Avec le blanc-seing de la Banque des Mascareignes, soit les découverts bancaires fictifs de Rs 3,6 milliards du 31 décembre 2009, le groupe BAI pompe Rs 17,6 milliards des poches de 18 871 clients du SCBG et de Bramer Assets Management de 2010 à mars 2015
Rebondissements dans l’enquête du Central CID avec l’ex-CEO de BAI, Saleem Eshan Beebeejaun, et le Chief Financial Officer, Swadeck Taher, parmi les Prime Suspects Wanted par le Central CID
Les quatre ex-membres du Top Management de la Banque des Mascareignes, inculpés « false entry » dans le compte de British American Investment (BAI), en liberté sous caution
À la 28e semaine depuis l’écroulement de l’empire Dawood Rawat dû à un Ponzi Scheme avec un préjudice de Rs 23 milliards, le simple transit à Maurice, lundi dernier, de l’ancienne directrice générale de la Banque des Mascareignes, Nelly Marie Isnelle Jirari, âgée de 51 ans, est venu mettre le feu à la poudrière BAI. Ainsi, depuis le début de la semaine, l’énigme des découverts bancaires fictifs de Rs 3,6 milliards accordés par la Banque des Mascareignes au groupe BAI un 31 décembre 2009 — détail crucial révélé par le groupe Le Mauricien en date du 17 avril dernier, soit il y a 26 semaines —, a repris toute son importance stratégique dans le BAI Mega-Financial Scam, le principal protagoniste, le Chairman Emeritus de BAI, Dawood Rawat, se réfugiant toujours derrière son passeport français à Paris pour éviter tout interrogatoire formel. Les premières explications de l’ancienne directrice de la filiale mauricienne du deuxième groupement bancaire en France, la Banque Populaire Caisses d’Épargne (BPCE), ont débouché sur deux éléments, soit un nouvel indice quant à l’état de la connexion Rawat-Paris après la Légion d’honneur et l’arrestation de trois anciens membres du Top Management de la Banque des Mascareignes pour leur responsabilité dans cette double opération de window dressing et reverser window dressing des comptes en faillite du groupe BAI. Le volet de ces Rs 3,6 milliards a également ouvert les portes du QG du Central CID pour l’ancien Chief Executive Officer et Chairman de BAI, Saleem Eshan Beebeejaun, et le Chief Financial Officer, Swadeck Taher. Les noms de ces Top Guns de BAI figurent en priorité sur la liste de wanted parties for questioning under warning confirmée par le Central CID.
En dépit de l’importance cruciale du jeu d’écriture dans le compte bancaire de British American Investment, crédité de manière artificielle de Rs 3,6 milliards un 31 décembre 2009 alors qu’il n’y avait qu’un solde de Rs 1 000, la possibilité de faire la lumière sur cette sinistre affaire était des plus faibles jusqu’à lundi dernier. Dans une déposition consignée précédemment en bonne et due forme au Central CID, la nouvelle direction générale de la Banque des Mascareignes avait soutenu formellement qu’il n’y a jamais eu d’autorisation pour une transaction de cette envergure avec le groupe BAI. Elle avait ajouté que ce deal n’avait été conclu que par les seuls soins de l’ancienne directrice générale Nelly Jiarari, une ressortissante française habitant La Réunion. À cela est venu se greffer le silence étouffant de la Banque de Maurice, se prévalant des dispositions de la Banking Act quant à la nature confidentielle des échanges dans ce secteur.
Avec l’expérience de Dawood Rawat et son immunité contre toute extradition depuis un territoire français, le Central CID n’avait qu’un recours, loger un notice on arrival, soit l’équivalent d’une arrest on arrival auprès du Passport and Immigration Office contre Nelly Jirari. En débarquant lundi dernier au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport en transit pour la Malaisie dans le cadre d’un voyage d’affaires, l’ancienne directrice générale de la Banque des Mascareignes ne se doutait nullement qu’elle serait rattrapée par une affaire qui remontait à décembre 2009. La surprise sera totale et dérange également le confort de la Banque des Mascareignes.
Confrontée à l’escouade du Central CID dans l’enceinte de l’hôtel Holiday Inn de Plaine-Magnien alors qu’elle attendait de s’embarquer sur son prochain vol, Nelly Jirari devait faire état de sa surprise de son arrestation. « Moi, j’avais travaillé en tant que directrice générale de la Banque des Mascareignes jusqu’en 2012. Mais à ma connaissance, je n’ai pas commis de fraude à la banque », devait-elle répondre en substance au moment de son arrestation, qui se transformera en un tournant dans cette enquête sur l’une des plus importantes fraudes financières à Maurice.
