Dans une récente interview qu’elle a accordée en anglais au magazine en ligne Badzine, la badiste mauricienne Kate Foo Kune fait état des réalités qui caractérisent le sport qu’elle pratique et des difficultés qu’elle rencontre à poursuivre sa carrière. Cela par rapport à l’isolement de Maurice du continent, mais surtout des circuits européen et asiatique. Toutefois, elle estime que certains de ses propos ont été mal compris dans le giron et peut-être au plus haut niveau, et souhaite clarifier certains aspects dans ses réponses.
L’entretien a eu lieu lors de sa participation aux mondiaux de badminton tenus du 3 au 10 août à Guanzhou en Chine et pour lesquels elle s’était qualifiée. Kate Foo Kune y est présentée comme l’une des « Africa’s top women’s singles players. » Toutefois, c’est le 29 août que l’interview fut publiée, soit après qu’elle atteint la finale du simple dames du tournoi individuel des championnats d’Afrique tenus à Maurice et remporté dans la foulée le titre du simple dames aux Internationaux de Maurice (14-24 août) aux dépens de la championne d’Afrique en titre, la Nigériane Grace Gabriel.
Interrogée sur ses débuts sur la scène internationale, la badiste répond que cela remonte à deux ans en Europe et que c’est en accompagnant sa soeur en tant que partenaire du double dames qu’elle y a pris goût. Mais ajoute que « … the thing is that in Mauritius, you don’t get any funding. I’m here at the World Championships with my own money. That’s the only problem. You need to try to get sponsored and you need to be good to get sponsored but how can you get good if you don’t pay for training ? It’s kind of a vicious circle. »
Et c’est bien là qu’elle a souhaité réagir en disant que « cela ne diminue en rien le fait que MJS et le Trust Fund for Excellence in Sports m’aient toujours soutenue et je les en remercie. D’ailleurs, je l’ai toujours souligné dans mes interviews. Mais c’est aussi vrai de dire que j’ai participé aux mondiaux à mes frais. De plus, la question portait sur l’isolement et l’éloignement de mon pays du circuit international et les désavantages que cela comporte. D’où le titre de l’interview Beating the odds from the middle of nowhere. »
Le football
privilégié
L’isolement de Maurice la pousse aussi à dire qu’elle aurait préféré posséder un passeport européen de manière à pouvoir se déplacer sans souci de visa et poursuivre ses études de Sports Management et réaliser son rêve. Mais à la question de savoir, si le fait d’évoluer dans des tournois africains lui rapporte les mêmes avantages que les joueurs de la zone panaméricaine qui, comparativement, profitent mieux des tournois qui se déroulent sur leur continent, la badiste répond que « … it’s really not the same in terms of experience and we sometimes play in really bad conditions… Mauritius has really no money in badminton. They don’t want to invest in it. So may be I would play in Africa once a year. Even though I am the best in Mauritius, they wouldn’t fund me. They will fund football instead. Our football team has really no chance but it’s just because it’s a popular sport that they would get the money. The government in Mauritius also put all the odds against us. Before, when you sponsored an athlete, you would get a tax break from it but now if you sponsor athletes, you don’t get anything. So I don’t get any sponsors from my country. »
À ce propos, elle réagit en disant qu’« il est vrai qu’en général le badminton n’est pas un sport très populaire à Maurice et même si beaucoup a été fait, le football est toujours le sport le plus populaire et bénéficie automatiquement de plus de soutien, comme dans beaucoup de pays européens d’ailleurs. À l’inverse des équipes européennes qui peuvent se permettre de voyager plusieurs fois dans l’année, à Maurice nous ne le pouvons pas à cause de notre isolement. De plus, la crise financière oblige, et en tenant compte que je n’ai pas encore atteint un niveau mondial appréciable, je ne puis compter sur l’aide d’un gros sponsor même en étant la n°1 de mon pays. »
“Positive thinking”
Répondant à autre réponse, la joueuse confie que « we’ve had World Champions in athletics and kickboxing and an Olympic medallist in boxing but if you look at them now, they’ve won so much but they’re still taking the bus and they have no money. The government just says : Oh, congratulations ! Good luck ! » Et à ce qui semble être une claque, elle soutient que « ce que je voulais dire est que nous avons eu beaucoup de grands champions, mais je pense qu’il n’existe pas encore de structure adéquate pouvant accueillir ces sportifs après leur carrière. Après qu’ils aient tout donné au sport dans leur jeunesse, il est triste de constater que certains d’entre eux n’ont pas de qualification académique pour gagner décemment leur vie. Je crois que le même cas existe dans beaucoup de pays d’Asie. »
Finalement, Kate Foo Kune conclut son interview en disant qu’au-délà d’une qualification aux JO de Rio 2016, son objectif est d’accéder au moins au top 50 mondial du simple dames. « I’m willing to make any sacrifice for it, but I need some faith from people. That’s my only problem. These days, people don’t have much faith… But I really believe… that what hasn’t killed me before has made me stronger. So if you tell me I can’t go there or if you tell me there’s no money, I think okay. It’s all about positive thinking. I know what my goals are and I will do anything to get there. Even though a billion people don’t believe in me, I want to prove them wrong. »
Cette interview a suscité diverses réactions sur le site badzine.net.