A Baie du Tombeau, dans des poches de pauvreté ou ailleurs, de nombreux enfants sont déscolarisés alors que d’autres n’ont jamais mis les pieds en classe. Pour beaucoup, le sac à dos de l’écolier est devenu… outil de travail! Ils y gardent des bouteilles vides qu’ils ramassent avant de les revendre à Rs 10 le kilo. L’argent sert à remplir les assiettes. Cette situation interpelle. A 7 ans, des enfants, sous la surveillance de leurs aînés à peine plus âgés, sont exposés au travail informel et au système D que leur ont imposé leurs conditions de vie. Durant notre reportage dans les différentes régions de Baie du Tombeau – circonscription du Premier ministre, Navin Ramgoolam –, nous avons rencontré des filles et garçons de 7 à 14 ans, en marge de la société et de l’éducation… qui leur est obligatoire, selon la loi! Victimes du cercle vicieux de la pauvreté, ces enfants sont tributaires des actes irresponsables des adultes. Aussi, malgré la présence à Baie du Tombeau de plusieurs organisations non-gouvernementales (ONG), bénéficiaires de fonds importants de la Corporate Social Responsibility, l’existence de ces enfants – pourtant facilement repérables – semble être toujours ignorée par ces ONG.
Il a 7 ans. Le sac en jute qu’il traîne derrière lui sur l’asphalte ne semble pas lourd. Il ne fait pas de gros efforts pour le tirer. Pourtant, il a parcouru une longue distance et la chaleur, malgré la brise, est pesante. C’est, sans doute, la raison pour laquelle il est torse nu. A son âge, il aurait dû être à l’école, assis sur un banc, les yeux rivés au tableau ou la tête plongée dans un livre. Il est 11h30 ou un peu plus… Qu’importe, l’heure n’est pas si importante que ça pour lui. Cela aurait été différent s’il était à l’école, parce que quand on est à l’école, l’heure compte à cause des break, de la récréation et, surtout, de la fin des cours. Aucun petit garçon, même celui qui tape des pieds pour ne pas aller en classe, n’aurait souhaité être à sa place. Le gros sac a beau ne pas être lourd, il aurait aimé ne pas avoir à le traîner. Ce sac en dit long…
Si ce sac pouvait parler, il raconterait mieux que quiconque l’histoire de ce petit garçon tout frêle à qui on donnerait 5 ans. Dans ce sac, il y a des bouteilles en plastique. Tous les jours depuis… depuis toujours, sans doute, il va ramasser des bouteilles vides, usées. Puis, il dépose ce gros sac dans un coin qu’il nous a montré. Si ce sac avait des yeux, il aurait été bien placé, là dans ce coin, pour voir le quotidien de ce petit garçon et les conditions dans lesquelles il vit avec son père et sa fratrie. Pourtant, en passant devant l’entrée de la cour où il habite, personne ne pourrait deviner l’état de délabrement des logements où vivent des enfants, qui, comme lui, sont quasiment livrés à eux-mêmes…