Sa proximité avec le site de Macondé, la présence de la stèle de Matthew Flinders ou encore l’épave du navire naufragé Clan Campbell dans ses eaux turquoises ajoutent au charme de ce petit village. Baie du Cap a de quoi charmer les nombreux visiteurs qui empruntent la célèbre route B9 élue parmi les dix plus belles routes du monde par le guide français Le Petit Futé. Pour ses quelque 3 000 habitants, la simplicité, l’authenticité et la tranquillité des lieux priment lorsqu’il s’agit de parler de leur village.

Baie du Cap est situé dans le district de Savane à mi-parcours entre Le Morne et Bel Ombre. Un joyaux du paysage local où plane une atmosphère bon enfant. Le temps semble s’y être arrêté, et selon les habitants, les fléaux sociaux y sont presque inexistants. Le charme de ce village repose grandement sur sa discrétion, sa simplicité et son côté rustique. Baie du Cap est aussi le passage obligé pour ceux qui souhaitent se rendre à Macondé. Le va-et-vient incessant de véhicules et le ronronnement des moteurs n’empêchent pas pour autant les habitants de s’adonner en toute quiétude à leurs activités. Bien au contraire : “Nous pouvons dire que nous sommes chanceux, fiers et heureux de voir passer des gens qui viennent du monde entier. En plus, cela permet de rompre un peu la solitude car côté loisirs il faut dire qu’on n’a pas vraiment grand chose”, dit une personne rencontrée.

Chandrassen Kardaree, président du village

Penser à la nouvelle génération

En effet, il suffit d’à peine quelques foulés pour effectuer le tour du village qui compte très peu d’éléments en termes de ressources et d’infrastructures. Une école primaire, une chapelle, un bureau de l’Etat Civil, un bureau de poste, une plage publique, une gare d’autobus, un centre communautaire flambant neuf, un dispensaire ou encore quelques boutiques et coins de restauration. Un stricte minimum avec lequel ces 3 000 habitants ont appris à composer. “Tombe leve nou finn ressi debrouye ek progresse” indique Kumarsingh Joodhee. A 68 ans, ce retraité ne s’imagine pas ailleurs. Très attaché à son village et son cachet authentique, il confie : “On ne peut franchement pas se plaindre de notre vie ici. J’y ai élevé mes trois enfants sans aucun problème. Je n’aurai pas rêve mieux pour eux. Mais, il faut aussi évoluer avec le temps. Ce n’est pas parce qu’on se trouve dans un petit coin retiré que nous devons être privés de développement. Il suffirait de petites améliorations comme un bon service de santé, une bonne boulangerie et d’autres facilités pour la nouvelle génération.”

Mo fami peser

Les petites maisons en tôle ont commencé à faire de la place à des constructions en béton. Cependant, les terrains en pente rendent l’accès quelque peu compliqué. Surtout qu’en temps de fortes pluies, l’eau des montagnes engendre des glissements de terres et de roches.

Pieds dans le sable et le regard tourné sur un étendu de lagon bleue, Cyrano Entresol a choisi le métier de pécheur tout comme de ses arrières grands-parents, ses grands-parents et ses parents : “Non pas parce que j’étais obligé ou que je n’avais pas autre choix, mais parce que je me sentais vraiment attiré et passionné par la mer.”  Aujourd’hui encore les nombreuses pirogues amarrées au bord de la mer témoignent que cette baie demeure l’une des principale sources de revenue des habitants du village. Certains sont laboureurs, d’anciens travailleurs du secteur sucrier ou employés dans les hôtels de la région. Président de l’association des pécheurs du Sud-ouest depuis 2004, ce natif de Baie du Cap décrit son village comme “Un coin très tranquille. Isi la poliss preske pena travay ar nou. La particularité et la force de Baie du Cap c’est que tous ses habitants se considèrent comme une seule et grande famille. Nou kapav tipti me nou ena enn ta zafer an heritaz”.

