Le réveil post-écroulement de l’empire-Rawat (Rs 37 milliards) s’annonce encore plus amer pour ceux qui avaient fait confiance à l’assurance affichée par le groupe BAI. À l’expiration de la période initiale de 72 heures, avec des garanties du gouvernement pour les quelque 30 000 clients de Bramer Banking Corporation Limited et les porteurs des 135 283 polices d’assurance de BAI et également le sauvetage de la majorité des quelque 4 000 emplois, un monstre avec un trou de Rs 22 milliards pourra être difficilement digéré. Avec le One-Time Endowment Policy touchant 24 175 personnes, deux facteurs émergent : le doute quant à la possibilité de recouvrer la somme de Rs 22 milliards, représentant les placements des souscripteurs à ce Ponzi, version Dawood Rawat et des soupçons à l’effet que la majeure partie de ces fonds pourraient relever d’une opération de blanchiment de fonds, vu que dans certains cas, des sommes entre Rs 10 M et Rs 15 millions avaient été souscrites par individu. Dans l’immédiat, les deux Curators, André Bonieux et Mushtaq Oosman de PwC, nommés par la Financial Services Commission, s’attelleront à la tâche urgente de dresser un constat des dégâts et préjudices. Dans un deuxième temps, devront intervenir la vente des avoirs du groupe comme Apollo Bramwell, Iframac, le concessionnaire de la marque Mercedes ou Courts sans oublier la réalisation des placements et investissements dans les quelque 150 sociétés inventoriées.
À partir de ce matin, une nouvelle page est tournée dans le secteur des services financiers avec le naufrage du groupe BAI, dont l’enseigne n’est que de nom. En ce début de semaine, la Banque de Maurice, qui a révoqué, vendredi, la Banking Licence de la Bramer Banking Corporation Limited, devra décider ce qu’il adviendra de l’offre conditionnelle soumise par la SBM Holdings Ltd et de SBM (Mauritius) Ltd pour une reprise du fonds de commerce de la banque de Dawood Rawat. À ce jour, les seuls maîtres à bord de la banque naufragée de Bramer ne sont autres que les deux Receivers, André Bonieux et Mushtaq Oosman.
Aux dernières nouvelles, la décision a été oprise de mettre sur pied une nouvelle entité d’Etat pour assurer la relève Post-Bramer. Cette noiivelle banque bénéficuera du soutien financier du gouvernement. Par contre, la State Bank of Mauritius, qui avait soumis initialement une Conditional Offer, fournira du Service Management à cette banque. Ce développement confirme que les arrangements du week-end ne relevaient que Transit Management.
Intervenant lors d’un point de presse, hier après-midi, le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a trouvé que « la reprise des activités de Bramer par la SBM n’est qu’une mesure temporaire (Transit Management). Nous cherchons la meilleure formule parce que la SBM est un holding coté en Bourse. La formule idéale est presque finalisée ». Néanmoins, il a soutenu que les branches de cette banque devront être opérationnelles au plus tôt demain alors que les Receivers avaient indiqué dans la matinée que cette étape pourrait être franchie à la mi-semaine.
Clients traumatisés
Depuis samedi après-midi, les détenteurs de cartes de débit de Bramer peuvent effectuer des retraits dans des ATM de cette banque pour un maximum de Rs 10 000 par jour. Cette décision, qui constitue un soulagement pour les quelque 30 000 clients de la banque, fait déjà des mécontents. Jusqu’à jeudi dernier, les clients de cette banque avaient le privilège des retraits jusqu’à Rs 20 000 par jour. D’autre part, ce n’est qu’aujourd’hui que les Receivers en consultation avec la direction générale de la State Bank of Mauritius décideront de la remise en opération de la gamme de services offerts par Bramer et par conséquent, la réouverture des branches. Ils devront également décider de la Reporting Line des employés de banque réembauchés vu que le Top Management et les Executives de la Bramer ont été mis sur la touche.
