Après 13 jours, les grévistes de la faim du Super Cash Back Gold, de l’ancien groupe BAI, ont mis un terme à leur action au Jardin de la Compagnie. Cette décision a été prise suite à une nouvelle rencontre entre les représentants des grévistes de la faim et le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth. Ce dernier leur a signifié son intention de solliciter une assistance financière de l’Inde en vue de rembourser intégralement les Policy Holders du Super Cash Back Gold, de l’ex-BAI. En attendant le départ de Pravind Jugnauth pour New Delhi d’ici la fin de la semaine, aucun détail n’a transpiré au sujet du “Scheme of the last resort” élaboré par le gouvernement, sauf que Pravind Jugnauth a pris l’engagement de les consulter à son retour de la grande péninsule et qu’il lui « faudra un mois pour tout mettre au point » en cas d’un dénouement positif de ses consultations au plus haut niveau en Inde. En parallèle, les spécialistes de Kroll Associates, approchés par les autorités pour un “Foreign Asset Tracing” des avoirs du clan Dawood Ajum Rawat, devront soumettre dans les jours à venir un “programme of work” pour le recouvrement des milliards détournés du groupe BAI et placés dans l’immobilier et les comptes offshore à l’étranger.
À l’hôtel du gouvernement, on évite de chiffrer la demande de financement de Maurice auprès de l’Inde pour assurer le remboursement des victimes du Super Cash Back Gold Scheme ou encore du Bramer Asset Management de la BAI. Officieusement, le montant, qui s’avérera nécessaire pour compléter “at one go” le remboursement varie dans la fourchette de Rs 9 milliards à Rs 12 milliards. Mais le constat du jour est que le National Property Fund Ltd ne dispose de fonds pour assurer le remboursement de la tranche de 20%, qui arrivera à échéance le 30 juin prochain au terme de l’accord intervenu en mai/juin 2015 après l’écroulement de l’empire BAI.
Que ce soit lors de la réunion de lundi dernier ou de celle de samedi, suite à une correspondance comprenant des propositions des grévistes de la faim, Pravind Jugnauth l’a répété : « Actuellement , le gouvernement n’a ni les moyens ni de solutions concrètes pour présenter une proposition car il n’y a pas de fonds nécessaires. Il est vrai qu’il existe des  biens immobiliers. Mais leur prix de revente ne couvrira pas les dettes à payer pour le SCBG et BAM. » L’option de solliciter ce financement de l’Inde se présente sous la forme d’un dernier recours pour éviter une rupture du remboursement des 20% restants chaque 30 juin sur les trois ans à venir.
La formule envisagée par le gouvernement avec la mission en Inde est de rembourser intégralement les Policy Holders du Super Cash Back Gold, du Bramer Asset Management Ltd et ceux qui avaient été écartés de la liste officielle en mai/juin 2015, dont la société coopérative de Belle-Vue. Avec l’éventuel financement de l’Inde, Maurice aura à effectuer subséquemment le remboursement de ce qui pourrait être une ligne de crédits. Cette opération devra être assurée par la réalisation des avoirs de l’ex-groupe BAI, que ce soit à Maurice et à l’étranger.
Sur le plan local, le Special Administrator de la BAI (Co) Mtius Ltd and related entities, Yacoob Ramtoola, a eu pour directives « d’accélérer la mise en liquidation des filiales du groupe BAI », dont la Bramer Banking Corporation Ltd (in receivership) avec un potentiel de recouvrement de Rs 415 millions. La National Property Fund Ltd, qui a pris le contrôle du patrimoine immobilier de ce groupe – soit en termes d’appartements de luxe dans le complexe de Diplomat Gardens, à Floréal, ou de terrains à vocation industrielle ou autres à travers l’île – multiplie les contacts en vue de réaliser ces avoirs immobiliers. Mais les résultats se font encore attendre à ce sujet.