La Réunionnaise Jirari devra surprendre plus d’un au QG du Central CID quand, une fois dans l’Interrogation Room, elle devait se mettre à répondre volontairement aux questions des limiers. Et cela, sans la présence d’un conseil légal. Me Sanjay Bhuckory, Senior Counsel, ne devait arriver aux Casernes centrales que très tard dans la nuit de lundi à mardi. Des sources avancent qu’il devait être vers minuit mais sans aucune confirmation officielle du principal concerné. Toutefois, c’était au moment où l’ancienne directrice de la Banque des Mascareignes soutenait avec force que les directives pour ces découverts bancaires fictifs de Rs 3,6 milliards en faveur du groupe BAI émanaient du QG de la maison mère, la BPCE, à Paris. Elle se disait prête à verser des preuves au sujet de ces directives.
Jeu d’écriture
Nelly Jirari affirmera qu’elle n’avait rien à faire avec l’exécution de cette décision à l’insu de la Banque de Maurice, même si elle en avait entendu parler. Elle s’appuiera sur un alibi à l’effet que le 31 décembre 2009, le jour où les découverts bancaires étaient effectifs, elle avait quitté Maurice pour des vacances de fin d’année avec sa famille à La Réunion. L’acte d’accusation logée pour des délits provisoires sous la Criminal Code (Supplementary) Act et la Banking Act de « false entry in a statement of account » révèle que ce transfert fictif de Rs 3,6 milliards au compte 01961611000 opéré à la Banque des Mascareignes au nom de British American Investment Co. Ltd a été réparti comme suit :
Rs 1,4 milliard à la société ILSAT Ltd,
Rs 1 milliard à la BAS Holding Co Ltd et
Rs 1,2 milliard à ACRE Services Ltd.
Subséquemment, en fin de journée du 31 décembre 2009, le montant de ces Rs 3,6 milliards fut retourné dans le compte de British American Investment dans le cadre de cette opération pour maquiller la banqueroute du groupe BAI à cette date. La confirmation de ce jeu d’écriture a déjà été obtenue par le biais d’une déposition de la Banque des Mascareignes à l’effet qu’à aucun moment des fonds aussi importants ont fait l’objet de virements ce 31 décembre. Les Old Boys Connections sur le plan international auraient bien marché.
En guise de défense, l’ancienne directrice générale de la Banque des Mascareignes devait renvoyer la balle dans le camp du Corporate Departement. Trois responsables, Mohammad Bin Akheek Mehdi Ackbarally, ancien Corporate Manager, Lobine Unmole, ancien Corporate Director, et Jean-Jacqyes Fung Wah Heen Fah, Relations Manager et responsable du Corporate Portfolio, ont été appréhendés et placés en détention provisoire par le Central CID.
À hier, les quatre prévenus avaient retrouvé la liberté provisoire. Une dénommée Georgette Soondrul, habitant Pointe-aux-Canonniers, s’est présenté aux autorités pour assumer la responsabilité de Nelly Jirama, qui n’a pas de résidence à Maurice. D’autre part, les authorised signatories de British American Investment and Related Companies, qui sont accusés d’avoir ourdi un complot dans cette transaction illicite et artificielle, sont dans le collimateur des enquêteurs de la police. Toutefois, la difficulté se résume que certains des high profile suspects se trouvent actuellement à l’étranger.
Dans la chronologie des événements autour du BAI Ponzi Scheme de Rs 23 milliards, la date du 31 décembre 2009, date de la fermeture des comptes du groupe, dont la destinée était entre les mains de Dawood Rawat, revêt une importance capitale. Pourquoi ? À cette question, des experts du monde des affaires « with no strings attached » soulignent que sans ces découverts bancaires fictifs de Rs 3,6 milliards, représentant le montant des single premiums de BAI pour cette même année avec l’Audit Presentation de KPMG du 29 mars 2011 faisant foi, la lecture du bilan financier de ce conglomérat aurait été différente.
Gymnastique comptable
« Sans ce tour de passe-passe, dont seuls certains banquiers ont le secret, peut-être que la State Bank of Mauritius n’aurait pas eu à faire des provisions pour éponger des Non Performing Loans de Dawood Rawat d’un peu moins de Rs 1 milliard ? Probablement, la Barclays aurait été prudente quand elle avait été approchée pour injecter des prêts de Rs 190 millions dans le complexe commercial de luxe Phoenix Les Halles ou encore des fonds pour la construction de la clinique Apollo-Bramwell. Ces découverts bancaires fictifs de Rs 3,6 milliards ont transformé un bilan financier confirmé d’insolvency en lui donnant un reflet financier des plus dorés », ajoutent ces mêmes spécialistes, qui s’interrogent sur le recours dont pourraient disposer ceux qui ont été pénalisés avec le « cinéma bancaire » du 31 décembre 2009.
Néanmoins, indépendamment de la gymnastique comptable savante, le plus grave se confirme sous la forme du BAI Ponzi Schme de Rs 23 milliards, qui a fait 24 690 victimes sous le Super Cash Back Gold à qui le groupe BAI avait fait miroiter des retours de 10 à 14% par an sur leurs placements ou encore les 6 362 investisseurs individuels de Bramer Assets Management Ltd. Le plus gros montant contribué au Super Cash Back Gold, soit Rs 7 milliards, était sous la forme des économies des retraités, des bénéficiaires du VRS de l’industrie sucrière et des femmes de ménage.
