Dans la séquence des événements dans le cadre de l’opération « Daylight Robbery », la convocation au QG du Central CID de Laina Rawat, l’une des trois filles du Chairman Emeritus de la BAI – et qui a été placée en état d’arrestation –, ne constitue nullement une surprise. Dans la conjoncture, ses conseils légaux – Me Gavin Glover, Senior Counsel, et Me Yahia Nazroo – devront se battre bec et ongles tout au long de l’interrogatoire du jour pour épargner à l’une des « Harley Davidson Girls » une détention en cellule policière pour la prochaine nuit. Mais avant de débarquer aux Casernes centrales avec son époux Brian Burns, déjà sous le coup de quatre inculpations provisoires, dont un délit de fraude de Rs 1 milliard, pour l’encourager dans cette nouvelle étape de la BAI Mega-Financial Scam, elle a subi un premier revers en Cour Suprême. Sur un autre plan, Laina Rawat devra faire preuve de patience pour savoir si elle pourra accéder à ses comptes bancaires car suite à l’objection du ministère Public, le chef-juge, Keshoe Parsad Matadeen, a fixé l’affaire au 18 juin prochain. Sur le front des enquêtes, deux dossiers émergent, notamment celui consacré au Computer Misuse reproché à l’ancien Chief Executive Officer d’Iframac, Brian Burns, et l’autre portant sur le premier rapport des consultants de Singapour nTan Corporate Advisory Pte Ltd sur trois transactions bancaires au profit de Dawood Ajum Rawat avec des transferts des fonds détournés de BAI Co (Mtius) Ltd vers des comptes numérotés chez Schroders, une entité engagée dans le Wealth Management, installée à Jersey.
Huit semaines après l’écroulement de l’empire Rawat avec son nom fiché sur la liste rouge des Objections to Departure au Passport and Immigration Office, Laina, Rawat a dû faire les marches du Central CID peu avant 11 heures ce matin. Elle a été convoquée pour interrogatoire Under Warning dans cette affaire de détournements de fonds de Rs 12 milliards au préjudice du groupe BAI et de Rs 2,8 milliards de Bramer Asset Management Ltd. Dès son arrivée au Central CID, elle a été placée en état d’arrestation avec l’interrogatoire s’articulant autour de trois charges, soit détournements de fonds, Money Laundering et Conspiracy to Defraud sous la Companies Act.
Les recoupements d’informations indiquent que Laina Rawat, la fille de Dawood Rawat, qui a juré un affidavit pour contester la révocation de la Banking Licence de la Bramer Banking Corporation Limited, ne devrait pas faire exception à la règle quant à la position face aux limiers du Central CID tout au long de la journée. Il ne faudra pas s’étonner en cours d’après-midi d’obtenir confirmation qu’elle a fait valoir son droit constitutionnel au silence, évitant de s’incriminer dans ces transactions frauduleuses couvrant la période allant de 2010 à mars 2015.
Laina Rawat, dont le Take Home Pay Packet était de Rs 779 612 en décembre dernier, devait être entendue sur les Technical and Management Fees de Rs 15 millions puisés chaque mois des comptes d’Iframac au bénéfice de Dawood Rawat. Outre ce montant détourné de l’ordre de Rs 1 milliard d’Iframac, cette dernière société a obtenu par le truchement d’opérations douteuses Rs 410 millions de Bramer Asset Management Limited et de Rs 500 millions du Super Cash Back Gold Scheme de BAI Co (Mtius) Ltd pour assurer les salaires des employés et d’autres coûts d’opération.
Le Central CID soupçonne que les comptes bancaires des filles Rawat ont servi de conduits pour le transfert des fonds détournés dans les poches du Chairman Emeritus. Ainsi, Laina Rawat devrait être confrontée à une opération bancaire sur son compte pour un montant de Rs 14,4 millions en date du 4 mars 2015, soit un mois avant la découverte de la BAI Mega-Financial Scam. Elle devait également être entendue sur d’autres transferts de fonds conséquents avec Dawood Rawat, dont Rs 2 millions le 8 octobre 2012 ou encore Rs 500 000 le 5 mai 2011.
Indépendamment des réponses et face à la Documentary Evidence compilée contre cette suspecte, les hommes de loi de celle-ci devront faire preuve de dextérité et de persuasion légales pour obtenir sa remise en liberté sur parole en fin de journée pour la suite de l’interrogatoire demain et son inculpation provisoire devant l’un des tribunaux des Plaines-Wilhems. Au cas contraire, elle devra passer la nuit au poste de police de Pailles, spécialisé dans la détention policière de femmes.
Dans la matinée, la même Laina Rawat a eu encore moins de chances. Sa demande pour un dégel de ses avoirs bancaires ou au moins une dérogation au Restraining Order pour un montant de Rs 150 000 n’a pas été entretenue favorablement en Cour suprême. Le ministère Public a objecté à la demande de la fille du Chairman Emeritus de BAI en soutenant que la demande a été « wrongly entered ». Le chef juge, Keshoe Parsad Matadeen a renvoyé l’affaire au 18 juin pour prendre connaissance formelle des objections du ministère Public.
Pour sa part, l’époux de Laina Rawat, Brian Burns, pourrait être de nouveau convoqué au Central CID pour compléter le volet de l’enquête de son interrogatoire sous l’Information and Communication Technology Act. Il est accusé d’avoir oblitéré de « manière intentionnelle et criminelle » des fichiers informatiques sur le Main Server d’Iframac suite à des instructions venant de Dawood Rawat.
Ces données éliminées porteraient sur des directives exécutées pour des Highly Politically Sensitive Bank Transfers avec d’éventuelles répercussions sur d’autres enquêtes « In Abeyance » actuellement. Les experts de l’IT Unit de la police devront être appelés en renfort en vue de restituer ces informations sur le Main Server d’Iframac et confondre le dénommé Brian Burns lors d’une prochaine séance d’interrogatoire à être déterminée par le Central CID sous la supervision de l’assistant commissaire de police Heman Jangi.
Ces relevés informatiques devront complémenter le premier rapport de Forensic Auditing des consultants de Singapour de nTan Corporate Advisory, qui a ouvert une enquête pour le compte de la Banque de Maurice. Ces premiers Findings concerneront trois transactions bancaires à Maurice et à l’étranger en faveur de Dawood Rawat vers la fin de l’année dernière. L’un des trois transferts porte sur un détournement de Rs 100 millions du Super Cash Back Gold de BAI Co (Mtius) Ltd.
De cette somme de Rs 100 millions transférées à la banque BCBG, des instructions avaient été données pour verser Rs 1 million au profit d’un des candidats de la majorité sortante dans la capitale, et Rs 10 millions avaient fait l’objet d’un Office Cheque, dont le nom du destinataire ne constitue nullement un secret. Les Rs 89 millions restantes ont été « Wired » sur un compte numéroté chez Schroders, une entité spécialisée dans le Wealth Management à Jersey. L’Ultimate Beneficiairy de ce détournement n’est autre que Dawood Rawat. Les deux autres transactions portent sur des sommes de Rs 50 millions chacune en provenance du Policy Holders Common Fund de BAI avec toujours la banque BCBG pour blanchisserie. Sur la base de ce premier rapport des Singapouriens, les autorités compétentes, dont la Banque de Maurice, la Financial Intelligence Unit, l’Independent Commision Against Corruption (ICAC) et le Central CID devront conjuguer leurs efforts pour relancer la BAI Mega-Financial Scam Probe sur de nouvelles bases…