En marge de la série d’arrestations et d’inculpations des protagonistes du clan Rawat avec l’écroulement de l’empire de la BAI, les consultants de nTan Corporate Advisiry Pte de Singapour ont déjà enclenché un premier exercice d’Audit Trail d’envergure. Cette étape porte sur les Rs 2,4 milliards portés missing dans les comptes du Bramer Property Fund en janvier 2014, le trou s’agrandissant à Rs 3,3 milliards au 31 mars dernier. En parallèle, toutes les transactions immobilières engagées au nom de Bramer Property Fund Ltd avec l’autorisation officielle de l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, de janvier 2014 jusqu’à la veille des élections générales du 10 décembre dernier, sont actuellement passées au peigne fin par les autorités compétentes, que ce soit du côté du Central CID, de la Financial Services Commission (FSC), de la Financial Intelligence Unit ou encore au niveau des deux Special Administrators Mushtaq Ooslan et Yogesh Basgeet. De son côté, Navin Ramgoolam devra s’attendre à fournir des explications sur les multiples comptes bancaires établis à son nom de même que la nature des transactions avec des montant réguliers dépassant le Rs 1 million sur la base de ses multiples cartes de crédits, dont des MasterCard Gold et Visa Gold, émises par au moins une banque commerciale à Maurice.
Ce matin, l’époux de Laina Rawat, Brian Burns, l’un des patrons d’Iframac sous l’empire du Chairman Emeritus de la BAI, peut afficher le sourire. Accompagné de ses conseils légaux, Mes Gavin Glover, Senior Counsel, et Yayha Nazroo, il a réalisé « ene monte desane » éclair des marches menant à l’Interrogation Room. En effet, à peine le Suspect-in-Waiting Brian Burns avait-il franchi l’ultime marche pour s’engager dans le couloir que les responsables du Central CID ont fait comprendre à ses hommes de loi qu’il n’avait aucun rendez-vous prévu pour ce matin.
En revanche, Claudio Fiestritzer, Chief Executive de Bramcom, pôle commercial de la BAI avec Iframac et Courts, et qui a été inculpé sous trois charges provisoires jeudi, a été remis en liberté sous caution samedi devant la Bail and Remand Court. Il a cependant eu à fournir des cautions de Rs 500 000 et signer une reconnaissance de dettes de Rs 5 millions. Il s’est présenté ce matin devant le tribunal de Curepipe à cet effet.
« Je n’ai jamais fait une visite aussi éclair que celle-ci au Central CID tout au long de ma carrière d’homme de loi. La presse en fera-t-elle état ? » devait lancer Me Glover en passant par la petite porte des Casernes centrales. Tout semble indiquer que l’autre gendre de Dawood Rawat devra en effet attendre le signal des enquêteurs pour son interrogatoire Under Caution. « Dans le jargon du Central CID, on dira tout simplement que Brian Burns “ine pran sirop tousse avant li gagn tousse” », a rétorqué un vieux de la vieille.
Alors que la matinée s’annonçait plate au Central CID, Navin Ramgoolam ayant dû se rendre au tribunal de Curepipe pour compléter les formalités de sa nouvelle remise en liberté sous caution, l’attention sera braquée sur le Forensic Audit confié par la Banque de Maurice aux consultants de nTan Corporate Advisory Pte de Singapour. Une première équipe de spécialistes en Forensic Accounting, menée par le Lead Consultant Michael Martin, se concentre déjà sur les principaux aspects de la BAI Mega-Financial Scam, avec un préjudice d’au moins Rs 23 milliards.
Les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien indiquent que, dans un premier temps, les spécialistes de nTan Corporate Advisory Pte pourraient se concentrer sur les Rs 2,4 milliards portés missing dans les comptes de la Bramer Property Fund Ltd et identifiés lors d’une On-Site Inspection de la FSC en date du 8 janvier 2014. Le trou devait atteindre les Rs 3,3 milliards sur un maximum de Rs 6 milliards à la fin de mars de cette année.
La mission des consultants de Singapour sera de retracer les movement of funds entre la Bramer Property Fund Ltd, sous le contrôle de la Bramer Asset Managementy Ltd, et les bénéficiaires de ce détournement de fonds. Il est un fait que des comptes de la défunte Bramer Banking Corporation Ltd ainsi que de la banque BCBG, qui demeure toujours dans le collimateur des inspecteurs de la Banque de Maurice, seront analysés dans les moindres détails pour établir le money flow de Maurice vers des comptes à l’étranger ou encore pour couvrir les pertes opérationnelles des sociétés comme Iframac, Courts et Apollo Bramwell, avec les fonds souscrits par les clients de ce fonds de gestion.