D’autre part, un relevé cadastral au ministère des Terres indique que le groupe Rawat « a bénéficié d’une série de State Land à bail dans le temps », comme suit :
– 30 arpents aux Salines Koenig, Rivière-Noire, au nom de Marvyvale Ltd, une filiale du groupe BAI pour un projet d’hôtel 5-étoiles avec le bail approuvé le 12 mai 2009;
– 30 arpents à Bel-Ombre dans la région de Beau-Champ au nom de la compagnie Tucson Ltd, une entité subsidiaire du groupe BAI avec le bail signé le 2 mai 2008;
– 40 arpents et 32 perches dans la région des pas géométriques de Lareaux-Lubines, Flacq, pour le compte de Maryvale Ltd, pour un projet d’hôtel avec la signature du bail apposée le 17 septembre 2008;
– 90 perches 28 du Campement Site à La Preneuse avec un bail annuel fixé à Rs 225 625 pour une période de 60 ans à partir du 16 décembre 2012.
Avec la vente de la clinique Apollo-Bramwell au groupe CIEL, l’allocation de 12 arpents 867 perches de State Land au Réduit Triangle avec un bail de Rs 100 par an ne peut plus être inclus dans le patrimoine foncier des Rawat. À noter qu’avec la conversion de cette clinique en Wellkin Hospital, la nouvelle direction a entamé un exercice de restructuration. Ainsi, un exercice d’appel d’offres a été lancé en vue de se débarrasser d’une série de véhicules n’ayant quasiment aucune pertinence directe avec les opérations de santé. Des éventuels acquéreurs sont actuellement recherchés pour la vente de trois Harley Davidson Road King, immatriculées 4670 X 4671 X et 4672 X, une Jeep Grand Cheerokee, une Mitsubsihi L 300 et une Peugeot 407. La date limite pour la soumission des offres a été fixée à vendredi prochain.
Toutefois, l’exercice, qui pourrait être déterminant en termes de recouvrement des fonds du groupe BAI, a été confié à la société internationale d’investigations financières Kroll Associates. Des consultations en vue de ce Foreign Asset Tracing Exercise du groupe BAI ont atteint un stade avancé avec le plan de travail de Kroll Associates devant être soumis aux autorités pour approbation. L’objectif initial sera de retracer le montant des primes payées par les clients du SCBG et de l’assurance BAI, évaluées à Rs 17,3 milliards dans le rapport de nTan Corporate Advsiory Services Ltd et d’identifier les propriétés immobilières, dont l’acquisition a été financée à partir de ces fonds. Parmi eux se trouve le controversable château médiéval de Collalto Sabino, en Italie.
Un inventaire préliminaire aurait identifié les propriétés immobilières suivantes :
– un complexe situé au No 30 Finsbury Square, à Londres, en Grande-Bretagne, avec une évaluation de l’ordre de Rs 7 milliards, soit 132,7 millions de livres sterling remontant à 2007;
– une propriété à Roden Street, à Londres, dont la valeur est de Rs 28,9 millions;
– une propriété immobilière à Woodchester Cort, Raleigh, Caroline du Nord, États-Unis, de Rs 14 millions (USD 402 500);
– une propriété au No 71 Harley House, Londres, évaluée à Rs 61 millions;
– un appartement à Washington au nom de Kerima Rawat Dooley, estimé à Rs 16,9 millions;
– un appartement au No 28 Henry Daniels, Prospect Hill, Caroline du Nord, à Rs 27,9 millions;
– un appartement au No 111, à Washington DC, au nom de REDC Consulting Services Ltd,  au coût de Rs 65,8 millions;
– une propriété à McGee Street, Greensboro, Caroline du Nord.
Ce même inventaire relève une dizaine d’autres propriétés immobilières à Londres dans les régions de Picadilly Circus et de Brunswick Place au nom des filiales de la BAI, dont British-American Investments (UK) Ltd, BA Media Group Ltd, Columbus Corporate Travel Ltd, BALM Co Ltd, British American Travel Group, Travel Harbour Ltd et Pavilion Travel Ltd. En ce début de semaine, il n’y a aucune indication officielle quant au début de cet Asset Tracing Exercise, qui pourrait servir de garantie pour le remboursement en partie de tout financement sollicité de l’Inde dans la conjoncture…