Si le slogan dit« Mauritius, c’est un plaisir ! », pour les villageois de Baie-du-Cap, il n’en est rien, surtout « depuis que le District Council de Souillac a pris la charge de ce village » situé au sud du pays. Le Mauricien a rencontré Maxime Venus, habitant du village, qui nous raconte le combat quotidien de ses habitants.
Une petite visite de Baie-du-Cap dans la journée de jeudi nous a permis de voir ce qui s’y passe. En effet, les rues du village étaient remplis de déchets, malgré les panneaux indiquant « No Dumping ». Le nettoyage qui se fait une fois par semaine par le District Council de Souillac ne serait pas efficace et suffisant, soutient Maxime Venus, qui affirme que les déchets ne cessent de s’accumuler. Des habitants nous disent préférer le travail de l’équipe de Securiclean du District Council de Rivière-Noire, précédemment responsable du village. « Depuis la période des fêtes, les ordures n’ont pas cessé de s’entasser, ce n’est qu’à la deuxième semaine de janvier que le District Council a fait des efforts pour nettoyer à peu près notre village », ajoute Maxime Venus.
« Ena enn laplas taxi lor laplaz », poursuit notre interlocuteur. L’endroit, dit-il, n’est pas approprié pour le stationnement des voitures car situé à côté d’une embouchure. Quand il pleut, les chauffeurs sont obligés de se rendre ailleurs pour éviter les dégâts. « Ziska zordi, nanie pann fer pou sa bann sofer la, zot bizin enn nouvo plas ».
La garderie de la localité accueille depuis 15 ans déjà des bébés et enfants avec l’aide du groupe Soroptimist. Mais nombre d’enfants viennent de familles défavorisées qui se retrouvent souvent dans l’incapacité de payer la crèche. Beaucoup de ces parents sont des pêcheurs, laboureurs, artisans ou des femmes de ménage dans les hôtels alors que d’autres sont sans emploi. « Le group Soroptimist ed nou pou nouri bann zanfan a koz parent pena moyen pay la kantite. Ena zanfan ki vinn lekol lestoma vid. Se nou mem ki bizin organiz zot manze », nous explique la gérante de la garderie. Ce que cette dernière souhaite, c’est un moyen de pouvoir se trouver un terrain pour construire sa garderie pour ne plus avoir à payer de location. « Apar enn dejeune fin dane pou bann zanfan, nou pa resevwar laid District Council ».
Combat quotidien
Les responsables de la crèche ont, en plusieurs fois, reçu la visite du département sanitaire du ministère de la Santé et se voient dans l’obligation d’y faire des réparations. « Nou pa pe kapav fer bann zafer ki nou anvi dan sa lakress la parski li en lokazion et proprieter la pa pe anvi ». La sécurité des enfants serait constamment mise à l’épreuve et la crèche ne peut être déplacée ailleurs faute d’argent. « Nou resevwar bann ti led a drwat e a gos me li pa sifizan ». La responsable se retrouve chaque mois avec des difficultés pour payer ses employés et le loyer. « Ena terin, me gouvernman pa pe donn permi ».
L’école maternelle de la localité est également dans un bâtiment en location. Miss Clara et Miss Angelie racontent que leur combat quotidien est assez dur mais qu’à deux, elles  arrivent à faire face. « Oparavan ti ena enn lekol St Martin ek enn Baie-du-Cap. Moi mo ti pe okip lekol St Martin la », nous explique Clara. « Lekol la inn ferme akoz bann nouvo regleman ki tinn mett anplas par gouvernman alor se la ki finn deside met de lekol la ansam ». Même à deux, il est difficile pour ses gérantes de louer le bâtiment et de payer les employés, surtout que les familles n’en ont pas les moyens. « Nou pe bizin malgre tou aksepte bann zanfan la akoz zot bizin ledikasion ».
Angélie nous informe, pour sa part, que depuis 1995, l’école est à la recherche d’un terrain pour y construire un bâtiment. « La ter la ena an kantite, me pa pe donn nou touzour akoz kass ». À l’époque, l’école bénéficiait de plusieurs sponsors, mais aujourd’hui, il est difficile d’en trouver. « Nous avons changé de bâtiment à plusieurs reprises mais les enfants de Baie-du-Cap ont besoin d’une école maternelle ».
Hygiène déplorable au dispensaire
Le Camp Ramjuttun à Baie-du-Cap souffre également de la « négligence » du District Council, soutiennent des habitants. Des drains construits par le District Council de Rivière-Noire ont été abandonnés et sont à peine nettoyés par les nouveaux responsables du village. « Les drains sentent mauvais et attirent les moustiques. Auparavant Securiclean nettoyait nos drains au moins deux fois par semaine. Maintenant, les ordures se sont accumulées et la terre a même bouché les drains », nous explique Maxime Venus.
« Nanie pa pe fer pou nou, nou depite pa pe fer nanie mem o nivo konsey vilaz ena enn iresponsabilite », soutient notre interlocuteur. L’hygiène au dispensaire du village serait aussi déplorable. « Lontan enn madam ti pe netwaye me aster personn pa pe pran li sarz. Kot saniter ete. Nou vilaz ti prop. Li pe vinn de plis en pli sal ».
Le poste de police du village serait toujours en rénovation mais les habitants se demandent si les travaux vont finir un jour. Depuis 2013, le bureau de l’état civil de la localité est fermé et les habitants doivent se rendre à Chemin-Grenier pour déclarer leurs enfants ou pour la mort de quelqu’un. « Le transport coûte cher, ce n’est pas évident de dépenser autant ».
« Personne ne s’occupe de nos plages », déplore encore Maxime Venus. Baie du Cap fait face à un gros problème d’érosion. « J’ai l’impression qu’on nous considère comme des Mauriciens de seconde zone ». Les bâtiments sont en état d’abandon, tel que celui de la Coast Guard. « C’est un bâtiment vide. Les jeunes auraient pu en profiter pour les moments de détente, mais rien n’est fait pour Baie-du-Cap ».