Une nouvelle étape a été franchie dans le démantèlement de l’empire Rawat. Depuis hier, la Bramer Asset Management Ltd, le Fund Manager de Bramer Property Fund, avec des avoirs évalués à plus de Rs 4, 7 milliards au 31 décembre 2013, a été placée sous administration par la Financial Services Commission (FSC) aux termes de l’article 48 (1) de la Financial Services Act. Les Joint Administrators nommés dans le sillage de cette décision ne sont autres que les Conservators de la BAI Insurance, André Bonieux et Mushtaq Oosman de PwC pour assurer la gestion des affaires courantes. En attendant, le rapport préliminaire des Conservators de la BAI Insurance et le bilan des Assets and Liabilities du groupe BAI, des spéculations et même une guerre entre potentiels repreneurs font rage quant au sort qui pourrait être réservé aux franchises de prestige sur le plan international obtenues jusque-là par des sociétés du groupe et qui sont actuellement compromises. En parallèle, les procédures pour le démarrage de la New National Commercial Bank Ltd, en remplacement de la défunte Bramer Banking Corporation Limited, se poursuivent avec la confirmation d’Ashraf Esmaël, ancien Chief Executive Officer de la Bramer, en tant que nouvel homme fort de cette banque d’Etat. Une première réaction a été notée dans le camp de Dawood Rawat contestant la révocation de la Banking Licence de la Bramer. Cette démarche a pris la forme d’une lettre déposée à la Banque de Maurice et signée de Me Yousuf Mohamed, Senior Counsel, sur les instructions de Me Ayesha Jeewah (avouée).
Une semaine après la révocation de la licence de Bramer Bank par la Banque de Maurice et la nomination de deux Conservators pour la BAI Insurance, la Financial Services Commission est revenue à la charge hier contre un des piliers du système Rawat. La CIS Manager Licence, l’Investment Adviser (Unrestricted) License et la licence pour la Distribution of Financial Products de la Bramer Assets Management Ltd, société incorporée le 28 avril 2000, ont été enlevées formellement avec effet immédiat par la FSC.
La DSC a agi sous l’article 27 (7) de la Financial Services Act 2007 pour intimer l’ordre formel de « cease to carry out the activity authorised under these licences but shall remain subject to the obligation of a license and to the directions of the Financial Services Commission, Mauritius, until the suspension of the respective licences is cancelled ». Cette décision de la FSC devra avoir des répercussions sur les différents marchés financiers internationaux vu les opérations et la présence de Bramer Assets Management Ltd.
“Joint ?Administrators”
Par la même occasion, la FSC a pris la décision de nommer André Bonieux et Mushtaq Oosman, toujours de PwC, en tant que Joint Administrators. L’annonce officielle souligne que « in accordance with Section 48 (1) of the FSA and in the best interest of investors, the FSC Mauritius has appointed Messrs. Mushtaq Oosman and André Bonieux, both Partners at PricewaterhouseCoopers Ltd, as Joint Administrators in relation to the business activities of BAM in light with its licenses ».
La Bramer Assets Management Ltd est un Investment Arm majeur dans les opérations de la BAI car elle agit en tant que Fund Manager pour le Bramer Property Fund. À la fin de décembre 2013, dernier bilan financier disponible, le Bramer Property Fund, dont « the principal activity is investment in properties and securities », détenait des avoirs de l’ordre de Rs 4, 7 milliards, dont Rs 2, 6 milliards dans des Investment in Financial Assets et autour de Rs 1 milliard dans l’immobilier. En 2013, les revenus du Bramer Property Fund étaient de Rs 270 millions, soit Rs 103 millions sous forme de dividendes dans les placements, Rs 93 millions d’Interest Income et Rs 47, 6 millions de loyers.
Des spécialistes de la question soutiennent que cette dernière offensive de la FSC vise un double objectif dans la conjoncture, soit donner les muscles nécessaires pour recouvrer les ressources financières en vue d’honorer les engagements de la BAI Insurance, qui détient 90, 21 % du capital de Bramer Property Fund ; également, la mise en opération de la New National Commercial Bank Ltd devra être amplement facilitée, notamment l’accès aux vingt branches de l’ancienne Bramer Bank par le personnel de la nouvelle entité bancaire.