Depuis samedi, l’une des principales craintes exprimées porte sur un risque de Run Down de la Bramer avec les clients traumatisés décidant de fermer leurs comptes sur le champ. Conscient de cette possibilité, Vishnu Lutchmeenaraidoo a tenté de calmer le jeu en soutenant que « tous les dépôts sont garantis par les institutions de l’Etat. L’appel du Grand Argentier sera-t-il entendu ? La réponse viendra avec le mouvement des clients à la réouverture des filiales de Bramer vu que jusqu’ici, ils ne peuvent que se contenter d’un retrait quotidien de Rs 10 000.
Du côté du secteur des assurances, avec 159 458 détenteurs de police concernés, la prochaine étape devra être bouclée avec l’adoption du Finance Bill par l’Assemblée nationale dans le cadre des débats budgétaires. La mesure-phare ne sera nulle autre que l’incorporation de la nouvelle entité par le gouvernement pour absorber les 135 285 polices d’assurance émises par la BAI et qui sont payées mensuellement par les clients. Très peu de détails, dont le coût et le Timing de l’entrée en opération de cette nouvelle compagnie d’assurances, ont transpiré. « À ce stade, nous ne divulguerons aucun chiffre », a répondu le ministre Roshi Bhadain.
Durant le week-end, le ministre des Finances, qui avait à ses côtés le ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, et l’Attorney General, Ravi Yerrigadoo, a donné la garantie à ces détenteurs de polices d’assurance qu’ils n’ont rien à craindre. « Le gouvernement a offert de reprendre en charge, dans une nouvelle société à être incorporée, toutes les polices d’assurance à paiements réguliers tels la BAI + Education Plan, Personal Pension Plan, Top Hat Endowment Plan, Cash Back Money Plus Plan, Level & Decreasing Term Assurance, Wedding Plan, All-in-One Policy, Group Pension, Group Health, Group Life Insurance, etc. Ces polices d’assurance sont souscrites de manière régulière, mensuellement ou autre », rassurent les Curators Bonieux et Oosman.
Boîte de Pandore
Dans la conjoncture, the hardest nut to crack reste le One-Time Endowment Policy de Rs 22 milliards avec 24 175 bénéficiaires. Une véritable boîte de Pandore, affirment des initiés à ce scandale de Ponzi à la Dawood Rawat. Les secrets de Bramer Property Fund, qui devront être étalés sur la place, risquent d’être encore plus édifiants. « Là où il y a le plus de problèmes : les 24 000 investisseurs dans le Single Premium Scheme. Je n’ai pas encore touché à ces Rs 22 milliards », a avoué le ministre des Finances comme pour faire comprendre que l’écroulement de l’empire-Rawat pourrait provoquer d’autres « financial and economic ripples ».
À ce stade, des questions se posent sur les « Sources of Funds » des placements variant entre Rs 10 millions et Rs 15 millions par des individus dans le One-Time Endowment Policy de BAI Co. (Mtius) Ltd. « Nous comprenons qu’il y a eu une campagne agressive de la BAI auprès des bénéficiaires de VRS dans l’industrie sucrière et d’autres clients pour les acculer à souscrire à ce qui se révèle être un Ponzi Scheme aujourd’hui avec un taux de rémunération, qui semblait trop beau pour être vrai. Mais il y a de nombreux autres cas avec des dizaines de millions placées par des individus, qui doivent impérativement susciter des soupçons de blanchiment de fonds », avance-t-on dans des milieux autorisés.
Le prochain examen des livres de comptes de la BAI CO. (Mtius) Ltd devra confirmer si ces placements ont été effectués par de l’argent liquide, de chèques ou de transferts bancaires dans le dos de la Mauritius Revenue Authority (MRA). Les conclusions de ce Money Trail devraient préciser des pistes d’enquête au pénal pour les autorités compétentes. Des détenteurs de ces souscriptions auront des comptes à rendre aux autorités à moins que comme dans les cas des précédents Ponzis, comme White Dot International et Sunkai, ces gros porteurs décident de ne pas venir de l’avant pour éviter des ennuis avec la justice pour infractions aux dispositions de la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act.
