La gestion des placements de 5 372 souscripteurs pour un montant de Rs 4,2 milliards dans le fonds d’investissement Bramer Asset Management Ltd (BAM) est dans le collimateur des autorités se penchant au chevet de l’empire Dawood Rawat en décadence. Depuis la fin de la semaine dernière, la Financial Services Commission (FSC) est en présence d’un rapport accablant confirmant l’existence d’un trou de Rs 3,3 milliards dans des investissements encaissés de l’ordre de Rs 4,2 milliards au 31 mars dernier, soit à la veille de la nomination d’André Bonieux et de Mushtaq Oosman de PwC en tant que Joint Administrators de ce fonds d’investissement, gérant les Assets du Bramer Property Fund, de Hennessy Investment Trust, d’Emerging Africa Fund et d’ALEEF Ltd (voir représentation graphique plus loin). Mais ce constat ne devait nullement surprendre la FSC car, dès janvier 2014, une On-Site Inspection du régulateur avait permis l’identification de « gros manquements » par rapport à des Missing Funds de l’ordre de Rs 2,4 milliards. La Chief Executive Officer du Bramer Property Fund, Jaya Allock, qui siège également sur le conseil d’administration de Bramer Asset Management, et d’autres membres de cette instance du groupe BAI devront être convoqués à l’ICAC et au CCID pour des interrogatoires Under Warning sur le détournement de Rs 3,1 milliards, indépendamment du Ponzi Scheme de Rs 23 milliards à la BAI Co (Mtius) Ltd.
Dans les milieux proches des enquêteurs, que ce soit de l’Independent Commission against Corruption (ICAC) ou du Central CID, on avance que le deal de Rs 105 millions accordées à l’ancien Chief Executive Officer de la State Investment Corporation (SIC), Iqbal Mallam-Hasham, ne constitue que le sommet de l’iceberg dans l’opération du détournement des avoirs de Bramer Property Fund Ltd. Le dénommé Mallam-Hassam, qui a comparu ce matin en Cour de Rose-Hill pour compléter les procédures de sa remise en liberté provisoire, s’est vu imposer deux cautions de Rs 50 000 chacune et une reconnaissance de dettes de Rs 700 000.
En ce début de semaine, l’ICAC compte solliciter les services de l’Asset Recovery Unit du bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) en vue d’obtenir un Restraining Order et un gel des avoirs contre Iqbal Mallam-Hasham. Il a été inculpé sous deux charges provisoires, soit d’avoir bénéficié de manière illégale de deux emprunts de Rs 89 750 000 et de Rs 15 250 000, faisant un montant global de Rs 105 millions, de la défunte Bramer Banking Corporation Ltd en mars 2014, pour l’acquisition de 392 mètres carrés au rez-de-chaussée de la Bramer House (Rs 40 millions) et de 1 090 mètres carrés au 11e étage du même immeuble (Rs 65 millions).
La seconde charge retenue par l’IAC contre l’ex CEP de SIC est qu’il avait profité de sa position pour placer Rs 150 millions au sein du Bramer Property Fund sans obtenir l’aval du conseil d’administration de cette institution. L’interrogatoire d’Iqbal Mallam-Hasham devra reprendre dans les jours à venir à une date arrêtée entre les deux parties et devra porter sur les transactions immobilières de ce proche de l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam.
Toutefois, le deal à Rs 105 millions conclu en mars 2014 est intervenu à une époque où la Bramer Asset Management Ltd, et subséquemment le Bramer Property Fund, faisaient face à des difficultés de trésorerie, comme il avait été souligné dans les conclusions de l’On-Site Inspection de la FSC de janvier de la même année. D’ailleurs, devant la détérioration de la situation financière, la Bramer Asset Management fut interdite officiellement à partir de septembre d’enregistrer de nouveaux clients et d’encaisser de nouveaux fonds.
Avec l’épisode de Mallam-Hasham et d’Ottoman Capital Ltd de mars, Bramer Asset Management pouvait faire d’injection de fonds de l’ordre de Rs 255 millions, dont Rs 105 millions sous forme d’emprunts maquillés de la Bramer Bank et de Rs 150 millions de l’argent public investies à fonds perdu par la SIC. Ces Rs 255 millions ont permis à la Bramer Assets Management d’assurer une partie des échéances envers les souscripteurs. La prochaine étape de l’enquête, en parallèle du Central CID et de l’ICAC, est d’établir une liste de deals similaires avec les Assets du Bramer Property Fund dilapidés au cours de ces dernières années car les autorités craignent une répétition de l’épisode Robert Lesage dans l’affaire MCB/NPF, soit « une fois la main dans l’engrenage, le corps y passe ».
Le dernier rapport des Joint Administrators de PwC sur la gestion de Bramer Asset Management est venu confirmer que le trou de Rs 2,4 milliards de janvier 2014 a connu une nouvelle détérioration fin mars dernier. Les Missing Funds comptabilisés au 31 mars dernier à ce fonds d’investissement se situent dans la fourchette de Rs 3,1 milliards à Rs 3,3 milliards, dont Rs 3 milliards pour le compte du Bramer Property Fund, Rs 270,1 millions au guichet du Discretionary Porfolio Management de BAM et Rs 39,4 millions au Hennessy Investment Trust.