A ce stade, en ce qui concerne la New National Commercial Bank Ltd, avec un Required Capital de Rs 200 millions injecté par l’Etat, et dont l’ouverture est annoncée pour lundi, la réunion du conseil d’administration du jour, sous la présidence de Saïd Lalloo, devra confirmer les membres du Top Management. Une annonce, qui suscite la controverse, est la reconduction d’Ashraf Esmaël, l’ancien CEO de Bramer, à la tête de la New National Commercial Bank Ltd.
Dans le camp de l’entourage de Dawood Rawat, l’on cache difficilement la colère devant la collaboration d’un des hommes de confiance de celui-ci dans l’entreprise pour le démolir sur la place financière internationale. Les épithètes les plus péjoratives sont utilisées à l’encontre d’Ashraf Esmaël, « ene dernye Vire Mam », à cet effet. Même si la majorité des 401 emplois de l’ancienne Bramer Bank ont été sauvegardés avec la nouvelle banque, des appréhensions sont entretenues par rapport aux conditions d’emploi. Des sources officieuses avancent que les employés pourraient être recrutés en tant que nouveaux, avec le paiement d’une compensation pour leurs années de service.
Dans leur grande majorité, les employés de Bramer préfèrent la « Continuity of Service » au paiement de la compensation, qui devra attendre la fin de l’exercice initié par les Receivers de PwC, André Bonieux et Mushtaq Oosman, pour déterminer le montant. La proposition de réembauche officielle par la direction de la New National Commercial Bank Ltd est attendue avec impatience par les employés.
“Meilleurs ?auspices”
Les mêmes inquiétudes se font entendre par les employés de la BAI Insurance Ltd, qui ont repris le travail depuis lundi. La situation est encore plus floue car à ce jour, aucune indication n’a transpiré quant à l’entité annoncée pour la reprise des quelque 135 000 polices d’assurance de la BAI Insurance sous Conservatorship.
De son côté, Yousuf Mohamed, Senior Counsel, agissant au nom de la défunte Bramer Bank, a écrit officiellement à la Banque de Maurice pour réclamer des précisions sur la révocation de la Banking Licence. « De par la loi, nous disposons d’un délai de sept jours pour faire des représentations auprès de la Banque Centrale au sujet de cette révocation. Hier, c’était le septième jour et nous l’avons fait. En fin d’après-midi d’hier, nous avions été surpris de prendre connaissance de la teneur d’une correspondance adressée à l’avouée Ayesha Jeewah pour exiger un Board Resolution pour soutenir cette démarche. Comme si la Banque de Maurice ne nous fait pas confiance en tant que conseils légaux. Enfin ! On aura tout vu », a fait comprendre Me Mohamed.
Sur un autre plan, la reprise des principales activités économiques du groupe Rawat par d’autres intérêts pourrait ne pas se faire sous de meilleurs auspices. La principale interrogation porte sur le sort, qui sera réservé aux franchises de renommée internationale, représentées par ce groupe, dont Mercedes-Benz, Peugeot et Mitsubishi pour les voitures, Apollo-Bramwell pour la médecine et Courts pour l’électroménager. « Qui dit que la maison mère de ces marques internationales acceptera la reconduction tacite de ces représentations de nouvelles sociétés reprenant les activités ? Ces représentations ne sont pas octroyées aux premiers venants dans le monde des affaires. L’absence de ces représentations devra faire encore baisser la valeur des avoirs du groupe BAI », fait-on comprendre.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien dans le monde des affaires indiquent qu’une guerre sournoise fait déjà rage entre potentielles enseignes pour accueillir ces marques. Des contacts et échanges se multiplient en vue de « jockey for position » quand ces concessions internationales seront allouées.
Mais pour l’instant, il y a plus grave, des acquéreurs de nouvelles voitures chez Iframac n’ont pas reçu livraison de leurs véhicules même si ces clients ont déjà assuré le financement de ces achats en raison des problèmes de trésorerie, ou encore les premières mences de licencielents (voir page 6) comme quoi l’écroulement de l’empire Rawat ne se résume pas à une seule guerre entre politiciens en mal de sensations sur le terme Ponzi mais affecte la vie des Mauriciens à différents niveaux et manières…