Dans cette perspective, la série de ventes immobilières réalisées en 2014 par la Bramer Property Fund Ltd, avec l’autorisation de l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam sous la Non-Citizens (Property Restriction) Act, devra constituer le point de départ de cette financial probe par nTan Corporate Advisory. Les documents disponibles, qui accréditent le fait qu’au moins une trentaine de ventes immobilières ont été engagées l’année dernière, laissent voir qu’à la veille des élections générales du 10 décembre dernier, des avoirs immobiliers d’une valeur de Rs 804 millions ont été défalqués du portefeuille de la Bramer Property Fund Ltd.
Pour la journée du 6 novembre 2014, soit en pleine dernière ligne droite de la campagne électorale, l’ancien chef du gouvernement avait signé des autorisations pour la vente de ces huit propriétés immobilières, dont l’immeuble de la BAI sis rue Pope Hennessy, en face de l’ex-Luna Park, à Port-Louis, et patrimoine historique de la BAI, pour la somme de Rs 440 millions pour les 5 625 mètres carrés,
Différents paliers à la Bramer House à l’Ébène Cyber City, dont les huitième (936 mètres carrés) et neuvième (936 mètres carrés) étage à Rs 90 365 000 chacun et le 10e étage à Rs 76 325 000, et le cinquième à Rs 76,1 millions. Le 11e étage avait déjà été adjugé en début de l’année dernière avec le Done Deal avec Iqbal Mallam-Hasham pour la somme de Rs 105 millions.
Cette stratégie de vente des avoirs immobiliers « pour boucher les trous du Ponzi BAI » avait été initiée début 2014 avec le feu vert de Navin Ramgoolam sous la Non-Citizens (Property Restriction) Act du 26 février 2014. Ce jour-là, l’ancien Premier ministre n’avait pas seulement autorisé la vente de deux paliers à la Bramer House à Ottoman Capital Ltd pour Rs 105 millions. Ce même 26 février de l’année dernière, la Bramer Property Fund Ltd avait en effet obtenu l’aval du PMO pour la vente de six autres propriétés pour un montant global de Rs 160 millions à Port-Louis, au George Town, à Orchard Centre, Quatre-Bornes et à Terre-Rouge, dont Rs 24 millions avec l’acquisition de 746 mètres carrés à la Moiorgate House par l’Employees Welfare Fund.
À partir de ces transactions immobilières, l’enquête de nTan Corporate Advisory établira les conduits à Maurice et à l’étranger pour le blanchiment allégué de ces missing funds de l’ordre de Rs 3,3 milliards, soit Rs 900 millions de plus que le trou relevé par la FSC en janvier de l’année dernière. Subséquemment, les findings des Singapouriens devraient être soumis au Central CID ou encore à l’Independent Commission against Corruption pour des procédures contre les éventuels suspects, bénéficiaires du détournement et auteurs du blanchiment de fonds.
De son côté, après avoir assisté à l’ouverture de deux Bank Vaults à la Mauritius Commercial Bank de Bell-Village, Navin Ramgoolam devra s’attendre à affronter une série de questions du CCID sur les différentes transactions bancaires opérées au cours de ces dernières années. En ce qui concerne les coffres-forts enregistrés au nom de Navin Ramgoolam, son épouse, Veena, et sa soeur Sunia Joypaul, le leader du Parti Travailliste a expliqué que le contenu relève davantage des affaires familiales, dont des objets de valeur sentimentale ayant appartenu à son père, feu sir Seewoosagur Ramgoolam.
Au chapitre de ses comptes bancaires, Navin Ramgoolam a soutenu que le chiffre de Rs 110 millions n’est nullement approprié en ce qui le concerne, l’exercice de comptabilité étant toujours en cours aux Casernes centrales. Il a confirmé l’existence d’un compte conjoint pour le PTr, Ah Fat lang Hing Choy et lui étant cosignataires.
Toutefois, ce qui retient l’attention dans la conjoncture a trait à un transfert de Rs 4 millions du compte conjoint du PTr sur le compte personnel de Navin Ramgoolam en novembre 2013, de même qu’une série de transactions pour un montant de Rs 4,5 millions en un seul jour et de Rs 2,1 millions un autre jour à partir des cartes de crédits, toujours vers la fin de 2013. Mais à la mi-journée, Navin Ramgoolam n’était pas encore arrivé aux Casernes centrales pour la reprise de son interrogatoire…