 22 juin, de 17h30 à 23h. Rafiki et Fusional Mind seront les principaux invités de cette manifestation pour marquer la Fête de la musique. Le Trio Bruno et Black Soul Fever se produiront aussi sur scène, tandis que plusieurs stands renoueront avec le concept de fête au village dans le complexe commercial.

L’autre grand événement sera la finale de concours La Voix du Sud Ouest, lancé par Ruisseau Créole, Fusional Mind et Rafiki à l’intention des habitants de la région. Les dix finalistes retenus seront face au public et au jury, qui sera composé de Jasmine Toulouse et Michel Ducasse, entre autres. Le gagnant aura l’occasion d’enregistrer un single. Financé par Ruisseau Créole, il sera accompagné par Fusional Mind pour chanter un texte écrit par Michel Ducasse.

C’est la deuxième fois que le centre commercial de Rivière Noire accordera un tel espace à la musique. Encouragé par le succès d’une première tentative concluante l’année dernière, Ruisseau Créole a voulu renouer l’expérience en réunissant le public chez lui, explique Aline Cavrois, Marketing Manager.