Entre promesses et développement

C’est d’ailleurs avec un sentiment mitigé que Jean-Marc Bezeguy, artiste, sculpteur et menuiser, suit de près les premiers coups de pioche du projet IRS Anbalaba au cœur du village. “Il y a des mots et des maux. Je suis bien conscient que Baie du Cap a besoin de ce genre de développement pour permettre au village d’avancer et pour aider les jeunes à décrocher du boulot. Me fode ankor ki zot tenir zot promess. Ce n’est pas des petits boulots qui permettront aux familles de se construire un avenir alors que les milliardaires viennent s’installer et prendre possession de notre terre et par la même occasion détruire notre paysage comme cela a été fait ailleurs.” Il cite par exemple le bâtiment historique soit l’ancien poste de police qui se retrouve dorénavant entre les mains des promoteurs immobiliers. Cette construction vielle de plus de 100 ans, a été érigée en 1905, entièrement construit de pierres, avec un toit en tôles et en bois. Ce bois viendrait des débris du navire Clan Campbell, qui fit naufrage au large du village au début du XXe siècle, et dont une partie de l’épave peut toujours être aperçu à l’horizon. D’ailleurs, Cyrano Entresol espère qu’un jour “Les autorités concernées acceptent qu’on récupère son l’ancre pour le placer dans le village.”

Cyrano Entresol

Kutim vilaz

En semaine, la plupart des habitants étant au travail, un calme règne au sein du village de Baie du Cap. Mais du côté de la boutique Pierre, en face de la nouvelle gare en opération depuis un an, certains ont leurs petites habitudes et y font halte pour s’échanger les dernières nouvelles. En 60 ans d’existence, ce laboutik sinwa n’est pas fréquentée que par les habitants du village. C’est Patrick et Judex Lim Lum qui ont repris le business familial. Pour le premier, il est évident que “Ce genre de commerce ne permet pas de faire fortune.” Cependant rajoute-t-il “C’est un atout indispensable pour les gens du village car nous sommes éloignés de tous. Ek li fer osi parti bann kutim vilaz.”

Patrick Lim Lum dont la boutique se trouve en face de la gare

Chandrassen Kardaree, président du village depuis trois mois espère d’ailleurs mettre en place des projets sociaux, culturels et sportifs car pour l’instant “C’est principalement les samedis ou dimanches après-midi que les habitants passent du temps sur la plage autour d’une partie de pétanque. Il faut aussi que Baie du Cap agisse et se fasse entendre pour que les choses avancent. Parmi nos habitants, nous avons des gens comme Catherine Velienne qui ont su se faire un nom dans le domaine artistique.” 

Brin d’histoire

Les archives révèlent que sous l’occupation hollandaise, Baie du Cap portait les noms de Annasse Rivier (Rivière Ananas) et Smienten Rivier (Rivière Canard), alors que les Français l’appelaient Baye de Fercoute du nom d’un de leurs officiers. Il se peut aussi qu’un ancien officier de vaisseau nommé Du Cap, passé par là en 1737, a probablement influé sur l’appellation actuelle du village. Baie du Cap fut aussi la retraite favorite pour les esclaves en fuite et les marins déserteurs dès le début de la colonisation.

Le navigateur Matthew Flinders

La stèle de Matthew Flinders a été érigée et inaugurée en 2003 à l’entrée du village de Baie du Cap. Cependant Cyrano Entresol révèle que “C’est précisément sur le rocher qui se situe avant le tournant de Macondé que le navigateur a été arrêté. Samem ki nou apel Ross Angle.” C’est en 1803, alors que Flinders essaie de rentrer en Angleterre à bord du bateau, Cumberland, il se voit contraint de faire escale à l’Ile de France (Maurice) pour le faire réparer. Or, Flinders ignore que l’Angleterre est de nouveau en guerre contre la France, et le gouverneur français de l’île, le général Decaen retient Flinders comme prisonnier de guerre. Il sera consigné sur l’île pendant près de sept ans avant de regagner l’Angleterre en mauvaise santé où il se mettra aussitôt à écrire son livre A Voyage to Terra Australis. Le 18 juillet 1814, le livre est publié et le lendemain, Matthew Flinders meurt à l’âge de 40 ans.

Le view point de Macondé

Le site de Macondé est un promontoire rocheux situé à proximité du village de Baie du Cap. Si en 1753, le lieu porte le nom de Cap Brabant sur la carte de l’Abbé de la Caille, il a par la suite pris celui de Macondé.

Elle offre une vue spectaculaire sur l’océan d’un côté et, de l’autre, sur une baie profonde s’étalant aux pieds des montagnes. Il demeure l’une des haltes les plus visitées par les touristes aussi bien que les Mauriciens qui parcourent cette route du littoral. Il s’avère que cette partie de la côté est restée difficile d’accès jusqu’à la construction de la première route dans les années 1920. Comme, cette route était souvent inondée, une construction d’un pont a permis de résoudre le problème. Cette route menant à Macondé fait partie du classement des plus belles routes du monde, établi par le guide français Le Petit Futé.