Le cap des 100 premiers jours après l’écroulement de l’empire de Dawood Rawat ayant été franchi en fin de semaine, la réunion de cet après-midi du board de la Financial Services Commission (FSC), sous la présidence du secrétaire permanent Dev Manraj, devra confirmer le coup de balai des Special Administrators de la BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities, Mushtaq Oosman et Yogesh Basgeet. Lors de cette séance de travail, ces derniers devront soumettre pour validation les propositions pour la reprise des entités du groupe BAI, à l’instar de la clinique Apollo Bramwell et de Courts, de même que le plan d’action pour assurer des liquidités aux opérations de la National Insurance Company Ltd et de la National Property Fund Ltd. Pour ce qui est de la reprise d’Iframac, la décision pourrait être reportée compte tenu de l’aspect délicat de la représentation de la franchise prestigieuse de Mercedes-Benz. En marge de ces décisions, les employés de ces différentes sociétés du groupe BAI se mobilisent pour préserver leur unique acquis, à savoir leur emploi, le négociateur de la General Workers’ Federation (GWF) Ashok Subron rappelant que tout licenciement par les Special Administrators ne peut se faire qu’avec l’aval d’un Special Order de la Cour suprême.
La réunion du conseil d’administration de la FSC de cet après-midi s’annonce cruciale pour les quelque 1 500 employés de la BAI, même si le suspense pourrait être toujours de mise pour les 322 membres du personnel d’Iframac. Les Special Administrators Oosman et Basgeet devront dévoiler les détails des consultations menées au cours de ces deux dernières semaines avec les éventuels repreneurs de Courts et de la clinique Apollo-Bramwell dans le sillage de l’exercice d’expression of interest. L’avis des Senior Partners d’EY Mauritius (Ernst & Young), nommés par la FSC pour superviser toutes les étapes de ces opérations, sera également pris en compte par rapport aux propositions.
Dans les milieux autorisés, on souligne que le moment est venu pour que des solutions pratiques soient adoptées pour une sortie de crise, notamment en ce qui concerne Courts et Apollo-Bramwell. Ces mêmes sources soulignent, à juste titre, que les quelque 1 500 employés de ces trois compagnies sont dans un « employment No Man’s Land ». Elles font comprendre que ces employés demeurent dans le flou total en ce qui concerne leurs salaires du mois de juillet, car l’annonce du gouvernement portait sur une garantie salariale jusqu’à fin juin.
« Plus la désignation officielle des repreneurs prend du temps et plus la question qui se pose est de savoir qui sera responsable du paiement des salaires pour la première quinzaine du mois de juillet si les accords formels sont signés avec les repreneurs la semaine prochaine. D’où la nécessité des Special Administrators d’accélérer les procédures », fait-on comprendre. Dans le meilleur des scénarios, avec la désignation des repreneurs par la FSC sur recommandation du tandem Oosman/Basgeet, l’aval du ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, s’impose au terme des dispositions des amendements apportés fin avril dernier dans l’Insurance Act.
Comme déjà indiqué, un groupe d’hommes d’affaires menés par David Isaacs, ancien patron de Courts, est donné comme probable repreneur de cette même enseigne alors que des intérêts arabes pourraient damner le pion aux éventuels repreneurs locaux pour la clinique Apollo-Bramwell. Tout dépendra cependant des conditions de services offertes aux employés en poste.
En ce qui concerne Iframac, des représentants de la maison Daimler de la marque Mercedes-Benz, à Stuttgart, en Allemagne, ont fait le déplacement cette semaine. Des discussions sont en cours en vue de déterminer les prochaines étapes pour la représentation de cette enseigne automobile, l’hôtel du gouvernement soulignant subtilement que l’un des plus gros clients de Mercedes-Benz n’est autre que le gouvernement, à toutes fins utiles. Très peu de détails ont transpiré quant à la décision de la maison Daimler dans la conjoncture en vue de la désignation du repreneur d’Iframac.
De leur côté, les employés d’Iframac restent sur le qui-vive par rapport à la question de leur emploi. La présence des CFAO Automative Group (IMC Pailles) dans les locaux de la compagnie en début de semaine, en vue de négocier la représentation d’une des trois marques, a en effet suscité de vives inquiétudes. Face à ce développement, les représentants des employés ont sollicité, et obtenu, une séance de travail avec le ministre Bhadain mercredi soir pour éclaircir la situation.
Lors des échanges, le ministre de la Bonne gouvernance a réitéré son engagement quant à la sauvegarde des emplois du groupe. « Nous sommes soulagés et nous constatons que nous avons bien fait de mettre les bouchées doubles en vue de rencontrer le ministre Badhain. Nous sommes d’autant plus soulagés de constater que nous pouvons encore faire confiance à ce gouvernement », a déclaré Rebecca Bablee au Mauricien.
Les 322 employés, qui ont également rencontré leur délégué syndical Ashok Subron dans les locaux d’Iframac à Plaine-Lauzun, sont tombés d’accord pour qu’un ultimatum de 24 heures soit accordé au ministre Badhain en vue de leur donner des garanties quant à la sauvegarde de leur emploi, voire d’une indemnisation en cas de licenciements, lors du rachat de l’entreprise. De son  côté, Ashok Subron a fait comprendre qu’aucun employé ne peut être licencié par les Special Administrators à moins d’avoir recours à un Special Order de la Cour suprême.
Un autre volet de la réunion du Board de la FSC de cet après-midi porte sur le plan d’action établi par les Special Administrators pour recouvrer des milliards du groupe BAI, dilapidés par le système Rawat et consorts. Avec la ligne de crédits de l’ordre de Rs 4 milliards de la Banque de Maurice pour assurer le paiement de la seconde tranche de Rs 3,5 milliards à 7 132 détenteurs de police d’assurance du Super Cash Back Gold, le servicing des 4% d’intérêts imposés devra être effectué.
D’autre part, des fonds de Rs 430 millions devront être disponibles à la fin de ce mois pour le remboursement des victimes de l’arnaque de Dawood Rawat sous la Bramer Asset Management Ltd. Des ressources financières seront nécessaires pour le remboursement des polices d’assurance arrivant à échéance, de premiers clients commençant à protester contre le retard accumulé jusqu’ici. Le plan de liquidités élaboré par les Special Administrators devra être avalisé par la FSC pour éviter tout contretemps. C’est ce qui explique la mise en vente d’une série de propriétés immobilières de la BAI, dont la Bramer House, en vue de récupérer quelque Rs 800 millions d’ici fin août, la mise en vente à la barre des 16 appartements de luxe à Diplomat Garden de Floréal d’Adeela Rawat Feistritzer et de Laina Rawat pour un montant de Rs 411 millions, sans compter les réclamations de Rs 424 millions à l’entente Yukondale Ltd/Media Matrix, avec une somme variant entre Rs 66,3 millions et Rs 81 millions, si les intérêts sont inclus, pour le seul compte du patron du groupe de presse écrite et parlée Le Défi avec un “Half-Baked Deal” à la Rawat.
La situation est quelque peu différente pour le Chairman Emeritus de la BAI Dawood Rawat. À lui seul, il devrait en effet faire face à des réclamations personnelles de Rs 700 millions, sans compter les dépenses financées à partir des Black AMEX Cards, selon les dernières indications disponibles. Dans la conjoncture, des spécialistes en Debt Collections soutiennent qu’il serait imprudent de compter sur le recouvrement des réclamations à Dawood Rawat à court terme vu qu’il a trouvé refuge en France avec, comme double excuse, sa récente décoration de la Légion d’honneur à la veille des manifestations marquant le tricentenaire de la colonisation française à Maurice, et son passeport français…