Examen
des archives
D’un autre côté, des doutes sérieux subsistent quant aux possibilités de recouvrer ces Rs 22 milliards, qui auraient dû se traduire dans des Assets physiques et autres placements de la BAI Co (Mtius) Ltd. L’examen des archives de Bramer Property Fund est attendu avec impatience par les autorités car il y aura la confirmation de l’acquisition du palais médiéval à Rome pour le montant six millions d’euros par la BAI Malte ou encore une récente propriété immobilière à Londres au coût de Rs 100 millions, tout en identifiant les Toxic Assets à être éliminés des livres de compte d’un éventuel redressement.
Les doutes augmentent en intensité avec d’importants transferts de fonds, dont le plus récent est de l’ordre de Rs 500 millions, plus de cinq millions de dollars américains en début d’année pour le compte de KLAD Investment aux Bahamas. Ce fonds est sous le contrôle exclusif du clan Rawat, dont le patriarche Dawood Rawat. Des premières indications font état de transferts réguliers de fonds vers les Bahamas, les îles Caïman et même Myanmar.
À ces transferts de fonds à destination de centres offshore, se greffe un exercice de surévaluation systématique des avoirs physiques du groupe BAI. À titre d’exemple, des spécialistes s’interrogent sur les explications que pourront fournir les auditeurs de la firme d’experts-comptables KPMG sur la Book Value, gonflée à Rs 4,5 milliards, d’Apollo Bramwell. D’ailleurs, les réponses aux premières Queries adressées aux comptables de KPMG, qui ont signé le dernier bilan financier du groupe BAI, devront éclairer la lanterne des autorités.
Dans cette perspective, la responsabilité du Financial Reporting Council est engagée, au même titre que celle du régulateur, la Financial Services Commission (FSC), qui a été vertement blâmée samedi par le ministre des Services financiers. Des remontrances pour absence de vigilance et même de Derelict of Duty pourraient être adressées formellement à ces institutions régulatrices, aussi bien qu’à la Stock Exchange of Mauritius devant le laisser-faire noté même si « les relations incestueuses entre Navin Ramgoolam et Dawood Rawat expliqueraient certaines choses ».
Depuis ce matin, les Curators de BAI Co (Mtius) Ltd procèdent à un audit général des affaires de ce groupe avec comme ultime solution la mise sur le marché des sociétés, qui peuvent être reprises par des opérateurs, en vue de trouver les moyens financiers pour assurer le financement des 135 283 polices d’assurance garanties par le gouvernement. De ce fait, des repreneurs devront être identifiés pour la clinique Apollo Bramwell, considérée comme un fleuron du défunt BAI Group, la Loss-Making Machine d’Iframac en dépit de l’emblème de Mercedes-Benz ou la très populaire Courts, qui est devenue une coquille vide. La question est, à quel prix vont être adjugées ces opérations ? comme pour confirmer le doute.
XLD : « Interrogations légitimes du public sur la BAI »
Le Deputy Prime Minister et ministre du Tourisme Xavier-Luc Duval prend rendez-vous pour mercredi en vue de fournir des explications sur la débâcle de l’empire Rawat et la Private Notice Question du leader de l’opposition, Paul Bérenger, sur le groupe BAI de novembre 2013. « Les interrogations du public concernant le sort de la BAI sont tout à fait légitimes et, mercredi prochain, je compte apporter des clarifications factuelles à ce sujet », fait comprendre Xavier-Luc Duval dans une communication à la presse ce matin. Lors d’un point de presse hier, le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a déclaré que « le principal lui aurait dit que la réponse à la PNQ de Paul Bérenger de novembre 2013 had been worked by the Prime Minister ». À plusieurs reprises, Vishnu Lutchmeenaraidoo a mis les malheurs des clients du groupe BAI sur le dos « des relations incestueuses entre Navin Ramgoolam et Dawood Rawat ».