L’ultime étape du démantèlement de l’empire Dawood Rawat, évalué à Rs 35 milliards, pourrait donner lieu à un feu d’artifice portant sur les Professional and Legal Fees et les réclamations auprès des protégés de Dawood Rawat, Chairman Emeritus de BAI. Les premières estimations indiquent que la Special Administration et le Conservatorship de, respectivement, BAI Co  (Mtius) Ltd et l’ex-Bramer Banking Corporation Ltd pourraient solder en des factures globales supérieures à la barre de Rs 100 millions déposées à la Financial Services Commission et à la Banque de Maurice. La FSC a levé un bout de voile, vendredi, en révélant publiquement qu’il y a contestation des réclamations de Rs 60,42 millions venant des Special Adiministrators de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities de PricewaterhouseCoopers (PwC). Entre-temps, le poids des Non-Performing Loans de Dawood Rawat dans le secteur bancaire se confirme. Dans ce contexte, il n’est pas à écarter que le montant des créances douteuses attribuées s’élèverait à plus de Rs 1 milliard. Avec la conclusion de l’étape du Transfer of Undertaking sous l’Insolvency Act, des réclamations seront servies de manière systématique et formelle à toutes les sociétés et individus ayant bénéficié des centaines de millions détournés du Super Cash Back Gold  ou autres fonds du groupe BAI.
L’escalade de la détérioration des relations entre la FSC et les Special Administrators, ayant déjà fait une première victime en la personne de Mushtaq Oosman liquidé en tant que tel, a pris une nouvelle tournure en fin de semaine. Non seulement la FSC a pris la décision de rejeter des réclamations de Rs 60,42 M venant de Mushtaq Oosman et de Yogesh Basgeet de PwC, cette institution a révélé publiquement le litige et le montant en question. Du côté de PwC, on préfère éviter de commenter officiellement le fond du problème tout en regrettant la maladresse, pour ne pas dire l’absence d’élégance de la FSC à ce chapitre.
La FSC a soutenu que pour le mandat des Special Administrators de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities, nommés le 1er mai dernier jusqu’au 31 juillet, elle n’est disposée à payer qu’un maximum de Rs 28 M, y compris les Fees aux Legal Advisers. Compte tenu qu’à la fin de juillet, PwC avait déjà bénéficié des avances de Rs 20 M, la différence à être versée n’est que de Rs 8 M. Des consultations sur les possibilités de recours sont actuellement à l’étude en vue de trancher ce litige avec la FSC.
Des recoupements d’informations effectués par Week-End de sources concordantes indiquent que la FSC et la Banque de Maurice se retrouveront avec des réclamations de plus de Rs 100 M au titre des Professional Fees. Outre les services de Muhstaq Oosman et Yogesh Basgeet pour la Special Adminstration du groupe BAI, la Banque de Maurice et la FSC se sont partagés la Consultancy des Forensic Auditors de nTan Corporate Advisory Pte de Singapour pour un exercice d’Audit Trail en vue de retracer les Rs 20 milliards parties en fumée, dont Rs 6 MD au profit du seul Dawood Rawat, décoré de la Légion d’Honneur de la République Française.
Se basant sur le précédent exercice de Forensic Auditing dans le détournement de fonds à la Mauritus Commercial Bank en 2003, les spécialistes soulignent que la Banque Centrale et la FSC devront s’attendre à casquer des notes de frais professionnels pour un montant de plus de Rs 60 M de ce bureau d’études de Singapour. À cela, il faudra ajouter des Professionnal Fees, déjà payés par la Banque Centrale, à Mushtaq Oosman et André Bonieux, Country Manager de PwC, pour le Conservatorship de l’ex-Bramer Bank et le transfert des avoirs à la National Commercial Bank Ltd en avril dernier. Aucun détail n’a transpiré sur le montant du chèque émis à cet effet.
