Il semblerait qu’il subsiste une différence d’opinion entre les syndicats de Mauritius Telecom (MT) sur la signature d’un accord collectif portant notamment sur le paiement des arrérages aux 131 employés qui n’avaient pas signé “l’option form” du rapport Appanah en 2008. Alors que deux syndicats de MT (la Telecom Workers Union et la Mauritius Telecom Employees Association) ont opté pour la signature de ce document, la Telecommunication Employees and Staff Association, elle, s’en est abstenu « pour des raisons d’éthique », selon ses dirigeants…
Alors que la Telecom Workers Union (TWU) et la Mauritius Telecom Employees Association (MTEA) ont signé l’accord collectif, la Telecom Workers Union et la Mauritius Telecom Employees Association (TESA), elle, rejette l’idée d’avoir à consentir à la signature d’un accord portant sur un amendement à un rapport salarial final, et sans appel, signé par la juge Premila Balgobin et publié fin mai dernier. Le paiement des arrérages aux 131 employés se retrouve donc désormais suspendu à la signature de la TESA, comme le confirme la direction de Mauritius Telecom (MT), sollicitée pour une déclaration sur ce sujet. La direction explique qu’elle attend la signature du troisième syndicat afin d’effectuer le paiement des arrérages.
Dans le rapport salarial rédigé par la juge Balgobin, les 131 employés n’ayant pas opté pour le rapport du commissaire salarial Appana en 2008 avaient bénéficié, dans le cadre de l’exercice d’arbitrage au sujet des conditions de salaires et des avantages pour la période 2012-16, d’arrérages de six mois seulement. Les syndicalistes ont contesté les conclusions de la juge et réclamé un “back-pay” remontant à juillet 2008 pour ces salariés, estimant qu’une « énorme injustice » avait été commise.
Le 25 septembre dernier, le conseil d’administration de MT avait agréé d’accéder à la demande des trois syndicats pour le paiement des arrérages dans le cas des 131 employés. Cette décision est néanmoins sujette à la signature d’une convention collective par les trois syndicats. Mais la TESA s’y oppose. Son président, Suraj Ray, explique ses raisons en insistant sur une question de « droit » et de « principe de respect de la décision » de la juge Balgobin. Selon lui, la direction de MT ne peut apporter des amendements à un rapport final et sans appel rédigé par la commissaire salariale.
Il semblerait en effet que ce soit l’appellation du document (Ndlr : “amendment agreement”) qui soit au centre du point de discorde. Il existe en effet, selon Suraj Ray, une différence entre un “collective agreement” et un “amendment agreement”. « On ne peut casser un jugement », dit-il. Poussant l’idée plus loin, notre interlocuteur explique que la direction, après avoir agréé au paiement des arrérages des 131 employés concernés, ne peut imposer comme condition que les trois syndicats signent un accord. « La direction de MT est en train d’utiliser des “delaying tactics” pour ne pas décaisser cette somme », explique Suraj Ray. Ce dernier dit toutefois reconnaître « le bon sens » de la direction de MT pour accorder ce “back-pay”, tout en insistant sur le fait que ce soit fait sans aucun accord collectif.
Suraj Ray menace ainsi d’une prochaine manifestation devant la Telecom Tower. De plus, selon lui, « les négociations avec MT ont failli ». Il fait comprendre que l’accord que la direction veut que les syndicats signent est un document portant également sur le paiement de bonus aux employés selon le Performance Management System (PMS) et l’Additional Bonus on Profits alors que ces deux items, selon lui, ne requièrent la signature d’aucun document. « Le sort des 131 employés ne peut être lié à 1 500 employés du groupe », estime-t-il.
Du côté des syndicalistes ayant ratifié l’accord, on s’étonne d’un tel « désistement de la TESA à la dernière minute ». Selon eux, la TESA avait signifié son accord de signer lors de précédentes rencontres avec les hauts cadres de MT. On s’indigne du fait qu’une “draft copy” de l’accord collectif a circulé parmi les syndicalistes et qu’à la dernière minute, ce syndicat se soit montré réticent. Les syndicalistes ayant ratifié l’accord craignent maintenant que les employés de MT soient pénalisés du fait que ce syndicat refuse de signer l’accord collectif.
Raj Rughoonauth, président de la MTEA, accuse le président de la TESA d’agir avec « mauvaise foi ». Il n’y a pas lieu, selon lui, de tergiverser entre l’appellation de document et d’ajouter que le “move” de la direction de MT est « historique » dans le contexte où les conclusions de la juge étaient sans appel.