Avec Gangotri, Yamunotri et Kedarnath, Badrinath figure parmi les quatre grands yatra ou pèlerinages de l’Himalaya. On accède à ces lieux sacrés depuis Haridwar ou Rishikesh, deux autres yatra plus faciles d’accès et campés plus bas 25km l’un de l’autre, là où le Gange quitte l’Himalaya et rejoint les plaines pour entamer son long périple jusqu’au golfe du Bengale.
 Char Dham avec Rameshwaram au Tamil Nadu, Dwarkanath au Gujerat et Jaganath Puri en Orissa, Badrinath est situé dans l’État de l’Uttarakhand (ex-Uttaranchal) ou terre du Nord,  une région de collines, de montagnes et de lacs. Centre de pèlerinage depuis des temps immémoriaux, il abrite de nombreux temples, ashrams et dharamsalas. Situé sur la rive gauche de l’Alakananda, son temple le plus imposant, dédié à Vishnu, témoigne d’une influence bouddhique, car la ville fut autrefois l’un des hauts lieux des adeptes du Bouddha.
Ce pèlerinage à Badrinath (3100m d’altitude) a été, pour moi, une très riche expérience humaine surtout en raison de la route d’accès, via Devprayag, Srinagar, Rudraprayag, Karnaprayag, Nandaprayag, Chamoli, Pipalkoti, Helang, Joshimath, Vishnuprayag, Govindghat et Hanuman Chati. Partis en bus ordinaire de la gare routière de Rishikesh, dès 4h30 du matin, un vendredi, nous allions arriver à destination (non vendredi soir, comme initialement prévu…) deux jours après, dimanche matin, à 6h30: exactement 50 heures pour un trajet de 300 km !
Ceci, en raison des innombrables glissements de terrains dans la région himalayenne, en saison pluvieuse, obligeant à des arrêts très prolongés de tout: véhicules, humains, animaux… pendant que les routes sont péniblement libérées de tonnes de gravats et rochers tombés d’en haut, et réparées avec les moyens du bord. 2013 a été fatale pour des milliers d’habitants de l’Uttarakhand, lors d’inondations provoquées par la fonte des neiges et d’éboulis phénoménaux qui s’en sont ensuivis… J’ai eu la chance d’y être passée avant cette tragédie.
Et cette expédition a été une unique opportunité de rencontre avec des pèlerins se rendant à l’une des principales cités saintes de l’Inde par autobus collectifs, voitures privées, jeeps, motocyclettes ou camions. Lors de trois arrêts (2 à l’aller et un au retour) de 5-6 heures chacun, nous avons vécu la patience de l’attente, fait connaissance, causé, chanté, dansé, ri, tapé dans les mains, joué de la flûte, regardé que dis-je admiré le paysage… si magnifique ! Là, le temps s’arrête, infini.
J’avais, alors, noté ceci: In these 5-6 hours stops, you learn just to BE. You experiment waiting and being. I enjoyed it all and really… stopped ! Calm, serene, happy. For sure, the fact of being surrounded by majestic mountains and magnificent rivers – Gangaji and Alaknanda – helps a lot. Pure no-mind !