À ce stade, le montant des Assets de Bramer Property Fund, qui peut être recouvré en vue de tout remboursement aux 5 372 souscripteurs enregistrés, pourrait représenter à peine 30 sous pour chaque roupie placée dans la Bramer Asset Management. Le dernier exercice d’audit des comptes du Bramer Property Fund indique des Discrepancies’ de l’ordre de Rs 403 millions entre les contributions des clients et la valeur des Assets inscrits au nom des clients. « We have only been presented with a Discretionary Portfolio Management balance sheet under the name of Bramer Asset Management (with assets totalling Rs 2,7 billions) but these balances do not appear in the audited accounts of Bramer Asset Management », notent enore André Bonieux et Mushtaq Oosman.
« Assets were valued and recorded at values that did not, in our view, reflect market reality. We are concerned that investors were misled in regards to the true value of their investments and of their returns », ne cessent de marteler les Joint Administrators dans leurs dernières analyses en date. En complément à cette campagne mensongère de marketing au nom du groupe BAI, la correspondance sous la Non-Citizens (Property Restriction) Act, signée de l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam en date du 26 février 2014, confirme l’opération visant à défalquer les propriétés immobilières appartenant à la Bramer Property Fund Ltd.
Ainsi, cette autorisation du Prime Minister’s Office de février 2014 porte non seulement sur les acquisitions d’Ottoman Capital Ltd de Iqbal Mallam-Hasham, sous le couvert du Byzantium Trust, mais également des transactions immobilières avec HV Holdings Ltd pour la vente par le Bramer Property Fund de 30 appartements à l’Ébène Cyber Village pour la somme de Rs 92 millions et 94,2 mètres carrés de bureaux au rez-de-chaussée de la Bramer House à Farook Hossen Opticians Ltd pour la somme de Rs 11,1 millions.
Jaya Allock, CEO de Bramer Property Fund Limited, qui a déjà été inculpée pour le délit de “conspiracy to defraud”, est de retour en début d’après-midi au QG du CCID pour la reprise de son interrogatoire Under Warning. Initialement, elle a soutenu qu’elle n’a fait qu’exécuter les directives et consignes émanant du conseil d’administration de cette entité par rapport au Super Deal en faveur d’Iqbal Mallam-Hasham.
Ainsi, à partir de cet après-midi, la CEO du Bramer Property Fund sera appelée à confirmer la liste des propriétés immobilières, qui ont été vendues selon la formule de Sale and Lease Back, les conditions attachées convenues de même que les prix décidés par le board, comme ce fut le cas pour la vente immobilière à Iqbal Mallam, où le prix de Rs 105 millions avait été décidé lors de la réunion du board du 17 septembre 2013. Le contrat de vente ne fut signé qu’en mars 2014.
Ce nouveau volet de l’enquête, avec les révélations de Jaya Allock, est considéré comme étant crucial vu qu’il devra permettre de faire la lumière sur le trou de Rs 3,3 milliards susmentionné aussi bien que sur les bénéficiaires de ces détournements de fonds allégués aux dépends des souscripteurs de la Bramer Asset Management. Elle sera également confrontée aux accusations de manipulation dans les évaluations des avoirs et du maquillage des chiffres pour tenter de leurrer le public investisseur de même que les autorités compétentes.
Jaya Allock précède les membres du conseil d’administration, dont Muhammad Rawat et Sulliman Moolan, qui ont signé le dernier bilan financier de la Bramer Asset Management, de même que les membres de l’Investment Committee car, de par leurs décisions, « they have not acted in the best interest of investors ». La série d’inculpations provisoires, qui ont commencé par la CEO de la Bramer et le bénéficiaire Iqbal Mallam-Hasham, devra s’allonger dans les jours à venir.

Entre-temps, les souscripteurs de la Bramer Asset Management, qui disent être devenus des laissés-pour-compte avec l’écroulement de l’empire de Dawood Rawat, comptent mettre la pression sur les autorités pour qu’une solution soit trouvée à leur problème. Parmi les victimes se trouvent des chefs de famille ayant vendu leurs propriétés immobilières ainsi que des hommes d’affaires, ayant investi des dizaines de millions de roupies dans ce fonds d’investissement.
Lors d’une réunion, qui s’est déroulée samedi, ils ont lancé un ultimatum au gouvernement pour qu’une solution soit trouvée jusqu’à mercredi. Des contacts ont déjà été établis entre les animateurs de ce mouvement et le ministre des Services financiers Roshi Bhadain dans la journée d’hier. Une première rencontre pourrait être fixée dans les prochains jours pour passer en revue la situation par rapport aux conclusions des Joint Administrators.
De son côté, nTan Corporate Advisory Pte de Singapour, dont les services ont été requis par la Banque de Maurice, a déjà entamé les premières vérifications. Le plan de travail a déjà été élaboré par Nicky Tan, le patron de la société, de passage à Maurice à la fin de la semaine dernière.
Les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien indiquent qu’il a été convenu entre nTan Corporate Advisory Pte et la Banque de Maurice qu’au fur et à mesure que se déroule l’enquête sur la BAI Mega-Financial Scam, les consultants singapouriens seront habilités à soumettre des referrals sur les cas frauduleux confirmés à la Financial Intelligence Unit, à l’ICAC et au Central CID en vue de faciliter et faire progresser les enquêtes criminelles initiées.
« Il est un fait qu’une enquête de cette envergure s’échelonnera dans le temps vu la complexité des transactions frauduleuses. Il ne sera pas approprié de se croiser les bras et d’attendre la fin de l’enquête. Les informations nécessaires seront communiquées aux autorités au fur et à mesure pour des actions appropriées », laisse-t-on entendre.