Le « forensic audit » des transactions engagées par l’empire Rawat ces dernières années comporte un aspect de placements et d’investissements majeurs à l’étranger. Après un constat de la situation sur le plan local, les deux spécialistes de PwC portant tantôt le chapeau de « joint administrators » et tantôt celui de conservateurs, André Bonieux et Mushtaq Oosman, sont déjà en présence des premiers éléments, soit des investissements de l’ordre de Rs 4,6 milliards au Kenya et au Botswana. Ces fonds devront permettre aux autorités compétentes de constituer le trésor de guerre en vue d’assurer le financement des remboursements, qui seront effectués lors de la deuxième phase de l’exercice initié depuis la fin de la semaine dernière avec la révocation de la Bramer Banking Licence Corporation par la Banque de Maurice (BoM). Néanmoins, le tableau n’est pas aussi rassurant vu le montant des passifs du groupe BAI à être confirmé vers la fin de la semaine prochaine avec le rapport des deux conservateurs nommés par la Financial Services Commission (FSC). Il y a encore la grande incertitude greffée de graves appréhensions qui planent sur le personnel des différentes sociétés du groupe en termes du maintien des opérations, avec notamment l’interruption des livraisons de la compagnie Courts depuis son entrepôt de Trianon depuis deux jours déjà.
À ce stade de la BAI Saga, les actifs (assets) placés par le système Rawat à l’étranger retiennent l’attention avec la possibilité que ce volet des affaires se retrouve au premier plan dans les jours à venir. À ce chapitre, deux facteurs doivent être pris en compte : d’abord les investissements du groupe effectués en toute légitimité et dans la logique des affaires dans des sociétés à l’étranger et ensuite des transferts des fonds vers « l’ultimate holding » de KLAD Investment, domicilié aux Bahamas et sous le contrôle de Dawood Rawat et des membres de sa famille.
En ce qui concerne les placements légitimes du groupe Rawat dans des sociétés à l’étranger, notamment en Afrique, les deux conservateurs semblent ne pas se faire trop de soucis vu la transparence des opérations. À ce jour, la participation du groupe BAI au Kenya et au Botswana, en particulier dans le secteur des assurances et des prêts logements, est estimée à quelque Rs 4,6 milliards. « Ces Rs 4,6 milliards représentent la valeur boursière de ces investissements dans ces sociétés. Il n’y a pas de relations directes entre le groupe BAI à Maurice et ces compagnies au Kenya ou au Botswana. Elles ont leur propre « management » local. De ce fait, ces sociétés ne relèvent pas de notre priorité en termes d’intervention directe. Certes, nous allons réaliser ces investissements en temps et lieu pour renflouer les opérations en cours actuellement. Il faut également prévoir qu’une Capital Gains Tax sera perçue sur le montant de ces avoirs », a déclaré André Bonieux au Mauricien.
Entre-temps, les autorités de ces deux pays suivant de près les déboires du groupe BAI à Maurice prennent des décisions en guise de précaution. La Non-Bank Financial Institutions Regulatory Authority (NBFIRA) du Botswana a pris l’initiative de placer « under statutory management » la Bramer Life Insurance (PTy) Ltd, une filiale du groupe BAI Co (Mtius) Ltd opérant dans ce pays d’Afrique. Ce développement fait suite aux sanctions de la BoM et de la FSC contre la Bramer Banking Corporation Ltd et le groupe BAI. « Given the aforementioned, and as a cautionary measure, notice is hereby given that NBFIRA has taken a decision to appoint Nigel Dixon-Warren of KPMG as a Statutory Manager of Bramer Life Insurance (Pty) Ltd in line with the NBFIRA Act. Policyholders and members of the public are informed that Bramer Life licence remains valid to transact insurance business, however under statutory management until further notice », annoncent les autorités du Botswana en attendant d’autres développements à Maurice.
« Investigative Ministers »
Au Kenya, avec une filiale de la BAI, la British-American (Kenya) Holdings Ltd — détenant 23,34 % de l’actionnariat de British-American Investment Co et aussi connue comme BRITAM dans ce pays de l’Est Afrique —, des effets de la débâcle financière de Dawood Rawat se font sentir. Néanmoins, les responsables de BRITAM ont tenu à rassurer leurs clients dès le début de la semaine en prenant leurs distances de Bramer Banking Corporation Limited. « Bramer isn’t a shareholder of BRITAM. There are common directorships between BRITAM, BAI and Bramer. BRITAM is managed through an independent board of directors and management. There is no other relationship between BRITAM and BAI or Bramer », avait fait comprendre BRITAM dans la presse économique de la region.
Mais ce week-end, avec le retour à Maurice des Investigative Ministers, Roshi Bhadain et Ravi Yerrigadoo, d’autres éléments d’informations sur les transferts de fonds et transactions immobilières effectués sur le plan international et sous le couvert du groupe BAI devront être versés dans le dossier en vue de relancer toute la polémique politicienne au sujet de l’utilisation du terme « Ponzi ». Le ministre des Services financiers et l’Attorney General, qui se sont rendus dans diverses capitales et pays, dont Londres et Malte, font enquête de confirmation de l’étendue du « footprint financier » sous forme de comptes bancaires ou de propriétés immobilières à l’étranger comme le palais médiéval de Rome attribué à Dawood Rawat.
En cette fin de semaine, très peu de détails sur la mission spéciale Bhadain/Yerrigadoo ont transpiré alors que des membres du gouvernement misent gros sur « les dividendes de cette enquête ». Dans le camp des partisans de Dawood Rawat, l’on préfère traverser cette étape avant d’envisager de mettre en place la batterie de défense pour assurer les intérêts du groupe BAI dans la conjoncture. D’autre part, les opérations des différentes sociétés du groupe BAI font de plus en plus face à de graves difficultés. D’abord, il y a le langage de vérité de la direction du chantier naval de Grande-Rivière-Nord-Ouest à ses employés quant au risque réel de fermeture avec la fin du groupe Rawat. Puis, les problèmes rencontrés par les clients d’Iframac, concessionnaire de marques de voitures comme Mercedes-Benz, Peugeot et Mitsubishi. Aucune livraison de voitures neuves à des clients et le travail est littéralement au ralenti, pour ne pas dire stoppé, dans les ateliers.