Sans la bouée de sauvetage gonflée artificiellement par la Banque des Mascareignes au 31 décembre 2009, le carrousel BAI de Dawood Rawat aurait cessé de tourner faute de solvabilité éprouvée. Mais l’axe Rawat-Paris a fait parler la raison, même si au sein du board du groupe BAI l’on pouvait difficilement occulter les difficultés financières de plus en plus cruelles, comme le témoigne la Board Resolution du 10 mars 2010 « sponsored » par Dawood Ajum Rawat, Saleem Eshan Beebeejaun et Seemadree Rajanah.
Cette résolution porte sur l’émission de deux bonds pour lever des fonds de Rs 500 millions au nom de BAS Holding Co. Ltd., remboursable après cinq ans avec des intérêts annuels de 11%. L’objectif déclaré de ces corporate bonds est que « the proceeds will be used to finance the existing losses and working capital requirements of the subsidiairies of the company ». Au 31 décembre 2009, les pertes de BAI étaient de Rs 1,9 milliard mais travesties en closing surplus de Rs 4,9 milliards avec la formule magique en comptabilité du fair value adjustment.
« La main dans l’engrenage »
Avec ces premières Rs 500 millions de bonds du 10 mars 2010, la BAI, ayant survécu au choc de la banqueroute grâce aux béquilles de la Banque des Mascareignes, engloutira Rs 4,1 milliards de souscription de 6 362 clients de Bramer Assets Managements Ltd jusqu’à la fin de mars dernier. Cela sans compter les Rs 17,6 milliards qui ont été pompées des poches de 12 519 clients du SCBG de 2010 à mars 2015
Des fonds détournés de Bramer Assets Management Ltd ont été utilisés pour financer les pertes ou Working Capital à fonds perdus
 de Bramser Services Group à hauteur Rs 554 millions ;
de Seaton Investment : Rs 685 millions ;
de Bramer Bank : Rs 436 millions ;
d’Iframac : Rs 421 millions ;
d’Apollo-Bramwell : Rs 310 millions et ;
de GlobalCapital Plc : Rs 176 millions.
Le blanc-seing de la Banque des Mascareignes du 31 décembre 2009 est encore plus évident avec le Super Cash Back Gold, qui accumulait déjà en 2008 et 2009 des déficits de Rs 1,2 milliard. La solution de la célèbre équation de « la main dans l’engrenage » d’un dénommé Robert Lesage, ancien Chief Manager de la Mauritius Commercial Bank, est de s’engouffrer davantage dans le trou. Ainsi, de 2009 à 2014, le Super Cash Back Gold connaîtra une croissance agressive, soit le double en nombre de polices d’assurance comme le démontre le tableau plus loin :
 
Ce premier signal de désastre financier du 31 décembre 2009, avec le groupe BAI ayant recours au subterfuge de découverts bancaires fictifs de Rs 3,6 milliards de la Banque des Mascareignes, sera suivi par d’autres avertissements les uns plus sévères que les autres, dont le trou de Rs 11 milliards au 31 décembre 2012 dans les comptes de KLAD Investments, les auditeurs soutenant que « these conditions, along with other matters, indicate the existence of a material uncertainty which may cast significant doubts on the subsidiaries ability to continue as a going concern ».
 En dépit des aveux d’insolvency du groupe BAI en août 2013, dans une communication officielle à la Financial Services Commission à l’effet que « the change in the said Rule will abruptly and materially affect the solvency position of the Company from a current surplus in assets of Rs 4.3 billion to a deficiency of Rs 14.3 billion », les Top Managers de BAI n’ont pas cru nécessaire de réajuster le tir.
 Dès 20l1, l’urgence d’accélérer la collecte de fonds additionnels auprès des nouveaux clients du Super Cash Back Gold pour couvrir les payouts se faisait déjà sentir, comme le souligne KPMG qui s’interroge : « How cash to be generated to payout Rs 4 180 395 000 in year 2011 ? Whereas liquid assets amount to Rs 967 027 000. »
 À ce stade, la face cachée de l’équation de BAI commence à se révéler avec les éléments de l’enquête du Central CID et du Financial Reporting Council sur respectivement les découverts bancaires du 31 décembre 2009 de la Banque des Mascareignes et des Clean Audit Reports de KPMG de 2010 à 2014, cela avec la complicité flagrante d’une Financial Services Commission sous éteignoir politique au cours de cette période, alors que le silence adopté ces jours-ci par la Banque de Maurice ne va nullement dans le sens de la gouvernance tout court.
 Toutefois, les findings du Forensic Audit de nTan Corporate Advsisory Pte Ltd de Singapour pourraient incessamment très bien court-circuiter des verrous encore têtus pour ne pas dire occultes…