Entre-temps, des réclamations de Rs 25 M déposées par Sattar Hajee Abdoula, Senior Partner de Grant Thornton, nommé administrateur sous l’Insolvency Act par le Board de BAI au début d’avril, ont déjà été soumises à la FSC depuis la première quinzaine de mai dernier. Les provisions de la loi font que cet acquittement n’interviendra qu’ultérieurement. Pour compléter ce tableau, il faudra ajouter les honoraires pour les Senior Partners d’E & Y (Mauritius Ernst & Young), nommés par la FSC pour la supervision de l’exercice.
D’autre part, des banques commerciales ont déjà fait provision pour les créances douteuses générées par les transactions bancaires opérées au nom de Dawood Rawat. Le montant de ces Non-Performing Loans crèverait la barre du milliard, selon des premières estimations jugées conservatrices. Présentant son bilan pour les six mois se terminant au 30 juin dernier, la SBM Holdings Ltd confirme que la chute de ses profits après impôts de Rs 607 M contre Rs 1,4 milliard pour la période correspondante l’année dernière.
Sans citer nommément la BAI Co (Mtius) Ltd, SBM Holding Ltd révèle que ce résultat est la conséquence « d’une hausse substantielle des Impairment charges, qui ont atteint Rs 1,1 milliard contre Rs 214,47 millions pour le même période en 2014. Ceci est dû à des créances douteuses imprévues, liées à un important conglomérat, lors du second trimestre se terminant en juin 2015. » Deux autres banques commerciales devaient encourir des frais supplémentaires dans leurs bilans respectifs pour couvrir les emprunts à perte consenti au Chairman Emeritus. Les détails de ces deux cas ne sont pas encore connus officiellement.
Avec la fin de l’exercice de Transfer of Undertaking sous l’Insolvency Act, la National Insurance Company Ltd et la National Property Fund Ltd se lanceront dans une offensive tous azimuts de réclamations des fonds détournés et blanchis, que ce soit auprès des sociétés, des individus ou encore des banques à Maurice et à l’étranger. La liste allant de Dawood Rawat avec un minimum de Rs 443 M à Media Matrix Ltd avec Rs 424 M ou encore les Rs 36,3 M de Husseinjee Patel, a déjà été dressée par les soins des Special Administrators lors de l’étape de Carving Out of Assets.
Une fois le transfert complété par Yogesh Basgeet au plus tard le mois prochain, la National Insurance Company Ltd et la National Property Fund Ltd prévoient le démarrage d’une vaste opération de Debt Collection pour pouvoir honorer des repaiements de Rs 3,1 milliards annuellement de juin 2016 à juin 2020.
Ceux, qui au sein de la compagnie Iframac avaient encore espoir de voir les prestigieuses franchises de Mercedes-Benz, de Peugeot et de Mitsubishi survivre au naufrage de Dawood Rawat, doivent aujourd’hui se rechigner. Désormais, la française Peugeot s’affiche chez Axess Ltd, l’allemande Mercedes-Benz se prépare à faire son entrée chez CFAO (IMC) et la japonaise Mitsubishi intégrer le groupe Leal.
Le combat des employés d’Iframac se résume à faire du pari de cet Employee Buy Out un succès contre vents et marées. Dans les jours qui suivent, le Business Plan de la New Iframac Motors Ltd devra être présenté au gouvernement pour justifier un encadrement financier pour la mise en ornite de la compagnie autogérée.
Du côté de Courts, la lumière ne sera pas au bout du tunnel pour 185 employés sous la menace d’un licenciement. La liste de ces victimes expiatoires de BAI sera connue demain lors d’une réunion tripartite au ministère du Travail et des Relations industrielles. Devant cette voie sans issue, le syndicaliste Reeaz Chuttoo, qui a accompagné les employés de Courts depuis avril, promet de se battre pour une compensation Over and Above des provisions légales. Une centaine d’entre eux pourraient avoir la chance d’être repêchés par CIM, un des Majors dans le secteur de vente à tempérament.
Que ce soit pour les employés ou encore les détenteurs des polices d’assurance, la parenthèse de BAI Co (Mtius) Ltd se referme alors que pour ceux qui ont bénéficié de « largesses de Dawood Rawat avec l’argent des autres, pour ne pas dire l’agent sale », ce sera une autre paire de manches…